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intro legendes
Pour occuper les longues soirées d’hiver en Lavedan, les locaux se racontaient  devant le feu de l’âtre, nombre d’histoires et de  légendes. Leurs origines avaient souvent pour base, l’Ancien Testament, les sorcières et le diable ou les faits d'armes du Grand Empereur Charlemagne, de son neveu Roland et des quatre frères Aymon, avec leur cheval-fée Baïar (ou Baïart).  Ces histoires légendées étaient transmises  de château en château par les trouvères et les troubadours. Puis, reprises par le peuple qui en transforma certaines en spectacle théâtral. Très superstitieux et aptes à croire au merveilleux, les Lavedanais les prenaient parfois pour des histoires vraies. Plusieurs ouvrages regroupant ces  légendes, qui avaient généralement plusieurs variantes, ont été édités au cours des siècles. Voir
 Lire à la fin du dossier.


autour-de-la-cheminee
Durant les longues soirées d'hiver, on se racontait des légendes en famille, autour du feu de l'âtre.
Cliché M-B Hourtané

Les histoires légendées de ce dossier sont les suivantes :

                                                                                   Les Pyrénées

0 - Jean de l'Ours
                                                                                        Lourdes
1-Lourdes-Le lac
2-Lourdes Boly
3-Lourdes Mirat
4-Lourdes Massabielle
5-Lourdes, la légende de la Mauresque (grotte du Roy)
6-Lourdes, les legendes du pic du Jer : 6a-le Gave
7-Lourdes, le bois de Mourle 
                                                                                    Les villages 
Voir plus bas après Lourdes

 

0 -Les Pyrénées
Jean de l’Ours (conte pyrénéen revisité par mes soins)

Il était une fois une femme partie à la cueillette des champignons dans une forêt de l’arrière pays. Elle y rencontra un ours qui l’amena dans sa tanière avec l’impossibilité de fuir, car il prenait soin de la efermer par une grosse pierre. Il prenait soin de la nourrir en lui apportant toutes sortes de fruits sauvages, de gibiers et de poissons. Un jour elle donna naissance à un enfant, fruit de leur union forcée.  Celui –ci tout poilu comme son père avait la tête avenante de sa mère. Il passait son temps à prendre plaisir à se battre avec son géniteur afin de prendre des forces. Dès qu’il fut en âge de comprendre le langage de sa mère, elle lui apprit ce qui lui était arrivé. Elle le prénomma Jean. Agé alors de 15 ans, elle lui demanda de faire bouger la pierre pour s’enfuir. Ce qui arriva un beau jour où ils purent s’échapper vers le monde des hommes.

L’école
Avant de travailler elle l’envoya à l’école, mais Jean que l’on appellait Jean de l’Ours, peu habitué aux êtres humains méconnaissait sa force. Lorsqu’il donnait un coup de poing à l’un de ses camarades c’est toute une rangée d’élèves qui tombait du banc, et lorsque le maître s’interposait, en le soulevant il l’envoya par la fenêtre. Sa scolarité fut brève.

L’apprentissage
Il fut alors embauché par un forgeron ami de sa mère, mais il ne restait pas en place et partit au bout de trois jours.
Il entra alors au service d’un autre forgeron où il ne put rester que trois semaines.
Ce n’est qu’avec le troisième forgeron qu’il put apprendre les rudiments de son métier. Toujours très actif, il obtint de son maître qui oubliait de le payer, l’autorisation de prendre tout le fer qui traînait. Avec celui-ci il se fit une canne de 500 livres. Puis, il prit congé et partit sur les routes à l’aventure.

Ses rencontres
C‘est alors qu’il rencontra successivement trois individus fort robustes qui devinrent ses compagnons de route : Jean de la Meule qui jouait au palet avec une meule de moulin, Appuie-Montagne qui retenait d’une main une montagne afin qu’elle ne s’écroule pas et Tord-Chêne qui tordait un chêne pour lier ses fagots.

Le château
Après plusieurs jours de marche  à travers les bois, la petite équipe des quatre comparses se trouva face à un château. Ils entrèrent, s’installèrent, firent ripaille, puis tirèrent au sort celui qui garderait les lieux et ferait la cuisine pendant que les autres iraient à la chasse. Le gardien devant agiter une cloche pour annoncer le repas. Ce fut Jean de la Meule qui fut le premier désigné aux cuisines.  Il commença à s’affairer, quand soudain un énorme monstre fit son apparition, c’était le propriétaire des lieux : « Mais que fais-tu ici ? » Sans attendre la  réponse,  il assomma Jean de la Meule et partit… N’entendant pas le bruit de la cloche, les trois amis revinrent au château.
« Mais que s’est- il passé ? »- « Euh !  Je me suis évanoui à cause de la fumée de la cuisson ».
- « Ah bon ? Ce n’est pas grave », rétorqua Jean de l’Ours.
Le lendemain ce fut au tour d’ Appuie-Montagne. Le monstre revint, la cloche ne se fit pas entendre, les compagnons revinrent au château et posèrent la même question que la veille : « Mais que s’est- il passé ? »-«  Euh !  je me suis évanoui à cause de l’odeur de la cuisson ».
« Ah bon ? Ce n’est pas grave » rétorqua à nouveau Jean de l’Ours
Puis le surlendemain ce fut le tour de Tord-Chêne, même cause, mêmes effets.
« Bon », annonça Jean de l’Ours,  un peu étonné de ces incidents,  « demain c’est mon tour ».
Quand le monstre parut, Jean de l’ours, lui fendit le crâne avec sa lourde canne. Il fut fort en colère en raison de la couardise et des mensonges de ses amis, d’autant que le monstre  était de petit gabarit, ce que n’avait pas oser avouer nos fiers à bras. Mais il leur pardonna afin d’apaiser son courroux, car il était prêt à les massacrer.

Le gouffre
Une fois débarrassé du monstre-propriétaire, les quatre compagnons partirent à la découverte des nombreuses pièces du château. Un jour, avec sa canne, Jean de l’Ours sentit un creux sous le plancher. Une trappe découverte puis ouverte, se fut un trou qui se présenta à eux. Ils descendirent l’un après l’autre avec une corde et une clochette. Le premier descendu fut Jean de la Meule, il devait agiter la cloche une fois arrivé au fond afin de le faire remonter, mais à mi- chemin, d’énormes bruits retentirent, priis de frayeur, il sonna de toutes ses forces, on le remonta. Ce fut au tour d’Appuie-Montagne, puis de Tord Chêne. À chaque fois, des bruits effrayants  se faisaient entendre.  Jean de l’Ours descendit alors avec sa canne. Curieusement il n’entendit rien et arrivé au fond du puits, il se trouva en face d’une fée.
« Tu n’as pas peur » ? – « Du géant-propriétaire ? – Je lui ai fendu le crâne »
- « Tu vois, lui dit la fée, en face de toi, tu as trois chambres dans l’une, il ya onze diables, dans l’autre, douze diables et dans la troisième trois princesses-sœurs, filles du roi »
Jean se précipita vers la première chambre, fit voler en éclat sa serrure et tua les uns après les autres, à coup de canne, les onze diables, il fit  de même avec la seconde chambre. Le douzième diable encore en vie le supplia d’avoir la vie sauve.  Jean sans hésitation lui fit voler la tête en éclats.
Il se dirigea alors vers la troisième chambre où se trouvaient les trois princesses fractura la porte  et les fit sortir.

Les princesses
La première s’approcha de lui et lui offrit un présent, coffre plein de pierres précieuses.  Jean de l’ours lui promit  de la sauver de ce puits avec ses sœurs. Il l’attacha à la corde avec laquelle il était descendu, sonna de la cloche et ses amis la firent remonter. À la vue d’une telle beauté, ils ne purent que se disputer. « Ne vous battez pas » hurla Jean vous allez remonter d’aussi belles princesses avec chacune  un coffre de diamants et d’émeraude. Ainsi fut fait. Les trois compagnons s’empressèrent de se partager femmes et trésors.

La liberté
Quand Jean voulut remonter ; il s’écrasa au sol, ses amis avaient coupé la corde. C’est alors que la fée lui présenta une immense cage où se trouvait un aigle aussi immense. « Monte sur son dos, il te sortira du puits, mais il faudra bien le nourrir durant la montée car il est vieux et faible. » lui conseilla la fée. Ainsi fut fait, mais malgré un bon repas l’aigle perdait des forces Jean dut se couper un bout de cuisse pour le nourrir.  Sorti du puits,  il s’empressa de chercher les trois comparses. Il les trouva dans une auberge où ils fêtaient leur butin, en compagnie des princesses. Jean s’approcha d’eux. D’un coup de canne, sans un mot, il fracassa leur tête, récupéra les coffres et partit avec les princesses vers le château du roi leur père. Ce dernier pour le remercier, lui proposa sa plus jeune fille, celle qui savait les formules des onguents pour soigner sa jambe. Il s’offrit un beau carrosse et alla chercher sa mère pour la conduire au château où ils vécurent tous trois,  longtemps ensemble.

P : il existe plusieurs variantes de ce conte. En Pays basque Jean de l’Ours, au nom de Basajaun ou Xan  serait né à Iraty. Certains disent que Jean- Pierre, le pic du Midi d’Ossau serait la tête de Jean de l’Ours qui se serait pétrifiée.     

 Jean de lOurs 38

                               Peinture murale de Jimmy Richer, place Desbiau Lourdes. Photo J. Omnès

                  Jean de lOurs 7            220px JeandelOur de Maburre s                                                             La maman de Jean de l'Ours                                                  Dessin de Maburre                          
Lourdes
1-Légende du lac 

Qui peut croire que Lourdes a eu, il y a bien longtemps le même destin que Sodome (la cité maudite de la Bible) ? Et pourtant... Dieu était très en colère contre la dépravation des Lourdais. Il s’invita en terre bigourdane incognito, bien sûr, déguisé en miséreux. Sa pauvreté apparente ne lui ouvrit aucune porte à l’exception de celle de deux Bigourdanes tout aussi pauvres que l’Éternel fait mendiant. Elles partagèrent avec lui leur maigre pitance et la chaleur de leur foyer. Par compassion et reconnaissance, Dieu les épargna de sa vengeance : il avait décidé de noyer la ville impie. Elle s’enfonça dans un énorme creux qui se transforma en lac, tandis que les deux femmes, averties, purent s’enfuir à temps, accompagnées d’un nouveau-né. Hélas l’une d’entre elles se retourna. Elle fut immédiatement transformée en pierre, comme la femme de Loth, en statue de sel. Nul ne doit contempler la colère divine. Pour ceux qui doutent, cette pierre ou peyre Crabère est toujours visible sur la route de Poueyferré. Pendant longtemps les locaux venaient à la Saint-Jean sur les rives du lac, écouter sonner les cloches de l’église immergée.

Cette légende du lac a connu au fil du temps, nombre de variantes. Curieusement, cette pierre Crabère servit très tôt de « pierre de fécondité ». Les femmes en mal de procréer venaient se frotter régulièrement à cette pierre. Certains locaux disent que ce rite ne s’est éteint que vers 1960.

               
       Lac de Lourdes. Photo J. Omnès          Pierre à légendes, la Peyre Crabère. Photo J. Omnès

Autre histoire légendée  sur la protection de la femme enceinte  et la lutte contre la stétélité :

Jadis il  y avait la Peyre Crabère à la sortie de Lourdes sur la route de Pontacq où venaient se frotter les  femmes en mal d’enfants. Depuis l’installation des Clarisses, rue de la Grotte, il y a également la prière à Sainte Colette

Sainte Colette (son nom en religion) est née en 1381,  à Corbie, en Picardie, en France, de  parents âgés (plus de 60 ans). Ils lui donnèrent le prénom de Nicolette, car ils attribuaient sa naissance aux nombreuses prières qu'ils avaient faites à saint Nicolas, réputé alors guérir de la stérilité. On peut donc la prier légitimement pour intercéder pour les mariés en souffrance d'enfant.
Mais sainte Colette est surtout connue pour protéger les femmes enceintes. L'un n'empêchant pas l'autre. Devenue Clarisse, elle planta dans le jardin du couvent, deux bâtons de pèlerines. Ceux-ci donnèrent des fleurs puis des fruits. L’histoire légendée n’indique pas le type de fruit. Toujours est-il que Colette en donna aux femmes attendant un enfant, accompagné d’un papier fin où était inscrite une prière à réciter et à avaler : "Ô Vierge Marie, vous êtes demeurée Immaculée dans votre conception. Priez pour nous Dieu le Père, dont vous avez mis au monde le Fils.  Amen !"
Les femmes devaient réécrire cette prière sur un bout de papier fin, qu’elles devaient avaler après sa récitation. Et ce, tous les jours, jusqu'à la naissance de l'enfant.

Aujourd'hui encore on peut se procurer un grain de sainte Colette chez les Clarisses de Lourdes. Il consiste en un grain béni, d’origine inconnue, mais qui ressemble à un pois chiche. Celui-ci est recouvert d'une feuille de papier sur laquelle est écrite la prière.

PS : On peut aussi prier sainte Colette pour éviter les fausses-couches et pour la santé des enfants prématurés, puisqu'elle ressuscitait les enfants mort-nés.

                                  Nicoline 4

                                                              Photo J. Omnès au Clarisse de Lourdes

Merci à Marie- Ange G de m’avoir fait découvrir ce rite.

 

 2-La légende de Boly 
Nous savons par la légende du lac, que les Lourdais étaient si corrompus que Dieu anéantit leur ville alors lacustre. Mais, réflexion, toute à fait personnelle, cela ne faisait plus les affaires du Malin à la recherche de clientèle. Il dut alors attendre la reconstruction de la ville au pied du rocher qui servit d’assise au futur château comtal, pour reconstituer sa moisson. Et c’est là qu’intervient la légende de Boly.

Un jour, un certain Boly, par le truchement d’une sorcière rencontrée lors d'un sabbat, au pied de la tour de Guigne, demanda un entretien avec le malin. Ce fut chose faite un Vendredi saint. Le tentateur, tout de rouge vêtu, couleur flammes de l’Enfer, se dirigea au milieu de ses adorateurs, vers Boly. Après discussions fermes, un accord se fit sur la vente de l’âme de ce dernier. Satan lui tendit alors le registre des damnées de la cité afin qu’il signe à côté de son nom, nouvellement mentionné. L'Histoire ne dit pas ce que le diable promit à notre Lourdais. Mais, c'’est en s'approchant du démon que Boly lui jeta de l’eau bénite au visage, eau contenue dans une petite fiole qu’il avait préalablement demandée au curé et cachée sous ses vêtements. Dans la panique qui s’ensuivit, Boly s’empara dudit registre et après une course éperdue, sauta par-dessus le mur du cimetière, lieu consacré, dans lequel le démon ne pouvait pénétrer. C’est ainsi que de nombreux Lourdais et Lourdaises furent sauvés de la damnation éternelle.
Mais plusieurs siècles plus tard, Dieu, qui a une mémoire éternelle, pour se venger de cette incursion de l'ange déchu, fit naître dans le moulin des descendants de Boly une petite fille au prénom prédestinée de Bernadette. mais ceci est une autre histoire...


3-Légende de Mirat
Le Sarrasin Mirat, rescapé de la bataille de Poitiers, en retournant en Espagne s’arrête et s’installe à Lourdes en occupant la forteresse qu’il nomme alors Mirambel. Malgré les assauts répétés des croisés de Charlemagne venus l’assiéger, le château reste imprenable. Mais les assiégés commencent à mourir de faim. Un miracle alors se produit (bien avant la venue de Marie). Un aigle survole les remparts avec un magnifique poisson dans son bec tout juste capturé dans le lac voisin. Le poisson tombe chez les Maures (autre nom des Sarrasins) qui s’empressent de le jeter par-dessus les remparts pour bien montrer qu’ils ne sont pas à court de vivres. Trompé, l’empereur à la barbe fleurie commence à plier bagages. La suite précise que Turpin, évêque du Puy-en-Velay, compagnon de Charlemagne, après de nombreuses tractations, obtient de Mirat une promesse de conversion, la mise sous protection de la Vierge de la cité avec un pèlerinage aux sanctuaires du Puy pour faire allégeance aux moines du chapitre. Ce qui se fera. Le jour de son baptême, Mirat prend le nom de Lorus, qui aurait été étendu à la ville sous le nom de Lourdes (Lourde). Après sa conversion, il récupère le château et la ville.

La traduction du document trouvé dans les archives des Pyrénées-Atlantiques par Pierre de Marca au XVIIe siècle, ne précise pas si le poisson était une truite et mentionne le lac et non le gave comme le prétendent certains. Il faut reconnaître cependant qu’il est assez curieux que l’aigle aille chercher sa pitance si loin et y avait-il des truites en 778 dans le lac ? Ce n’est qu’une légende. Peut-être que son auteur ne connaissait pas la configuration géographique des lieux.

Cette histoire  légendée aurait pour origine le texte d’un chroniqueur anglais du XIIe ou XIIIe siècle, le moine Marfin. Son existence aurait été inventée par les clercs  pour justifier et rappeler la prépondérance du religieux sur la cité et la supériorité de "la vraie religion" sur l'islam. Elle aurait pris appui sur des faits qui auraient pu être réels, mais jamais prouvés : la présence des Sarrasins à Lourdes, le siège du château par Charles, roi des Francs, la conversion de Mirat au Puy et sur des faits historiques connus : la mise sous la protection de la Vierge noire du Puy, de Lourdes, par le comte Bernard II en 1062, avec versement annuel d'un tribut aux moines du sanctuaire.
Une autre légende a été avancée au XIXe siècle. Celle de la princesse éthiopienne Lorda, sœur de Tarbis… Pour les historiens actuels (peu sensibles à cette poésie), le toponyme Lourdes est d’origine inconnue, vraisemblablement prélatine. Le s final est une adjonction du XVIIIe siècle.

Cette légende est à l’origine des armes de la ville, du moins de celles de 1736 :  « Ecu de gueules à trois tours d’or, maçonnées de sable, sur un roc d’argent ; celle du milieu, plus haute, surmontée d’un aigle déployé, tenant dans son bec une truite d’argent ; en pointe d’azur  aux six montagnes d’argent baignées d’un gave au naturel. » Les six montagnes délimitent les sept vallées du Lavedan.
 

                  Charlemagne

Armes de la ville, blason assez approximatif : l’aigle ressemble à un cormoran. Charlemagne et Mirat en route pour Le Puy . Au bout de leur pique la terre de Bigorre. Carte postale

       

Reddition de Mirat, vitrail de la chapelle du château fort          Mirat en route pour Le Puy (Présentée comme telle dans certains supports). Photos J. Omnès

4-La grotte de Massabielle
On a pu lire vers 1900, à plusieurs reprises, que la grotte de Massabielle avait été dans les temps anciens, un temple naturel dédié à Vénus. Il a été même affirmé que dans la cavité où apparut la Vierge, se trouvait une pierre sacrificielle, voire la sculpture d’un dieu adoré par les premiers habitants de la région… Afin de mettre fin à ces divagations, l’évêque de l’époque fit intervenir en 1940, le célèbre spéléologue Norbert Casteret. Après exploration, il constata que la grotte n’avait rien d’une grotte préhistorique, ni protohistorique. C’est une simple cavité calcaire avec un bloc morainique coincé dans un boyau et quelques stalagmites aux formes suggestives. Aucun élément d’habitat ou de présence humaine n’a été détecté.
Cela n’a pas empêché l’Église gallicane, en 1987, de reprendre les élucubrations antérieures en y ajoutant des sacrifices druidiques. Cette démarche qui n’a rien de scientifique, a pourtant été reprise la même année, avec de légères variantes dans une thèse d’État (1) sur les mythes chtoniens (2). Avec, en particulier, ceux des dames blanches ou des fées (hadas) et leur rapprochement avec les lieux de culte de la Vierge, dont Lourdes. 
En fait, Massabielle n’a jamais eu cette appellation de grotte aux fées mais plutôt de tute (3) aux cochons. Et jamais l’archéologue Piette, mentionné dans la thèse, n’a fait de recherches en 1880, dans cette cavité. Notre « universitaire » semble confondre cette grotte avec celles dites des Espélugues au-dessus, où la présence humaine a été importante dès le Magdalénien. Cette démarche, par ailleurs peu scientifique, ne peut que réjouir les rationalistes qui ne connaissent que les faits, rien que les faits. Même Émile Zola dans ses recherches de la vérité n’avait osé émettre de telles hypothèses.

Lire : Bulletin de la Société d‘études des sept vallées, t. 20, 1989 : « Touche pas à ma grotte » de l’archéologue Jacques Omnès.
(1) I. Gratacos, 1987. Faits et Gestes. Femmes pyrénéennes : un statut social exceptionnel en Europe. Toulouse. Éd. Privat.
(2) Qualificatif pour des divinités infernales.
(3) Petite cavité.
                                                               

                                                                                        La tute aux cochons

La vierge ou Madame Pailhasson ?

Une légende qui a la vie dure.

Il est un fait que Lourdes et ses Apparitions ont intrigué plus d’un chercheur du merveilleux. Parmi les occultistes qui se voulaient scientifiques il y eut Camille Flammarion, le frère de l’éditeur.

Célèbre pour ses recherches astronomiques (1) et ses vulgarisations des sciences positives, il plongea rapidement dans le monde du spiritisme. Il prononça l’éloge funèbre d’Alan Kardec et émit la possibilité de la présence sur terre de race supérieure à la nôtre..

Après son ouvrage L’inconnu et les problèmes psychiques : manifestation des mourants, apparitions, télépathie…publié par son frère en 1900, il rédigea entre 1900 et 1922, La mort et son mystère en trois tomes. C’est dans le tome trois, que nous trouvons son texte sur Lourdes :

« J’ai le plaisir de compter assez de printemps pour avoir été contemporain de la création de Lourdes en 1858 et avoir suivi d’assez près cette curieuse histoire. L’opinion publique locale y a  associé, dès l’origine, une belle jeune femme de conduite irrégulière, Madame P (2) qui avait coutume de porter, même en hiver, d’élégantes toilettes blanches. La première apparition racontée par la candide Bernadette qui, à l’âge de 14 ans, n’en paraissait qu’onze ou douze, ne savait ni lire, ni écrire et ne connaissant que le patois pyrénéen, assez faible de corps et d’esprit, a eu lieu le 11 février 1858, un jeudi gras..

Les amours de Madame P. et du lieutenant G. desservaient la chronique du petit bourg, et il n’y a rien de surprenant à ce que l’incident de la grotte ait été associé aux fugues de cette belle dame […] Mais cette association n’est ni prouvée, ni nécessaire. L’hallucination de la petite paysanne peut avoir été entièrement subjective. Elle était la seule à voir la Dame… »

Nous ne pouvons qu’être étonnés, qu’un homme qui se veut de sciences, parangon de l’objectivité, prenne pour étayer sa démonstration, la rumeur publique. Pour la rejeter par la suite, sans intérêt à ses yeux. Mais  les partisans des dames blanches avaient là de quoi étayer leur croyances. Camille Flammarion n’était-il pas aussi l’auteur des Maisons hantées.

(1) Elevé diplômé astronome en 1858.
(2) Madame Pailhasson, épouse du célèbre chocolatier de Lourdes

  madame pailhasson 1 Madame Pailhasson, photo moulin Boly Lourdes

5-La légende de la grotte du Roy, supposée de l'abbé Bérard ?

Roy 10002 2                                           
Étonnante couverture dont le sens m'échappe un peu

                           LOURDES : LA GROTTE DU ROY ENTRE LEGENDES ET APPELLATIONS

Il parait que nos arrières-parents, du moins ceux nés dans la région lourdaise, lorsque nous n’étions pas sages nous criaient : « Prends garde la Coho (1) rouyo (le chapeau rouge, allusion au diable) va t’emporter si tu n’arrêtes pas ! », c’est du moins ce qu’affirme Auguste Bérard dans une légende peu connue du grand public : la légende de la grotte du Roy, en fait, il s’agit de plusieurs légendes sur les origines variées de ladite grotte.
Il y avait fort longtemps, deux jeunes vachers, Méniquet et Baptistou devant se diriger au Sum d’Exh (Ech) où il faisait fort froid, emportèrent avec eux des braises du foyer familial dans un mirliton (poterie). Pendant que leurs chiens Pastoure et Bergère gardaient le troupeau, nos deux compères descendirent dans un creux protégé, pour se réchauffer. Ils allumèrent un feu. En soufflant ardemment sur les braises, ils incendièrent les hautes herbes, et le feu se propagea immédiatement dans tout le secteur, en raison des vents violents. Ils rentrèrent aussitôt chez eux sans avouer leur mésaventure.
Voyant le ciel s’embraser en dehors de la période des écobuages, les gens de Batsurguère crurent à une action du diable qui montrait sa coiffe rouge (la coho rouyo) ! Diable, qui bien sûr était entré dans la grotte par le « Hourat de la Maouba », le trou mauve, de la couleur des fougères gorgées d’humidité, trou qui donnait accès sur les hauteurs à la sortie d’un gouffre. Pour apaiser le courroux de l’ange déchu, il fallait lui offrir un présent, sous la forme d’une poule noire à crêtes à trois dents, symbole du trident diabolique rougi au feu. Bien sûr, le présent devait être offert par un enfant, vierge de tout péché. L’assistance devait prononcer : « nigrasum ! pebernna ! miranti ! » . Le conteur ne mentionne pas si les processions mirent fin aux incendies.

En revanche, il parait que les habitants de Viger, moins crédules ne s’associèrent pas aux actions de leurs voisins. Ils firent croire à ceux qui voulaient les entendre que c’était en fait une action des fées, des hadas, ce qui ne les empêchait pas de se signer quand ils allaient au marché de Lourdes en passant devant la grotte. Pour eux c’était «lou Hourat de las Hadas » : le trou des fées.

Quant aux Lourdais, plus malins et plus rationalistes que les campagnards, c’est du moins ce qu’ils pensaient, attribuaient cette malédiction à l’ « eau malfaisante » qui sortait de la grotte ; malfaisante car elles avaient certainement une origine diabolique, par le bruit infernal que l’eau dégageait en s’engouffrant en diverses cascades probablement pour accompagner Satan et ses affidés au sabbat ; la grotte devenait pour eux « lou Hourat de la Maouga » Le narrateur ne se pose pas la question comment l’eau, même diabolique, pouvait engendrer un incendie.
Mais, comme à Lourdes une opinion est immédiatement contredite par une autre, les plus doctes penseurs de la cité firent remarquer qu’il ne fallait pas prononcer Maouba ou Maouga mais « Maoura : le trou de la Mauresque. Logique, puisque tous les Maures quittant la région après la défaite de Lanne Mourine, ne purent suivre les fuyards. Malade, la mauresque, bien sûr, jeune et belle, trouva refuge dans cette grotte où aux alentours poussaient des plantes médicinales. Sa guérison fut rapide, mais elle préféra rester sur place plutôt que suivre les siens. La grotte de la mauresque commença à avoir une telle réputation qu’un jeune d’Omex descendit dans l’antre de la belle et ne réapparu plus au village. Il avait été subjugué par les chants mélodieux de la Mahométane.

Devenue vieille, elle avait une telle connaissance des plantes et une telle réputation de guérisseuse que les hommes osaient venir lui rendre visite. Les femmes, elles, passaient devant l’entrée de la grotte en se signant pour chasser la « sorcière ». Il se disait que le soir, elle remontait le la cavité jusqu’au haut du gouffre pour sortir au sommet de la montagne afin de faire des feux de messages à ses coreligionnaires au loin, de l’autre côté des montagnes, leur prouvant qu’elle était toujours là, pour s’occuper des tombes des ancêtres. Il fallut attendre plusieurs années après sa mort pour qu’un soldat de l’Empire, garde-champêtre à Ségus osa pénétrer l’antre de la sorcière-guérisseuse. Il y trouva le fiancé d’Omex transformé en statue de pierre, près du cadavre de la Maoura. Lorsqu’il toucha le corps de celle-ci, il se réduisit en poussière engendrant un immense feu follet.
Afin de régler une fois pour toutes, le nom de cette cavité on l’appela grotte dou Rey, la grotte du Roy, que certains linguistes traduisent par grotte ventée.

(1) Sur le Simin Palay, bonnet = cohe ou cohou. PS : d’après le Simin Palay houràt = trou, mahourè = rustre. Pas de trace de Mahouga ni de Mahouba. En revanche Mauresque = Mahounitâ


                                                          
6-Les légendes du pic du Jer
J’ai découvert dans la gare inférieure du funiculaire du pic du Jer,  trois légendes concernant ladite montagne, encadrées et fixées sur un mur. Toutes signées Auguste Bérard. Je connaissais la légende de la Mauresque  du Béout du même auteur, mais pas ces trois là.  En revanche, je n’ai trouvé aucune trace d’Auguste Bérard, ni de son éventuel livre de légendes. S’agit-il de l’abbé A. Bérard ?

La première légende : 6a Le Gave
« Lorsque le Gave, Géant des monts, à la voix caverneuse, redoutable par sa souplesse et sa rapidité, voulut descendre dans la plaine. Il se trouva en présence d’un Gnome à la face glabre et à la voix grêle, petit mais trapu qui lui résista longtemps.
Le combat opiniâtre eut lieu au pied même du grand Jer et il se termina par la victoire du Gave. Mais le Gnome en se retirant avec rage devant son vainqueur à la barbe écumeuse, voulut du moins lui marquer son mépris, et lui cracha deux fois à la figure.
C’est l’origine (dus escoupits) des deux étangs du Grand You et du Petit You que l’on peut voir à la base même du Pic du Jer » Auguste Bérard

pic du jer                                                            Illustration de ? Le Gave et le Gnome


7-La croix du Cerf du bois de Mourle

Croix du cerf

 

La forêt de Mourle  est à l'origine d'une légende proche de celle du roi Arthur. Ce bois giboyeux était très fréquenté par le seigneur Robert et son destrier. Un dimanche, alors qu' il assistait à la messe, ses chiens à l'extérieur de l'église, très excités par la proximité de gibier ne cessaient d'aboyer. Ne tenant plus, sans attendre la communion, Robert sortit en hâte de l'édifice et se mit à galoper à la suite de sa meute. Mal lui en prit il fut excommunié. Et Dieu le condamna à parcourir les bois sans relâche durant l'éternité. "Les nuits de grand vent, les soirs sans lune lorsque l'orage tonne depuis le Lavedan jusqu'à la plaine, les habitants entendaient dans les airs le vacarme des chasseurs excitant les chiens : "Hup, hup", des abois de bêtes, des galops de chevaux. On disait ''c'est la meute de Robert le Diable !" À son passage, annonciateur de mort, les vieux se signaient".




                                                       LES VILLAGES, PAR ORDRE ALPHABETIQUE

1-Agos-Vidalos. a-La grotte de Bours,  b-La grotte de Miquelle, c-Le caillou d'Aouzero, d-La fontaine de la Soupeyre, e-Le monstre d'Agos
2-Arcizans -Avant : a- La chapelle Saint Roch, b-Margalide
3-Argelès. Les pierres de Balandrau
4-+ Arras -en-Lavedan
5-Arrayou Lahitte. Le pas de Roland
6-Arrens-Marsous. La chapelle de Pouey Laün
7-Arrodets. La croix blanche
8-+Aspin
9-+ Barèges
10-Bartrès, landes. La légende de Fellassia
11-+ Beaucens
12-Bun. Le rocher
13-Cauterets. La naissance de Napoléon III 
14-Chèze. Le pigeonnier
15-Couhitte. L'âne
16-Estaing lac d'
17-Gavarnie. a- La brèche, b- Le mythe de Mulat-Barbe, c-Les crânes de l'église
18-Gèdre. La grotte d'Arrode
19-Héas. La chapelle
20-Ilhéou. Le lac bleu
21-Isaby. Le lac
22-Lau Balagnas. Les sources
23-Luz. L'Ermitage-Solférino
24-Ourdis-Cotdoussan. Le château
25-Piétat. La chapelle N-D
26-Saint-Pé. Le Pont du Diable
27-Saint-Sauveur. a-Le berger d'Hountalade, b- La fée
28-Saint-Savin. a-Les tributs, b- Le christ, c- Roland et ses trois géants
29-Sazos Maria de Pascau et l'ours
30-Val d'Azun. La mule de saint Bertrand-Les
30 bis-Val d'Azun et ses possédés
  d'Eugène Corbier
31-Villelongue. Saint Orens
32-Vizos. Les géants et leur grotte
Légende carolingienne
33-Le cheval Baïar 
(+) En préparation

1-Agos-Vidalos
Le village d'Agos-Vidalos est riche en légendes. La plus connue est celle de la grotte de Bours

a-Légende de la grotte de Bours

Jadis, il y a fort longtemps, une grotte appelée pour une raison inconnue de Bours, abritait trois belles fées, terriblement attirantes, mais inaccessibles pour le commun des mortels. Elles, elles n’étaient pas insensibles à la beauté de certains mortels. Un jour, apercevant le beau et jeune seigneur des lieux, le sire Deneins, dans l’embrasement de la fenêtre de sa tour, elles s'éprirent de lui. Afin de s'approcher dudit seigneur, elles creusèrent avec l'aide de leurs bergers, les hadous, un tunnel accédant au château. La décence de l'époque ne dit pas ce qui se passa. Mais l'on put se rendre compte que suite à ces visites, il était devenu humble et aimable et intercédait souvent auprès de ses villageois.  Une fois, il dû plaider la cause du berger des Fourcade de Vidalos que les fées avaient puni en le rendant aveugle avec son chien qui hurlait sans trêve à ses oreilles, tout simplement parce qu’elles avaient pris peur lorsqu’elles furent surprises par ce chien leur aboyant dessus, sans que le berger ne fasse le moindre geste pour le faire taire.
 
b-La grotte de Miquelle
Les chèvres d’Agos avaient une sacrée réputation, et même d’après un ancien instituteur  local, du XIXe siècle, Monsieur Beauxis, le mot Agos viendrait de Aïgos grec, génitif de Aix chèvre ! Aussi les chevrières étaient fort nombreuses. Mais l’une d’elle qui avait bon cœur aida les trois fées de Vidalos, lors d'une forte disette, à surmonter leur faim, en leur offrant lait et fromages. Pour la remercier, elles lui offrirent une grotte pour abriter son troupeau, grotte qui prit son nom. Mais qui n’a jamais à ce jour été retrouvée.

c-Le caillou de l'Aouzéro
C'est un éperon rocheux qui se trouve dans la faille de l'Aouzéro derrière la gare inférieure du Pibeste. Ce rocher appelé rocher de Roland, aurait servi à notre héros pour se défendre et tuer l'un de ses ennemis. Il serra si fort la pierre que les empreintes de ses cinq doigts y sont gravés pour toujours.

d- La fontaine de la Soupeyre
Il se trouva qu’un jour, une villageoise de Vidalos au nom de Bégarie vint travailler aux champs avec son enfant en bas-âge, près de la fontaine de la Soupeyre. Les trois fées réputées de Vidalos qui vivaient dans une grotte proche du village, la grotte de Bours, étaient en mal d’enfant. Elles ne purent s’empêcher de voler le bébé qui dormait à l’ombre d’un chêne, près de ladite fontaine. La mère déplorée et en larme vint s’adresser à son seigneur. Car les fées étaient connues pour leur lien avec le sire Deneins de Vidalos, Le soir même elle retrouva son bébé. Mais il tenait dans sa main une grosse pelote de fil d’or. Le seigneur lui avait dit qu’elle devait reprendre son enfant sans se retourner. C’est ce qu’elle fit. Mais après quelques pas, elle entendit une musique merveilleuse. Intriguée elle se retourna, en vain. Ce fut pour constater deux secondes plus tard que la pelote d’or avait disparue des mains de l’enfant. Démoralisée par son  inconstance fautive, elle devint inconsolable. Par compassion il se dit dans le village que les fées lui offrirent plus tard, une belle propriété que détiennent toujours ses descendants.

e-Le monstre d'Agos-Vidalos. Histoire ou légende ?
En février 1893, Pierre Sajous habitant d’Agos, âgé de 32 ans, vint faire une déclaration étonnante à la gendarmerie d’Argelès-Gazost. Ses déclarations furent enregistrées par les gendarmes Peyret et Sarcia. Son récit résumé : «  Installé au pied d'un chêne, j’ai vu, enroulé autour d'une branche, un énorme animal qui semblait avoir la forme d'un serpent et mesurait environ 2 m. de longueur. La bête ouvrit sa gueule et commença à descendre de l'arbre » Pierre Sajous n'attendit pas plus pour s'enfuir. Le procureur de la République de Lourdes décida de faire effectuer une enquête par la gendarmerie d'Argelès. Ils apprirent que le curé d’Agos-Vidalos, l’année précédente en juillet, lorsqu’ il traversait le quartier d’Armé, il avait aperçu au pied d'un rocher « un énorme animal ayant la forme d'un lézard, mais mesurant à peu près 1,50m, sans compter la queue. La tête était du tiers de la longueur et il avait au-dessous de la gorge une énorme grosseur imitant le cou d'un porc gras. Il avait une couleur verdâtre et une peau écailleuse ».Il n’en fallait pas plus pour que l’imagination des locaux s’enflamma, croyant à la présence dans leur région, d’animaux préhistoriques ayant survécus dans les grottes voisines. Le varan fut souvent cité comme le plus proche des visions des protagonistes. En fait, il devait s’agir d’une énorme couleuvre de 2 mètres en train de digérer un gros animal du genre lapin. Cette possibilité m’a été confirmée par l’ancien maire, Monsieur Hubert Mathieu, fort instruit  sur les phénomènes de la faune locale.


2-Arcizans-Avant 
2a-Légende chapelle Saint-Roch
La chapelle Saint-Roch dont les ruines ont été retrouvées recemment  au-dessus du village vers le mont Barderou, par un habitant du village (Voir  patrimoine architectural les églises), aurait pour origine la découverte par un novice de l'Abbaye de Saint-Savin, du corps en ces lieux, d'un chevalier assassiné. La chapelle autrait été édifiée en expiation.


2b- Légende de Margalide:
Durant des siècles, il se disait dans les chaumières qu’Arcizans-Avant abritait il ya fort longtemps, une très belle fée au nom de Margalide. Si belle que les Dames blanches de Gez en étaient jalouses et la condamnèrent à errer sous terre entre les sources de Catibère et de Bardérou. Elle laissait traîner derrière elle un long ruban de fil rouge espérant qu’un jour une main secourable vienne la délivrer. Et ce jour arriva, sous les traits d’une jeune fille au nom d’Elisabeth. En venant puiser de l’eau à la source de Catibère, Elisabeth vit ce fil rouge flottant à la surface de l’eau le tira, le tira, elle n’en voyait jamais la fin. Intriguée de sa longue absence, sa mère l’appela, Elisabeth n’en tint pas compte. Aussi sa mère se mit à crier ce qui effraya Elisabeth. Elle enroula vite le fil recueilli en pelote et le coupa avec une pierre au niveau de l’eau. La fée était juste au bout, furieuse de n’avoir pu être sauvée, elle invectiva Elisabeth : « Malheur à toi petite, pour ne pas m’avoir sorti d’ici. Que ta mère soit maudite ». Effrayée Elisabeth rentra en courant à la maison. Sa mère mourut le lendemain.
Passant, si tu vois un fil rouge à Catibère, réfléchi avant de le tirer car Margalide est toujours là, attendant sa délivrance.

Photos fontaines de Catibère et de Bordérou, juin 2018:

                     Arcizans Avant

Pradere



















3-Argelès
Pierres à légende du Balandrau

Près d'Argelès, à quinzaine de minutes de marche, se trouvent le long d'un chemin de randonnée, deux blocs erratiques provenant du glacier de Gavarnie. La disposition curieuse où l'un est posé sur l'autre, en équilibre instable, sur un à pic dominant la vallée, a jadis développé l'imaginaire local, prompt à croire au merveilleux.  Le rocher instable ne pouvait être que l'oeuvre d'une fée d'où le nom ancien donné au lieu, "lou caillaou d'era encantado" Le caillou de l'enchanteresse, car bien sûr, seule une fée pouvait vivre dans un tel lieu. Elle s'appelait paraît-il Dauna. Il paraît que la pierre dominante masquait l'entrée de sa demeure et qu' il suffisait de la faire pivoter pour entrer dans celle-ci ou mieux pour faire sortir la fée et bénéficier de ses dons magiques. D'après Bernard Duhourcau (1), elle s'alimentait d'oranges d'or, de l'oranger proche,  "toujours couvert de fleurs odorantes et de fruits d'or." D'après d'autres auteurs, il s'agirait d'un pommier (ce qui est plus vraisemblable dans l'imaginaire local et de la mythologie antique du jardindes Hespérides) dont les fruits offraient longévité. À Gez, village voisin, presque le même phénomène géologique est nommé caillou de la sorcière.
(1) Guide des Pyrénées mystérieuses. Tchou, 1985, p 190.

                                                       Balandrau1
                                                          Les rochers de Balandrau. Photo J. Omnès


 4-Arras-en-Lavedan, en préparation


5-Arrayou-Lahitte
Le pas de Roland.

Une  empreinte, celle d’un pas d‘homme, cette fois, se trouve au sud de la commune d'Arrayou-Lahitte, au lieu-dit Sarrat. (Monographie des instituteurs de 1887). Après Lahitte, faire 2km environ après plusieurs tournants, c'est à droite, en contrebas d'un petit pavillon isolé (Réservoir d'eau), c'est sur la pente d'un champ ; en bas sur la gauche, on aperçoit une citerne verte. Cette empreinte de pied aurait  été laissée par Roland, soit en descendant de cheval soit en se battant contre le diable.D'après l'inventaire du CPIE, la pierre aurait marqué la limite d'un ancien territoire.

                                                       .
Le20pas20de20Roland 
                                                                   Cliché Loucrup65


     Pied de Roland          Pied de Roland
                                                            Roland faisait du 42. Photos J. Omnès


6-Arrens-Marsous
La chapelle de Pouey-Laün 
L’origine de ce site est plus ou moins légendaire. Un paysan local aurait aperçu, plusieurs nuits consécutives, une étrange lumière venant du pouey (monticule). Il s’y rendit et découvrit une statue de la Vierge. La statue fut apportée au curé d’Arrens, mais chaque matin on la retrouvait sur le rocher. Les habitants décidèrent alors de lui construire une chapelle. Celle que nous voyons maintenant.

                                                       Chapelle de Pouey-Laün. Photo J. Omnès



7-Arrodets. 
Légende de la Croix Blanche  (Vallée du Castelloubon)
Au col de la Croix blanche se trouve une croix de fer sur un socle de pierre. Jadis en 1676, il y avait à son emplacement une croix  massive de pierre. Ce petit édifice a pour origine une légende rapportée par nombre de conteurs : A une époque lointaine, le valet d’un seigneur local se rendant à Bagnères pour y déposer une somme considérable, emprunta l’ancien chemin des Jacquets, derrière le château des Angles pour arriver sur le chemin de crête bien connu. Et là, face à lui, se trouvait debout, un homme de grande taille, à l’aspect peu avenant et armé d’un lance. Effrayé notre valet baissant la tête accéléra la pas en le contournant. Mais  l’inconnu lui sauta dessus en le transperçant de sa lance. Les cris d’épouvante du moribond couvrirent la vallée et arrivèrent aux oreilles de deux bergers qui gardaient leurs troupeaux sur les pentes des lieux. Ils se mirent à courir pour porter secours à l’auteur de ces cris. L’agresseur eut à peine le temps de s’enfuir laissant notre homme agoniser sans avoir eu le temps de le dévaliser. Les bergers ne purent qu’ensevelir le corps, et le recouvrir pour le protéger des prédateurs, d’une grosse pierre. Quelques années plus tard, des pasteurs passant sur le même chemin se mirent par jeu à faire rouler ladite pierre au fond de la vallée.  Plusieurs jours après repassant par-là, quel ne fut pas leur étonnement de retrouver la pierre à l’emplacement d’origine. Surpris nos deux hommes renouvelèrent leur geste. Et surprise  la pierre remontait seule la pente. Renouvelant l’expérience leur surprise se transforma en épouvante. Non ils n’avaient rêvé. Leurs concitoyens du village virent là une manifestation de vengeance divine. Ils érigèrent à l’emplacement une petite croix de pierre digne d’une tombe chrétienne avec une date 1676. Dans cette version partagée avec Jean Barbet, rien n’est dit sur le magot de la victime et si les pasteurs savaient que c’était une tombe. Ce n’est qu’une légende. Elle est partagée par Gabriel Marès. Certains auteurs dont Jean Bourdette  (notice nobiliaire)  précisent que le dit valet était celui du seigneur d'Arras qui possèdait à Bagnères de Bigorre, de nombreuses propriétés : tours, terres, moulins, foulons. Ce fut le curé de Neuilh, Cazaux-Bernadette qui remplaça la petite  croix de pierre en 1852, par une grande croix de pierre qui fut elle même remplacée en 1860 par une croix de fer forgée peinte, scellée sur un piédestal en pierre de Lourdes. C'est elle qu'on y voit encore aujourd'hui. Quant à la petite croix, elle a été placée sous ce piédestal, d'après l'inventaire du CPIE, 2000

Cette légende a connu nombre de variantes : parfois le valet est  un prêtre très riche qui aurait été tué par son oncle, seigneur local pour récupérer au plus vite l’héritage qui avait acté chez un notaire par son parent. Pris de remord, le seigneur alla voir le pape à Rome qui le condamna à ériger pour son neveu une grosse pierre près de la croix qui existait déjà. Le corps était censé se trouver là. La suite avec les pasteurs reste la même.


La monographie de 1887 de l’instituteur local nous donne cette version : " Un jeune homme ayant été assassiné à cet endroit, ses parents y firent placer une petite croix en pierre blanchâtre. Cette pierre étant devenue à peu près ronde par la disparition presque complète des bras, les bergers s'amusaient souvent à la faire rouler jusqu'au fond d'un ravin, et pendant la nuit elle revenait d'elle-même à sa place. Pour perpétuer ce souvenir miraculeux, le curé de Neuilh, Cazaux Bernadette, eut l'idée en 1852, de remplacer la petite pierre par une grande croix en pierre. 

Croix Blanche                                                                     La croix blanche. Photo J. Omnès

Une suite fortuite à cette légende a fait son apparition en 2018,  près du site  de la croix dans une maison-doumec de Neuilh. Lors du dégagement de la plaque de fonte de la cheminée  est apparu une pierre discoïdale comme celles des cimetières basques. D’un diamètre de 72 cm, et d’une hauteur de 55 cm, elle repose au 2/3 du cercle sur un large socle servant de piédestal de 55 cm de haut et de 88 cm de large. L’ensemble faisant 107 cm de haut au total. Le  disque imparfait est sculpté d’une étoile à six branches encadrée de deux petits cercles, l’un plus haut que l’autre,  le tout  bordé par deux cercles périphériques. La pierre dégagée du mur présente à son dos un aspect rugueux qui laisse à penser qu’elle a été réalisée pour être encastrée. La symbolique des gravures laisse perplexe le moindre chercheur. Les étoiles à six branche sont souvent présentes dans les stèles basques et représentent parfois le soleil, parfois ce sont de simples éléments décoratifs fréquents en Bigorre-Béarn-Pays basque. Les deux cercles représentent-ils des symboles lunaires  face à l’étoile solaire ?

En dehors de sa signification symbolique, probable culte solaire est la présence d’un tasseau accompagné d’un tissu et d’une pièce de bois encastré dans le mur Rapport avec les rites solaires ? La question reste entière.

Dans le mystère, on peut rajouter la présence même à cet endroit de cette stèle néo- basque fort rare en Bigorre. Un exemple se trouve à  Baudéan, dans le cimetière, ce qui fait fantasmer certains de nos érudits locaux qui s’imaginent que c’est cette pierre qui se trouvait à la croix blanche et que les paysans faisaient rouler dans le ravin. Est-ce à ce moment que la partie manquante du cercle a été détachée ? Le curé de l’époque l’aurait-il avec son socle d’époque ou fabriqué pour la cause,  déplacée et mise dans cette maison ? Mais il y a quand- même un problème de datation, le meurtre de la croix s’étant déroulée au XVIIe siècle alors que la pierre bien que peu étudiée à une origine bien plus ancienne.  Monsieur Francis Beigbeder de la société Ramond évoque cette découverte  dans la revue 153 de 2018 pages 49 à 60. Une courte information en annexe de Philippe Guitton nous la décrit suite à sa visite le 28 août 2018.

Neuilh                                                                      Cliché F.  Beigbeder ou Ph. Guitton ?


                              stele 6  
                                        Étoile à six branches, symbole religieux.


8-Aspin, en préparation




9-Barèges, en préparation

10-Bartrès

La lande -Légende du culte de Fellassia

La grande majorité des légendes locales sont des histoires fantastiques dont la matrice était surtout extraite des passages de l’Ancien Testament, que l’on racontait le soir au coin du feu avant que les enfants aillent se coucher. Avec celle-là nous entrons dans l’érotisme païen qu’une chape de plomb chrétienne a éradiqué à partir du passage de saint Martin. Les faits se passent dans une lande hérissée de pierres dressées, menhirs pour les Celtes,  peyres hicades pour les Bigourdans, pierres phalliques pour quelques érudits, dont Monseigneur L. Goursat,  ancien recteur du sanctuaire de Lourdes (1). Cela pourrait-être entre autres,  la lande de Bartrès où une petite bergère qui nous est chère, gardait ses moutons, bien que la lande de la légende fût fréquentée par des bergers. Fellassia exerçait ses talents  dans un endroit semblable, la décence judéo-chrétienne m’interdit de situer exactement le lieu. Pour une fois, je ne vais pas revisiter un texte, mais la retranscrire telle que le truculent bigourdan Christian Laborde (2) nous la narre dans sa langue jubilatoire et sonore :

« La déesse Fellassia, les nuits de pleine lune, taillait des pipes aux bergers pubères ; le rituel était fort simple. Elle entrait, de nuit, dans la cabane de branches du jeune berger qu’elle avait choisi. Elle lui caressait le front tout en le débarrassant de son fourreau phallique. L’adolescent réveillé, plongeait ses yeux dans les yeux purs de Fellassia, laquelle achevait de le déshabiller avant de le savamment sucer. Fellassia rejoignait alors, au fond du lac, sa demeure de schiste et d’eau et vomissait sur sa couche d’algues l’humaine semence qu’elle avait goulument avalée. L’eau du lac donna naissance à ces poissons argentés dont le ventre blanc et nacré coupe en deux l’eau fraiche des torrents.  L’Eglise catholique, dès le Moyen Age, partit en guerre contre le culte populaire qui lui était rendu. Les fontaines sacrées où les jeunes bergers venaient prier Fellassia afin qu’elle les visitât, furent déclarés maléfiques. »

Le culte  gascon de Fellassia fut ardemment combattu, ses vierges initiatiques condamnées comme sorcières, les pierres de fertilité arasées ou christianisées, les écrits, poèmes et odes proches de ce culte, brûlés sur la place de Castelnau Magnoac en 1219.  D’après l’imagination fertile de notre évêque les formes éminemment phalliques des quelques « rochers de Vénus » de la lande au nord de Lourdes renverraient  également au culte de Fellassia !

Malgré la destruction d’un grand nombre de ces « rochers impudiques personnification de la divinisation de la chair » depuis l’implantation de christianisme, il devait certainement en rester encore à l’époque de l’évêque (1905). D’où son appel à la destruction  de « ces endroits où quelques insensés vont allumer des flambeaux et pratiquer d’autres superstitions. Nous ordonnons que cet abus si criminel, soit aboli et entièrement détruit partout où il sera subsistant » (1). Fort heureusement quelques « peyres hicades » ont échappé à la furie destructrice de Mgr Goursat.

(1) Les mystères sataniques de Lourdes à travers les âges. Edition A. Savaet, 1905
(2) L'os de Dionysos

                                                                Peyre hicade

                                                            Peyre hicade-pierre levée dans la lande de Bartrès


11-Beaucens, en préparation


 

12-Bun 
La légende d’eth malh 
Aux environs de Bun, se trouve un rocher imposant sur la rive gauche du gave d’Estaing,  proche du pont de Las Chouses. Ce rocher surmonté d’un bloc de ciment sur lequel était érigé une croix de fer aujourd’hui cassée, a une histoire légendée, qui jadis remplissait les veillées au coin du feu. Afin qu’elle ne se perde pas dans la nuit des temps, voici l’origine de cette histoire racontée il y a encore peu par un certain Cédric Cazajous (1).

          Bun légende 2  Bun légede
                                                             Photos J. Omnès, près du second pont de Bun.
                                                                            
Il y a fort longtemps, le diable et le plus beau des anges se livraient une féroce bataille au-dessus du pic de Pan. Le diable lançait boules de feu sur boules de feu sur l’ange qui faisait tout pour les éviter. Il réussit à éteindre la première grâce à un gros nuage blanc, mais la seconde, qui lui brûla une aile, alla percuter un bout de rocher de la falaise du pic de Pan.  Le gros rocher menaçait de tomber sur une grange. Ce qu’il  ne fit pas, aussi l‘ange alla se reposer sur un nuage proche. Mais un jour, un dimanche pendant que tout le village assistait à la messe, le rocher se détacha et se mis à dévaler la montagne. L’ange, alors, d’un geste rapide lui lança une énorme boule d’air qui le détourna de sa trajectoire. Il vint s’abattre près de la rivière  épargnant la grange ainsi que la maison d’un certain Clarabaix. Sa chute fit un si grand bruit que les villageois sortirent de l’église pour admirer le prodige. Depuis, ils érigèrent  une croix de fer sur le rocher et vinrent régulièrement en procession prier tous les dimanches en déposant des bouquetsde fleurs. Mais la coutume s’est noyée dans les méandres de la vie moderne et le rocher a été recouvert d'une dense végétation. 
(1)    Bulletin SESV 2003 page 179.

13-Cauterets.
Origine de la naissance de  Charles-Louis Napoléon devenu Napoléon III


Hortense de beauharnais
                                                                         La reine Hortense

Hortense de Beauharnais (1783-1837), fille de Joséphine, reine de Hollande de par son époux Louis, frère de Napoléon Ier, venait de perdre son fils Napoléon –Charles, le 5 mai 1807, à l’âge de 5 ans, suite à une maladie. Bouleversée par ce décès, inconsolable, son médecin, le docteur Labat lui conseilla de partir prendre les eaux à Cauterets.  Le grand air devait lui faire du bien. Arrivée avec sa petite cour, dont l’amiral Ver Huell, dans la station thermale, elle passa le plus clair de son temps à franchir les sommets : le Bergons, Le Monné, le Viscos et le Vignemale et franchir les cols. 
Mais la beauté du paysage n’arrivait pas à lui faire oublier le décès de son fils. La douleur la suivait à chaque excursion, jusqu’au jour où elle rencontra un certain Decazes qui venait de perdre son épouse qu’il disait  adorer. Et comme le dit si joliment Joseph Turquau dans son ouvrage « La Reine Hortense », 1896 : « Une communauté de douleur rapprocha les cœurs… On sortait ensemble, on dinait ensemble, on pleurait ensemble »
Un beau jour venant de Luz par le col de Riou, la reine et sa petite cour dont l’amiral Ver Huell, Monsieur Decazes et ses deux porteurs attitrés Clément et Martin furent surpris par un orage et durent se réfugier dans la première grange venue. Que s’est- il passé ce jour-là ?, nul ne le sait.
Mais il est pratiquement sûr que lorsqu’Hortense vint rejoindre son mari qui l’attendait à Toulouse, le 12 août 1807 elle se trouvait enceinte, parait-il depuis le 24 juillet d’après les chroniqueurs de l’époque qui connaissaient bien le côté volage de la reine ; à  tel point que le cardinal Fesch, parent des Bonaparte disait d’elle : «  Quand il s’agit des pères de ses enfants, Hortense s’embrouille dans ses calculs »
Il est  probable que le père soit M Elie Decazes, mais il se dit dans les chaumières locales que la paternité de l'enfant, futur empereur était toute pyrénéenne. Il est vrai que la virilité des montagnards, avait dépassé les frontières de la bienséance, et ce, depuis les francs massages des réputés  fretayrés. 
Devenu empereur, Charles-Louis Napoléon revint plusieurs fois dans la région. Sa mère lui ayant dit tout le bien qu'elle pensait de l'environnement et du climat montagnards.

Dans son histoire de Napoléon III en 6 volumes, André Castelot évoque bien évidemment les soupçons qui entourent la paternité du futur empereur. Mais il n'évoque pas la fameuse grange en question et parmi les pères possibles évoque en premier son écuyer hollandais Charles-Adam de Bylandt-Palterscamps qui faisait partie de l'embryon de cour accompagnant la Reine Hortense lors de son séjour dans les Pyrénées. Castelot conclut ainsi son passage sur la possible infidélité de la Reine en disant " Quoi qu'il en soit, il est bien difficile aux historiens de tout connaitre des lits de l''Histoire". Information donnée par William Boinot sur FB.
PS : Napoléon III est né le 20 avril 1808.


chalet Reine hortense 2


14-Chèze
Le pigeonnier du village

Le curieux pigeonnier de Chèze serait l’œuvre d’un entrepreneur local. Il se dit dans le village qu’en 1775, lors de la construction de l’église actuelle, cet entrepreneur avait été refusé pour la réalisation du clocher. Vexé et décidé à prouver ce dont il était capable, il construisit avec ses compagnons la tour pigeonnier qu’il termina, dit-on, avant que le clocher de l’église ne fût achevé par l’équipe choisie par la commune. Les entrées des boulins sont accessibles par des planches fixées horizontalement sur chaque façade.

 

           Pigeonnier Chèze
                                                 Pigeonnier-tour de Chèze. Photos J. Omnès

        Cheze pigeonnier 2 Chèze pigeonnier


15-Couhitte
Légende de l’âne 
Il se disait dans la région qu’un des seigneurs de Couhitte avait vendu son âme au diable afin de pouvoir réaliser des expériences de magie noire et d’alchimie. Un jour, en passant sur le pont du Tilhos, le seigneur vit un âne qui lui barrait le passage. Lorsqu’il s’approcha de celui-ci, l’âne se mit à grossir démesurément en prenant une couleur rouge et deux cornes lui poussèrent sur la tête. C’était le diable qui venait réclamer son dû : l’âme du seigneur. C’est alors que Couhitte fit le signe de croix. L’âne disparut dans un nuage. Couhitte retourna aussitôt dans son manoir pour démolir ses laboratoires qui se trouvaient dans la tour. Celle-ci est toujours visible

Couhitte arrière                                                                   
Château de Couhitte. Photo J. Omnès

                                 Decoexpress

                                 La légende de l'âne de Couhitte par Decoexpress à Argelès-Gazost 


16-Estaing
La fée du lac  (version Duhourcau, les Pyrénées mystérieuses)
À cause d'un mauvais sort, une jeune femme devint fée et fut contrainte à demeurer au fond des eaux du lac d'Estaing. Seul le mariage avec un homme qui ferait sa demande après avoir mangé et en étant à jeun à la fois aurait le pouvoir de libérer la captive de sa prison d'azur.

lac Est                                                                          Le lac d'Estaing

Un jour, deux jeunes hommes de Sireix qui rentraient d'Espagne, entendirent le doux chant de la fée alors qu'ils passaient au bord du lac. Ils se penchèrent pour l'observer et la trouvèrent d'une grande beauté. La demoiselle leur expliqua alors comment rompre le sortilège qui la retenait prisonnière et qu'elle apporterait bonheur et prospérité à son futur époux, tant que celui-ci ne la traiterai pas de folle. Les deux amis promirent de la délivrer sans savoir comment réaliser le prodige.
 

                               Capdevielle lac 001

La légende de la fée du Lac, 1893, huile sur toile, entrée en collection en 2010. Musée de Bagnols-sur-Cèze.  Elle a servi à la couverture de l'ouvrage de Pierre Pintat.

Pourtant, quelques temps plus tard, l'un des deux jeunes gens, qui appartenait à la famille d'Abbadie, se dirigeait à nouveau vers le lac d'Estaing, comme il avait pris l'habitude de faire. En traversant un champ de blé, il en détacha un épi machinalement et en rompit un grain entre ses dents. Arrivé devant le lac, il comprit ce qu'il venait de faire et, se penchant au-dessus des eaux, il fit sa demande à la belle du lac. La fée redevint femme et entraîna le jeune d'Abbadie jusqu'à une grotte enchantée où s'amoncelaient des coffres remplis d'or. Le jeune homme prit tout ce qu'il put emporter et, peu après, épousa la fée lors d'un mariage qui fut le plus magnifique qu'on ait vu à Sireix. De leur union heureuse naquirent cinq enfants.
Mais un jour, alors que le jeune d'Abbadie était descendu à Argelès, la jeune femme, prévenue par sa nature féerique, sentit qu'un orage terrible et menaçant s'approchait. Elle donna ordre aux valets de faucher et rentrer immédiatement les récoltes qui achevaient de mûrir. Son époux, sur le chemin du retour, trouva ainsi ses champs rasés au milieu des moissons encore sur pied de ses voisins. Ne comprenant pas la décision de sa femme, il la traita de folle. La fée disparut aussitôt et l'orage se mit à gronder et à déferler, emportant et détruisant les récoltes des voisins.

Mais la jeune femme ne pouvait oublier ses enfants et vint ensuite chaque matin les voir en secret. Le jeune d'Abbadie la surprit un jour et la supplia de lui pardonner. La fée refusa et dit qu'elle ne reviendrait jamais plus. Elle ajouta cependant qu'elle n'abandonnerait jamais ses enfants et que leurs descendants deviendront illustres.

La promesse de la fée fut tenue lorsque Jean Bernadotte, dont la mère descendait de la famille d'Abbadie de Sireix, devint roi de Suède puis de Norvège. Et c'est sous le nom de Charles XIV Jean qu'il fonda une grande et longue dynastie.

Dans la version de D. Lormier Contes populaires c'est le berger devenu seigneur qui demande à ses valets de rentrer la récolte avant midi, vu l'orage qui s'annonçait. Son épouse ne voyant pas l'urgence, la laissa sur pied. De retour, le berger trouva ses récoltes inondées.


17-Gavarnie
La brèche de Roland

troubadour 001                                                                             
 Les chansons de gestes étaient diffusées à travers l'Europe par les trouvères et les troubadoursLa Brèche de Roland  appelée ainsi depuis la Renaissance par des érudits ayant lu le Roland Furieux (Orlando Furioso) de l’Arioste. Ce dernier ne faisait que reprendre la célèbre chanson de geste du XIe siècle : la chanson de Roland. Celle-ci a été inspirée par l’histoire réelle de Roncevaux du moine Eginhard (829-836). Ces érudits imaginèrent que notre héros (Roland) avait réalisé cette ouverture béante entre les deux parties de la montagne avec son épée Durandal. Voulant la briser, afin  qu'elle ne soit pas prise par les Sarrasins qui le poursuivaient, il la jeta contre la montagne et c’est la montagne qui se brisa. 

Une variante veut, que poursuivi par les Sarrasins en revenant de Pampelune (qu’il venait de piller avec son oncle Charlemagne)  et se trouvant bloqué par cette muraille de Gavarnie, il tira son épée et fendit  la roche. Son exploit ne s’arrêta pas là ;  avec son cheval Veillantif, il s’élança dans les airs et d’un bond, arriva au chaos de Coumély où les traces des sabots du vaillant destrier sont toujours visibles. Ce lieu appelé « pas de Roland »  à plusieurs petits frères en Pays basque et en Haut-Aragon. En pays basque près de Roncevaux, à Itxasou, le même Roland  fit également une brèche avec son épée Durandal  pour échapper à ses poursuivants. L’exploit est visible en em pruntant La route de Roland (atekagaitzeko errebidea). En Haut-Aragon,  l’exploit est visible au Salto de Roldan.
Sur le  plateau de Saugué proche, se trouve une seconde trace du pas du cheval de Roland. Dans les légendes locales, Roland chevauche parfois  le cheval Baïar des frères Aymon. Les légendes de Baïar et de Roland s'interpénètrent.

On trouve également une pierre de Roland (pas de Roland) au Sud de la commune d'Arrayou-Lahitte, au lieu-dit Sarrat. (Monographie des instituteurs de1887).
Cette légende d'un chevalier franc devenu héros aquitain a été d'une importance capitale pour les pèlerins sur la route de Saint-Jacques. La très populaire chanson de geste qui a été son creuset, a alimenté durant des siècles, l'ardeur des marcheurs vers la Galice, transformant l'épée Durandal du héros, en croix divine prête à affronter tous les dangers.
La Brèche à Gavarnie se trouve à 2 804 m d’altitude. Pour y accéder, prendre à l’entrée du village la route à droite montant à la station de ski. La dépasser pour atteindre le col de(s) Tentes (1).


                 chemin pas de Roland
Pas du cheval de Roland à Coumély sur le rocher arrière
   
Pas de Roland 1                                       .    Trace du sabot du cheval de Roland.  Photos J. Omnès

(1) Au col de(s) Tentes (2 208 m), on continue la route à pied jusqu’au col de Boucharo (2 270 m). Au Boucharo, on prend le sentier qui part vers l’est et on arrive, après quelques km de montée et un peu de transpiration, au refuge des Sarradets (C.A.F.) situé sur un monticule à 2 587 m. La brèche est là, devant vous, monumentale, dominant tout le paysage de son échancrure de 100 m de haut et de 40 m de large. Portail gigantesque sur l’Espagne.  

17-Gavarnie
a-Les mythes pyrénéens
La légende de Mulat-Barbe, comme celle de Millaris de Lesponne, rappelle que les montagnes de Bigorre ont jadis fait l’objet d’une christianisation. Si la légende de Millaris possède son emblème, la Croix de Béliou, il n’en est pas de même de celle de Mulat Barbe. Mais les deux textes mythologiques rappellent les temps anciens où les dieux étaient nombreux. Ils annonçaient la venue du christianisme « cristiandat arrenhe » et la fin de ces temps. Mais ils annonçaient également la fin des errances de hommes et le début de l’agriculture, rappel du meurtre du berger Abel par le cultivateur son frère Caïn. Ses fils descendirent alors dans la vallée et enseignèrent aux hommes l’art de cultiver. Les géants de Vizos furent-ils leurs descendants ? Le mystère demeure


Millaris
                                                  Illustration légende de Millaris au musée de Gèdre.

b-La légende Mulat-Barbe.
Dans des temps très anciens vivait à Gèdre un géant, qui à l’âge de 900 ans, décida de quitter sa région pour se réfugier dans la plaine de Camplong, sur la route d’Héas. Son nom Mulat-Barbe. Il vivait avec ses sept fils, pendant que les plus jeunes allaient chercher du bois dans la forêt du Coumély, lui avec les autres s’occupait des troupeaux à longueur d’années, et de ses champs d’orge et de seigle, certains conteurs évoquent le sarrasin, mais il n’était pas encore arrivé dans son territoire. Tout poussait alors, à son époque, en haute montagne. La fertilité de la nature était sans pareille. Mulat-Barbe et ses enfants lui rendaient la vénération qu'elle méritait. Jusqu’au jour où un signe de feu, probablement un éclair gigantesque  fut observé sur le Viscos, vers Saint-Sauveur. D’après les anciens ce devait être la fin de leur temps, la guerre contre les chrétiens venu imposer leur Foi n’allait pas tarder à arriver jusqu’à eux. Six des enfants partirent combattre les intrus. Le dernier resta avec son père qui devenait de plus en plus aveugle, normal vu ses 900 ans. 
Réfugiés dans une grotte à l’Alhet d’Estaubé, un froid peu habituel se fit sentir. « Fils dit- il va voir dehors ce qui se passe ! »  Le fils revint très vite  « Père il n’y a plus, ni herbe, ni pierre, ni chemin. Tout a disparu, tout est blanc comme s’il y avait plu du sel toute la nuit » Mulat-Barbe demanda à son fils de lui ramener de l’extérieur ce sel bizarre, il toucha et senti cette curieuse matière. «  C’est de la neige mon fils »
- « Père comment le savez-vous ?  »
- « C’est un vieux magicien, il y a fort longtemps, il m’a prédit qu’un jour la terre serait recouverte d’une poudre blanche plus froide qu’un jour sans soleil et plus brillante au soleil que l’eau des torrents qui brulerait l’herbe. Il m’a alors dit ce jour-là ce sera la fin de votre monde, et le commencement du règne des chrétiens. Va, mon fils, je vais mourir ici, tu m’enterreras et tu iras plus bas dans la vallée où l’herbe pour nos troupeaux est encore verte. »
Ainsi fut fait Mulat-Barbe fut tué par son fils avec une faucille d'or et enterré pas très loin de la grotte familiale, vers le lac des Gloriettes ou le bois de Coumély. On ne se souvient plus très bien. Ce qui est sûr, c'est qu'à l’endroit de sa tombe l’herbe ne pousse plus.
D’après certains linguistes, dont Xavier Ravier, Mulat signifierait noir, mot qui a donné mulâtre et Barbe, bouc ou âne en langue basque ou aquitaine, ce n’est pas très clair. Cet âne- bouc mystique symboliserait la mort, celle des anciens temps.


MulatBarbe
                                                                Mulat-Barbe, dessin de Pertuzet
 

Peire de mulat barba 1 

Tombe supposée de Mulat Barbe près du lac des Gloriettes et de la grange de Sesqué . Photo de "nadecarita" de Facebook;, prise en juin 2007 . Voir aussi Memorias de peira de Terèsa Pambrun, page 118-119.

                                                                               

Texte de Jean-Louis Manssourre (auteur du pays toy), avec plus de précisions locales,   avec nos remerciements

"C’était autrefois, il y a longtemps, bien longtemps, dit la légende, un champ d’une fertilité inouïe, et le froment y poussait si dru que le propriétaire, Mulat-Barbe, surnommé le Vieux de la Vallée, quand il moissonnait, donnait nau haucats[2] avant de remuer le trubè[3] où il s’asseyait pour éviter la fatigue.

Mais Mulat-Barbe se faisait vieux : il avait neuf cents ans. Pour comble de malheur, il devint aveugle. Ses fils, au nombre de sept, ne voulurent plus alors le laisser travailler et s’occupèrent seuls du soin de leurs terres. Deux ans plus tard, ils allèrent trouver leur père et lui dirent : « Comment se fait-il que la terre donne de moins bonnes récoltes ? Autrefois, vous n’aviez à remuer le trubès qu’après en avoir donné nau haucats ; aujourd’hui il nous faut le remuer après en avoir donné seulement sept ». « La raison est bien simple, dit le père. Je donnais neuf labours à la terre avant de l’ensemen-cer, vous ne lui en donnez que sept. Revenez à ma méthode et vous retrouverez les récoltes ».

Quelques temps après, il neiga, chose inconnue jusqu’alors. Les enfants dirent au vieillard : « Père, pourquoi faut-il que vous soyez privé de la vue ? Vous verriez aujourd’hui quelque chose de bien extraordinaire. Il tombe du ciel une matière blanche qui ressemble à du sel d’Espagne, et qui fond dans la main ». « Portez-m’en une poignée », dit le vieillard. Après avoir longtemps palpé ce qu’on lui apportait, Mulat-Barbe dit : « Le dernier âge prédit par la Sibylle de Cumes est arrivé, le grand ordre des siècles recommence. Le règne de la Justice revient sur la terre ; un peuple nouveau descend du haut des cieux ». Il ajouta : Arrè d’açi, hilhs ! Crestiendat qu’arrégne[4]. C’était la première fois que la neige tombait dans la vallée où jusqu’alors elle était inconnue[5]. Son apparition coïncide donc avec l’introduction du christianisme dans la contrée. Le conseil du vieillard fut suivi ; la famille quitta sa résidence d’Estaubé et alla se fixer au fond de la Vallée, à Esquièze. Le Pla d’Alhet devint un germ[6] et peu à peu tomba dans l’inculte. Cependant, à l’entrée de la vallée, à Gargantan et à la Ribère Grano, il y a toujours de fertiles prairies. C’est dans la première de ces localités que mourut Mulat-Barbe, et sa tombe est encore visible près de la grange de Sesqué. Même, dit-on, l’herbe ne poussa jamais dessus."

 [1] Le récit consacré à l’histoire de Mulat Barbe est tiré de Rondou, J.-P., En courné det houec, Journal des Veillées du Pays de Bigorre, Société bigourdane d’entraide pédagogique, n°1, 1931-1932.

[2] « Neuf coups de faucille », note Rondou.

[3] « Siège en bois à trois pieds », id.

[4] « Arrière d’ici, fils ! La chrétienté règne », note de J.-P. Rondou.

[5] Ravier, X., le récit mythologique…, op. cit. : « … de la même façon  que l’apparition de la neige signifie une rupture à la faveur de laquelle un état ancien du monde fait place à un nouvel état de ce même monde, la venue du christianisme marque une coupure radicale et irrémédiable entre l’ordre spirituel qui avait jusque-là prévalu et celui qui va désormais triompher, la mort du héros rendant ces profonds bouleversements plus sensibles ».

[6] Le germ (yèr dans le parler local) comprend la grange avec son cabanét  –  petite pièce qui sert de logement temporaire – ou avec une cabane séparée, ses pré(s) et ses bois, le tout situé à l’écart du village. La note de Rondou précise : « Propriété sur la montagne, habitée seulement en été ». Cette définition n’est peut-être pas conforme à la vérité : dans des actes notariés, nous avons rencontré des attestations yèr pour des terrains situés en dessous du village, par exemple le Yèr des Pauses, en dessous de Chèze.


c-Les crânes de Gavarnie, entre histoire et légende
La vitrine qui contenait 12 crânes présentés comme ceux de Templiers est toujours à sa place. Mais d'après l'histoire,  ces Templiers auraient été jugés et exécutés loin de notre contrée par Philippe le Bel, aux alentours  de 1307.  Marie Germain  Noguès, procureur du Roi, dans son "Voyage de Luz à Gavarnie" de 1788 a confirmé page 27, la présence de ces 12 têtes exposées dans l'ancienne église restaurée vers 1840. Gustave Bascle de Lagrèze, dans son ouvrage de 1863 (1) a également  vu ces  12 crânes dans la nouvelle église.  En 1952, dans la "Revue du Comminges" le fossoyeur de Gavarnie, qui assurait l'entretien de ces crânes aurait déclaré : "Quand ils sont trop vieux, nous les changeons ! (« Quoan soun trop bieils que lés cambian. » Il semble que de nos jours, il n’en reste que 7 ou 8. Aucune datation n’a été faite à leur encontre.


reliques templiers


Mais quel est donc l’origine de ces crânes, si ce ne sont pas ceux des Templiers ?
Gustave Bascle de Lagrèze émet l’hypothèse suivante : d’après l’article 16 de l’acte d’accusation portée contre les Templiers il était fait référence à des « têtes ». Cette référence a été reprise par Michelet dans son Histoire. Il évoque que dans certain chapitre on plaçait les nouveaux venus  devant un crâne. Genre de bizutage. On leur indiquait : « Istud caput vester Deus et vester Mahomet  (2)». Lors du  procès de 1307, une tête fut présentée,  celle du chapitre de Paris. D’après Bascle, ces têtes pourraient donc être ces « idoles » qui auraient échappé aux sbires de Philippe le Bel ?
Dans les années 1820, l’historien, Augustin Thierry aurait rapporté cette légende : «  On montre respectueusement à Gavarnie six ou sept têtes, qu’on prétend être celles de Templiers martyrisés et l’on raconte que chaque année, la nuit de l’abolition de l’Ordre, une figure armée de toutes pièces et portant le manteau blanc à croix rouge, apparait dans le cimetière et crie par trois fois : qui défendra le saint Temple ?, Qui affranchira le sépulcre du Seigneur ? Alors les sept têtes se réveillent et par trois fois répondent : Personne ! Personne ! Personne ! Le temple est détruit ! »
Problème :  il n'y a jamais eu de Templiers à Gavarnie (3), mais seulement des Hospitaliers de Saint-Jean, mais la légende est restée et le mystère demeure.

(1)   Histoire religieuse de la Bigorre, 183, BNF  page 401
(2)    ?
(3)   La commanderie des templiers  était  à Bordères

 d) En la chapelle de Gavarnie

 

Pierre Martel dans son livre, Guide pittoresque et occulte des Templiers (1) rapporte le phénomène suivant :

« Tous les ans à l’anniversaire du martyre du dernier grand-maître de l’Ordre [des Templiers] le 18 mars (2) on voit paraître un chevalier du Temple, dont le linceul est remplacé par le célèbre manteau blanc à la croix rouge pattée. Il est en tenue de combat et porte la lance en arrêt. Il se dirige à pas lents vers le centre de la chapelle et lance un appel déchirant qui se répercute en écho dans le cirque de Gavarnie : « Qui défendra le Saint Temple ? Qui délivrera le tombeau du Christ ? » A cet appel, les six Templiers (3) ensevelis se raniment et se dressent pour répondre à trois reprises : « Personne ! Personne ! Personne ! Le temple est détruit ! »
Cette  légende   possède bien la marque du  XIXe siècle, époque romantique où l’on aimait les histoires qui frôlaient le surnaturel et l’ésotérisme. De plus, celle-ci nous fait apparaitre des Templiers, dont l’ordre  ne s’est jamais installé en pays toy. À Gavarnie, nous sommes en présence des Hospitaliers de Saint- Jean- de Jérusalem. Au niveau de cette rocambolesque description, on n’est plus à un pareil détail.

(1) Edition La table ronde, page 131
(2) 18 mars 1314, mort de Jacques de Molay, brulé vif sur un bûcher
(3) Ceux des six crânes

Les templiers


18-Gèdre
Légende de la grotte d'Arrode
Une jeune chevrière de Trimbareilles, menait souvent paître son troupeau composé de toutes les chèvres du hameau, aux environs de la grotte d'Arrode.
 Un jour, ayant perdu un animal qui s’était un peu écarté du troupeau, elle dut retourner vers la grotte où la chèvre aurait pu se cacher. Cette excavation étant un abri naturel pour les bergers et les troupeaux par temps de pluie. C’est alors qu’elle aperçut à l'entrée de la caverne un animal fantastique. Il se tenait couché, avec à côté de lui, un drap blanc sur lequel s'amoncelaient pièces d'or, bijoux, diamants et autres pierres précieuses.
L’animal ressemblait à un dragon ou un serpent ailé qui ne présentait  aucune animosité, bien au contraire. Voyant que la jeune fille le regardait comme pétrifiée, n’osant ni avancer, ni reculer, le dragon-serpent  l’invita d’une voix douce à s'approcher sans crainte.
La pastourelle avança timidement, tout en observant le trésor qui s’étalait devant-elle Comment peut-on accumuler autant de richesses en un tel endroit, pensait–elle. L’animal amusé devinait ses pensées. Un dialogue s’engagea entre eux :
- Tu voudrais bien posséder tout cela, n'est-ce pas ? 
-  Bien sûr, monsieur le serpent, si je le pouvais, nous ne serions plus pauvres avec mes parents. Une simple petite partie de votre trésor suffirait à  nous rendre heureux.
 - Je te trouve sympathique. Si tu me rends un service, toute cette fortune sera à toi.
 -  Que dois-je faire ? demanda aussitôt la chevrière empressée.  
 - Une chose simple, répondit le serpent. Tu reviens ici demain vers l'aube, après avoir conduit tes chèvres au bord du bois. Tu t’allongeras sur le sol et me laisseras passer trois fois sur ton dos. Et ce, sans bouger et sans le moindre mot. Mais surtout, tu ne diras rien à personne, toi seule doit bénéficier de ma largesse. À demain donc ! Sois exacte au rendez-vous et n’aie pas peur, il ne t'arrivera aucun mal. À ces mots, trésor et dragon disparurent, et le crépuscule tomba. La bergère entendit soudain son chevreau crier derrière un arbuste : il était retrouvé. Elle l'emmena, heureuse en le pressant contre sa poitrine.

Durant toute la nuit, la bergère rêva de son entretien avec son curieux interlocuteur. Elle se voyait déjà princesse. Des  projets de toutes sortes envahissaient ses pensées. Elle garda le silence imposé par le serpent-dragon. 
Et, à l'heure dite, elle se hâta de gagner la grotte d'Arrode, avec ses chèvres préalablement rassemblées. Mais sa démarche fut vaine, car l’animal avait oublié de lui dire qu’elle devait être à jeun ce jour-là. Le lendemain, la bergère par inadvertance goûta un grain de blé d’un champ dont les épis commençaient à mûrir. Il fallut attendre le troisième jour pour que  toutes les conditions requises soient remplies. Le dragon rampa vers la jeune fille qui s'était étendue de tout son long, et, une première fois, lui passa lentement sur le corps. Elle tremblait, elle s'attendait à sentir une impression désagréable ; les écailles se bornèrent à effleurer la bure de son corsage ; en outre, l'animal, qui aurait dû lui sembler très lourd, ne l'incommoda nullement par son poids. La seconde fois, par contre, elle crut qu'une barre de fer rougie au feu se promenait au-dessus d'elle, mais elle ne souffla mot. Enfin, lors de l'épreuve suprême, la peau du dragon devint tout à coup si froide que la jeune fille eut l’impression d’avoir un bloc de glace sur le dos. Alors, n’y tenant plus, et dans un mouvement de répulsion, elle s’écria :- Que tu es froid !
Les belles couleurs du dragon s’estompèrent, il pleura en poussant un gémissement entendu dans toute la vallée.
- Ah ! malheureuse !, s'écria-t-il. Tu pouvais me sauver et tu as rendu, par ta sottise, mon enchantement éternel !
Pendant que le trésor disparaissait aux yeux de l’infortunée chevrière, l'animal se précipita au fond de la grotte. Personne depuis, ne l'a vu sortir. Mais les Barégeoises, instruites par les bavardages de la petite bergère, se rendent depuis, régulièrement près de la caverne, dans le secret espoir  de réussir là où leur amie avait échoué.

  .Kindred spirits  by Anne Stokes        arton202
                          Légende de la grotte d'Arrode . Illustration Anne Stokes. Entrée de la grotte, cliché L.B. en 1903

19- Héas
La  Chapelle
Trois bergers furent désignés qui gardaient leurs troupeaux sur le plateau de l’Aguila décidèrent un jour de construire une chapelle vers Héas, afin d’honorer la Vierge, protectrice des troupeaux. Tous les jours, trois chèvres sauvages accompagnées de trois chevreaux venaient les alimenter en lait. Jusqu’au jour où mal inspirés, ils décidèrent de manger l’un des chevreaux. Les chèvres qui accomplissaient une mission divine furent alertées par leur instinct et ne revinrent plus, les laissant alors mourir de soif. Nos braves maçons, auteur du sixième péché capital, durent arrêter la construction qui resta inachevée pour redescendre dans la plaine. Une autre version dit qu’ils furent sauvés par les habitants.

Héas                                                                  Chapelle d'Héas. Photo J. Omnès

Une autre traduction arrive parfois jusqu’à nous, elle est plus complexe : 
On racontait dans les veillées, que des bergers qui gardaient leurs troupeaux sur le plateau de l’Aguila auraient vu deux colombes d’une éblouissante blancheur qui ne cessaient de venir se désaltérer à un ruisseau proche, et repartaient l’une en bas, vers Héas où se trouvait un oratoire,  l’autre vers Poueylaün. Les bergers crurent à un message divin, Poueylaün  possédant déjà une chapelle, ils pensèrent que la vierge voulait également une chapelle à la place de l’oratoire.
Ils la construisirent en se transformant en maçon, mais leur manquait une statue de Marie pour honorer leur travail. Aussi allèrent-ils de nuit en Aragon de l’autre côté de la montagne, au sanctuaire de la Pinède, en traversant le chaos de l’Arayé. Ils s’accaparèrent de la statue du site, sans scrupule,  puisque le vol se faisait sous l’emprise de la Foi. Puis, repartirent aussi vite et discrètement qu’ils étaient venus, mais ne purent s’empêcher de s’arrêter pour dormir au col de Canaou. Sommeil imprudent, car les Aragonais purent récupérer leur bien sans difficulté. A leur réveil, la déception fut grande ; mais leur détermination et leur Foi furent vite récompensées : une source se mit à couler du rocher où la statue avait été posée. Elle prit le nom de fontaine Notre-Dame (hount santa).
Et bien sûr, ils trouvèrent en fouillant le sol devant la source, une autre statue qu’ils amèneront à leur chapelle. Une variante évoque, un second vol de la statue une fois arrivée à Héas par les gens de Luz jaloux ; avec la Vierge qui s’échappent et revient seule chez elle, à Héas en s’arrêtant sur un rocher, le caillou de l’Arayé. Comme toutes les traditions orales, il y eut beaucoup de variantes.

Héas 001 3
                                                                   Vitraux : la légende des chèvres.

L’autre légende
Jean Barbet dans son guide de 1893, ne fait pas mention de cette légende des chèvres mais en évoque une autre, moins connue. Des soldats frontaliers bivouaquaient près de la chapelle et l’un d’entre eux peu enclin à respecter les choses de la Religion, trouvait un peu déplacé la vénération que ses coreligionnaires témoignaient envers N-D d’Héas. Esprit fort, il n’hésitât pas, par bravade,  à décharger son fusil sur la petite statue logée dans la niche en façade. Près d’une heure après ce triste évènement, quelle ne fut pas l’étonnement de ses camarades de voir le mécréant tomber à terre, raide mort, une balle entre les deux yeux au même endroit qu’il avait touché la statue. Il parait que ce projectile venait de très loin, d’un fusil espagnol de l’autre côté de la frontière. Mais les soldats n’ayant rien entendu crurent à une vengeance divine. Leur dévotion envers la reine du Ciel décupla.



20-Ilhéou
Le lac Bleu
Après le  lac de Lourdes, Dieu, jadis parcourant la terre à la recherche de bonnes âmes, s’arrêta en Haute terre de Bigorre, au village d’estive de Lhéou, vers Campan. Les bergers faisaient alors bombance et le Seigneur déguisé en mendiant leur fit l’aumône, en vain. Il se dirigea alors vers une petite cabane où logeait un pasteur. Celui-ci pris pitié du pauvre ère, lui offrit un couche de paille et un repas fait d’un veau tendre qu’il s’empressa de tuer et de rôtir pour honorer son hôte. À la fin du bon repas Dieu dit : "Mon cher hôte, mettez à part tous les os de ce veau, hors un que je vais prendre." Ce que fis le pasteur. La nuit passée, il se leva et trouva la couche du mendiant vide. Ce dernier était parti. En sortant de sa misérable cabane qu’elle ne fut pas sa surprise de voir, broutant dans son pré, le veau qu’il avait sacrifié la veille ; à son cou pendait une sonnaille dont le battant était fait de l’os qu’avait emporté son visiteur. Cherchant son bienfaiteur, son regard se fixa sur un lac bleu imposant à l’emplacement du hameau de Lhéou que les locaux appelaient Ilhéou. Dieu, comme à Lourdes avait puni les hommes de peu de compassion en submergeant leur hameau. Le pasteur alla prévenir le curé du grand malheur. Une procession parti de Lesponne, afin de prier pour le salut des âmes des englouties. Le lac prit par la suite le nom de lac Bleu, afin d’oublier la triste histoire du village de Léhou-Ilhéou.



21-Isaby
Légende du lac 

Ce lac est à l’origine d’une pittoresque légende, digne de Walt Disney. Un dragon, certains disent un serpent (avec de grandes côtes), hantait la région, il engloutissait à chaque repas, nombre de pasteurs, chiens et brebis. Les victimes s'ajoutaient aux victimes ; la situation  ne pouvait plus durer. Le maréchal-ferrant d’Arbouix fut alors choisi pour débarrasser le village de cet encombrant voisin. Notre villageois eut alors l’idée de chauffer à blanc une enclume et la fit avaler au monstre. D'autres témoins parlent de sept barres de fer portées au rouge. Il parait qu'il dut renouveler son acte courageux sept fois, en se retirant au plus vite pour ne pas être absorbé par l'immense gueule du monstre. Quoiqu'il en soit, pour échapper à une mort certaine, le monstre aux entrailles en feu,  but une quantité considérable d’eau des torrents voisins. Il en but tant, qu’il explosa et donna naissance… à un  lac, le lac d'Isaby. On croit savoir que notre forgeron obtint en récompense, pour lui et sa descendance, un droit de pacage gratuit, là où auparavant sévissait l'épouvantable animal. Comme rien ne se perd à la campagne, les villageois construisirent une chapelle avec les côtes du reptile ! Mal leur en pris, Dieu leur envoya pluie sur pluie, grêle sur grêle. Ils comprirent que l'on ne peut offrir au Créateur, une église faite d' ossements d'une bête maudite. Ils durent démolir leur ouvrage et reconstruire une église en pierre du pays.

                            Isaby 2

                 La légende vue par Jean-Claude Pertuzé dans le Panthéon pyrénéen d'Olivier de Marliave                                               


22-Lau-Balagnas
Lau-Balagnas possède également plusieurs fontaines aux eaux curatives guérissant des fièvres, et vénérées durant des siècles, car fréquentées par des fées, Ce sont les hounts :
- dets Espugnauous,
- det Barderou qui porte le nom du site, elle est censée donner la virilité aux hommes
- des Couloms ou des colombes, censée donner des enfants aux femmes stériles
- et Encantada, l’enchantée, ainsi appelée parce que, d’après la tradition, c’était la résidence de la fée Margalide.   

À ce jour, nous n’avons trouvé que celle de Barderou, si vous avez des informations, nous sommes preneurs.



23-Luz-Esterre
Sainte- Marie et l’ermitage Saint-Pierre 

Le château d'Estzerre s’appelle château Sainte-Marie. L’origine de ce nom se perd dans la nuit des temps et nous est donnée pour la première fois  par une légende qui nous vient du XIVe siècle.
Elle est décrite par Bernard Duhourcau dans son guide sur les Pyrénées mystérieuses.

Après le traité de Brétigny en 1360, qui donna la Bigorre au parti anglais, leur commanditaire Jean de Béarn, gouverneur du château comtal de Lourdes, installa ses « routiers » composés de mercenaires,  dans celui de Luz.  Avec à leur tête un Cagot, ils écumaient et rançonnaient la région. Un jour, ils ramenèrent à leur chef une captive, une belle jeune fille d’Arcizans, au nom de Marie. Epris d’elle, le chef voulut l’épouser alors que son fiancé était parti à sa recherche. Enfermée dans la tour, elle implora longuement la Vierge et si fortement que le jour des noces, un imposant nuage enveloppa la forteresse et un cortège d’anges en sortit pour enlever la belle prisonnière.
Le chef des brigands, dépité, implora le ciel de lui rendre son « bien ». Il hurla de rage si fort, qu’il attira l’attention du fiancé, alors proche des remparts, et qui alors s’empara de sa fronde et d’une pierre bien placée, tua net le ravisseur.

sainte Marie                                                               Avec l'aimable autorisation de Loucrup 65


La même histoire légendée raconte  que le fiancé fou de douleur, se fit ermite et construisit son ermitage non loin des faits. Ermitage qu’il dédia à saint Pierre. C’est à l’emplacement de cet ermitage que Napoléon III décida, lors de son passage dans la cité en 1860, de faire construire une chapelle qui prit le nom de Solferino en remerciement pour la victoire que lui avait offert  le ciel.


ermitage Solferino                                                   Ermitage de Saint- Pierre, lithographie de Mailhé 1836

L’histoire officielle veut que le dernier occupant de l’ermitage ait été le père Ambroise de Lombez, mort en 1778. Cette version a été réfutée avec preuves à l’appui par Jean Bourdette, qui affirma que ce moine capucin mort dans la « maison Labas » avait été enterré dans le cimetière de l’église. Là, il ne s’agit pas d’une légende mais d'une erreur du curé de Luz qui informa mal l’empereur, lors de la réalisation du mausolée d’Ambroise de Lombez.


24-Ourdis-Cotdoussan
Le château 
Le premier château des vicomtes du Lavedan est l'objet de plusieurs légendes, dont deux ont traversé les siècles. La première fait remonter la forteresse médiévale du temps des Romains. Roland, personnage historique, devenu un géant mythique bienfaisant sur la route des jacquets en France aurait libéré le château de ses envahisseurs du Sud, en utilisant  des arbres en guise de flèches.

La faille mystérieuse de 26 m, modifiée par l'homme, montant vers le plateau du fort et dont on a jamais trouvé le point de départ  est à l'origine d'une véritable chasse aux trésors, surtout qu'il se dit d'après une histoire légendée, qu'au XIXe siècle, des inconnus  auraient trouvé des marteaux et des chaînes en or. Ils auraient entendu parler d'une l'histoire connue par tous les autochtones. Elle avait été rapportée par l'instituteur du village en 1858 dans sa monographie : " A quelque distance du village de Cot d'Oussan, sont deux grottes détériorées par le temps. D'une de ces excavations, il sort  de la fumée pendant l'hiver et la neige ne se maintient jamais sur le sol avoisinant. Une autre est au sommet d'un rocher appelé château, à cause du château dont on n'aperçoit plus que les ruines. Cette grotte renferme selon la tradition d'immenses richesses. Il ya environ 20 ans qu'un chirurgien nommé Laffont s'y était aventuré seul, une lanterne à la main, il rencontra un escalier taillé dans le roc dont il se mit à descendre les marches. Après un quart d'heure de trajet, une voix sépulcrale lui cria : "arrête-toi !" Malgré cela, il continua sa route et bientôt une porte dont la serrure était d'or, s'offrit à lui ; il l'ouvrit, mais au moment où il allait mettre la main sur les trésors qu'il convoitait, une voix terrifiante le menaça de mort s'il faisait un pas  de plus. Le malheureux ne se le fit pas répéter deux fois et il remonta aussi vite que s'il avait vu le diable à ses trousses."



25-Piétat
N.-D. La chapelle

Cette chapelle a pour origine une légende qui remonte au XIe siècle : la veuve d’un preux chevalier mort en Terre Sainte voulut marier sa fille à un beau jeune homme revenu des croisades. La veille du mariage, elle apprit l’origine de son futur gendre : il était le fils illégitime de son défunt mari et d’une levantine chrétienne rencontrée à Jérusalem. La jeune promise se suicida et le beau jeune homme se repentit en faisant construire cette chapelle où il se retira du monde. Depuis le XVe siècle, le lieu est voué à Notre-Dame-de l’Espérance. Cette vierge était implorée par les couples désireux d’avoir un enfant et ayant quelques difficultés à en avoir un.

                                                                   Chapelle N.-D. de Piétat. Photo J. Omnès 


26-Saint-Pé
Le Pont du Diable 
"Il y a bien longtemps, quand le village de Saint-Pé était coupé en deux par le Gave de Pau et que la rive gauche s’appelait Générès, il n’y avait pas de pont. 
La route venant du Béarn serpentait sur cette rive, escaladait la crête des coteaux et s’en allait vers Lourdes. On traversait, à cet endroit, la Génie, à gué, quand les eaux étaient basses ou sur des passerelles faites de troncs d’arbres et de bûches. Par temps d’orages, quand les eaux montaient les passerelles étaient  souvent emportées. L’hiver, au moment de la fonte des neiges, on ne passait plus. Sur chaque rive, charbonniers alors nombreux  et bergers étaient isolés. Les fermes bâties au pied des collines de  la Garde et de la Pale se trouvaient coupées de la petite ville pendant des jours, voire des semaines…Sous la férule du maire de l’époque, on entreprit alors la construction d’un pont.
Mais le petit torrent, aux eaux enchanteresses ou capricieuses, défiait alors l’habilité des maçons. On raconte même qu‘un esprit malin s’acharnait à contrarier la réalisation de ce projet. Ainsi, tous les matins le pont était détruit. On s’accusa de toutes parts, jusqu’au soir où, raconte t’on, le maire inquiet que cela lui coût sa réélection, passa un pacte avec le diable en personne. 
eaux montaient, les passerelles étaient souvent emportées. 
Après moultes péripéties, ce pont fut terminé et le maire réussit à se délier de son pacte avec le diable. La vie reprit son cours, comme le torrent qui coule désormais sous le Pont du Diable. Le pont fut béni, le maire fut à nouveau élu et l’on planta trois croix. Une grande sur la placette au Bout du Pont où elle se dresse toujours et deux petites, une de chaque côté du “Pont du Diable”, ainsi dénommé depuis ce petit matin pluvieux de septembre, il y a très longtemps. Cette campagne, où coule la Génie, porte le nom de Trescrouts (trois croix)." Texte de Pauline OT de Saint-Pé.

                       Saint Pé
                                                                     Photo du pont. Ot de Saint-Pé     
Ce pont donne accés à l'ancien quartier de Saint-Pé, Générès.
                              Pont du diable
Panneau sur le pont


27 -Saint-Sauveur
a-Le berger d'Hountalade
Un berger de Hountalade (St Sauveur) aurait eu l'idée vers 1800, d'importer des moutons mérinos d'Espagne. Ayant la bosse du commerce, il alla en vendre à Paris (vous imaginez le voyage). Ils y "firent fureur", tant et si bien que Napoléon lui-même lui acheta les deux plus gros qu' il attela au char de son fils, le Roi de Rome. Enorme promo, l'attelage se pavanant dans certains lieux selects de la capitale. Sa fortune fut faite. Le roi Joseph d'Espagne, Pépé  botella pour les intimes, ne pouvait rester sans rien faire face à son frère, d'autant que les moutons venait de son royaume, aussi il nomma notre Bigourdan "Berger général de Sa Majesté le roi d'Espagne et des Indes". Il devint énormément riche, mais grand dépensier notre homme mourut sur la paille. L'histoire officielle ne mentionne que Pierre Samuel du Pont de Nemours. Il sélectionna à la même époque, les meilleurs mérinos et en offrit au président T. Jefferson des USA. Lui aussi et sa famille firent fortune. Photo Google 

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                                                                        Un beau mérinos. Photo Google


b-L'ange-la source d'Hountalade

La légende rapportée par le curé Louis de Campus (1) veut que la station de Saint-Sauveur ait pour origine l'aventure d'une jeune bergère, mariée depuis peu, et qui ne pouvait avoir d'enfant. Un jour, elle fut visitée par un ange (2) qui lui conseilla d'aller boire à la source où ses chèvres avaient l’habitude de s’abreuver. « Elle en conçut tant d'enfants » que la renommée de la source fit le tour de la région et attira tant de monde que les autorités durent fermer ladite source, un peu comme à Lourdes (3). En 1750, l'évêque de Tarbes, informé par ces évènements, la fit rouvrir et édifia une chapelle dédiée à saint Sauveur.
Cette légende intitulée Ellen la chevrière fut reprise par l’instituteur du village de Gèdre, J.-P. Rondou, sous le titre de Hont alade, qui, d’après lui signifierait la source ailée en rapport avec l’apparition. Cette signification a été revue par le linguiste J-L Massoure. Pour lui, il ne s’agirait pas de alade : ailée mais de làdo : mauvaise odeur, celle de l’eau sulfurée (4)

(1) Vallée de Barège, tome 1, p. 1-12.
(2) « une belle jeune femme, volant comme un oiseau » d’après de L. de Campus
(3) Il fut évoqué l’augmentation d’étrangers venus s’installer alors que les terres labourables se faisaient rares, et ce, sur un fond misogyne « il ya nécessité absolue de défendre la source à toute femme, et, comme nous le savons, d’après la Sainte Bible, que toujours femme a un penchant pour le fruit défendu… » sic
(4) Présentation et analyse des contes et légendes de la vallée de Barège relevés par J.-P. Rondou, éditions Langues et civilisations romanes, 2019, p. 137-138

                                                              Peut être une image de étendue d’eau et texte qui dit ’Source de Hountalade’

 


28-Saint-Savin
a-Légende des tributs 

Le sel des sources d’Accous en Béarn voisin était bien connu des puissants moines de l’abbaye de Saint-Savin. Ils envoyaient régulièrement, selon la tradition, leurs paysans chercher le précieux condiment. En contrepartie, ils devaient un paiement annuel appelé tribut des médailles (?). Or, le règlement de celui-ci tardait. Les représailles, elles, ne tardèrent pas. Descendant en nombre sur Saint-Savin, les paysans guerriers accoulois, décidés à être rétribués en nature, furent arrêtés par les hommes du père abbé qui les massacrèrent. Mais bien sûr, ils avaient été auparavant envoûtés par ledit père abbé, qui leur avait jeté un sort en les paralysant. Les formules utilisées seraient issues d’un ouvrage satanique. L’affaire fit grand bruit dans le monde chrétien. Le pape dut intervenir. Avec l’aide de Dieu, bien sûr, il jeta une malédiction sur la vallée où durant sept ans les femmes et les animaux furent stériles. Les Lavedanais durent alors accepter la sentence de l’intermédiaire du pape en la personne de l’évêque du Comminges. Dix Bigourdans  furent condamnés à aller en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle et à commander en sa cathédrale « quatre messes d’évêque dix messes d’abbés portant crosse et cent messes de prêtres ou moines » et le village à payer ad vitam aeternam une amende annuelle (tribut). Celle-ci appelée impôts de médailles dura jusqu’à la Révolution.

Précisions
Curieusement Bascle de Lagrèze en bon catholique ne mentionne pas dans son Histoire religieuse de la Bigorre que l’origine de cette agression « redoutables » contre de « paisibles foyers » a pour origine cette dette de sel due à des Béarnais. Mais il se pose la question comment des sujets calvinistes aurait pu s’adresser au souverain pontife, l’antéchrist honni. Il confirme l’authenticité des jugements de cette affaire par un arrêt de la cour souveraine du Béarn de 1592 et un dénombrement de 1692. L’historien Marca date « cet évènement très mémorable » dans les années 1000-1100 et affirme qu’il ne s’agissait pas de l’abbé de Saint –Savin mais d’un abbé laïque voisin. Un autre texte béarnais de 1348 sur les privilèges de la vallée d'Aspe mentionne cette curieuse affaire. Nous pouvons seulement affirmer qu'à ces dates 1000, 1100 ou 1348 il n'y avait pas encore de calvinistes.

                                                                      Abbatiale de Saint-Savin 


b-Le christ de l'abbaye selon G. Marès. Le pays de Lourdes et les environs
«  C’était, paraît-il à l’époque des Croisades. Un seigneur partant pour délivrer le Saint-Sépulcre, après avoir réalisé tous ses biens, confia Blanche, sa fille unique, aux bons moines de Saint-Savin. Le seigneur mourut en combattant vaillamment les infidèles et les moines adoptèrent son enfant qui devint bientôt une ravissante jeune fille. Dire les soins dont fut entourée la pupille du couvent serait bien difficile. Notons seulement qu’elle était séduisante de beauté, de grâce et de bonté. C’est elle que le prieur chargeait de distribuer les aumônes et de visiter les malades.
Or il advint qu’un jour, au cours d’une de ses visites, Blanche rencontra un jeune seigneur dont la famille occupait le château de Beaucens. Le seigneur fut tellement frappé de la beauté de la jeune fille qu’il s’arrangea pour la rencontrer souvent. L’enfant ne parla pas de ces rencontres à ses tuteurs et il arriva… ce qui arrive aux cœurs de vingt ans. L’amour vint et l’ingénue ne sut pas longtemps se défendre contre les séductions.
Les conséquences de la faute commise ne tardèrent pas à se manifester. Le monastère s’émut. Le Chapitre réuni manda la demoiselle devant lui et obtint d’elle l’aveu de ce qui s’était passé.
Les bons religieux n’hésitèrent pas à accepter la version de leur protégée dont ils connaissaient les grandes qualités et la haute vertu. Ils crurent, comme elle le leur racontait, qu’elle n’avait succombé qu’à une promesse de prochain mariage.
Ils firent comparaître le seigneur de Beaucens dans leur salle capitulaire et l’invitèrent à tenir la parole donnée et à réparer la faute commise.
Blanche était ruinée et, alors comme aujourd’hui, beaux écus plus que beaux yeux étaient entremetteurs de mariages. Le jeune homme nia. Il nia malgré les objurgations de la jeune fille ; il nia malgré ses larmes.
Les religieux ne doutaient pas qu’il ne mentit ; mais comment savoir la vérité, avoir une preuve.
La jeune fille eut une soudaine inspiration : « La promesse, dit-elle, a été faite aux pieds du Grand Christ de l’église. Confrontez-nous devant lui et je suis sûre que la lumière se fera ! »
On se transporta immédiatement devant le Christ. Et là, Blanche adjura de nouveau le jeune seigneur de confesser la vérité. Il resta impassible. Le Chapitre était désolé, lorsque, tout à coup, en une prière ardente, sa pupille adressa au Christ une supplication extrême. Et, doucement, lentement, à la grande stupéfaction de tous, le grand Christ bougea sa tête inclinée depuis des siècles, et pour donner plus de poids à son intervention divine, il la maintint dans une nouvelle position.

Cette évidente intervention du ciel dessilla les yeux du jeune homme. Profondément troublé, il dit l’aveu de son crime, confessa sa promesse, et, sans perdre un instant, les moines ravis, procédèrent à la célébration du mariage. »

Christ St Savin                                                                   Le visage "mouvant". Photo J. Omnès


c-Roland et ses trois géants
L’histoire se passe à l’abbaye de Saint-Savin qui a servi de lieu au florentin du XVe siècle, Louis Pulci, pour son poème épique Il Morgante maggiore. 
Ce poème fait passer le paladin Roland, héros de chansons de geste, par la célèbre abbaye probablement avant de franchir les Pyrénées avec son oncle, le roi Charles. Il est merveilleusement reçu par les moines et afin de les remercier, il leur demande ce qui pourrait leur faire plaisir. Le père abbé connaissant la bravoure de son hôte, lui suggéra de le débarrasser des trois frères, géants sarrasins, qui, des montagnes environnantes n’arrêtaient pas d’envoyer de grosses pierres sur ses moines à l’aide de frondes. Aussitôt informé, Roland tua deux des frères, Albaste et Passamont. Le troisième vint à sa rencontre, mais refusa le combat. Il informa le preux chevalier qu’il eut un songe durant la nuit, un énorme serpent faillit l’avaler et sa prière à Mahomet fut sans suite ; aussi effrayé, il pria Jésus qui le sauva d’une mort certaine. Il demanda alors à Roland de l’aider à se convertir. Ce dernier l’instruisit dans la "vraie religion" et au bout d’un certain temps, le présenta au père abbé qui le baptisa. "Roland et son géant restèrent là quelques temps, menant bonne vie" et P. Laboulinière, dans son Itinéraire descriptif et pittoresque des Hautes-Pyrénées françaises (1) reprend en 1825, ce poème en le traduisant en français.

 (1) Tome second.

29-Sazos
Maria de Pascau et l'ours
Parmi les nombreuses légendes concernant  l’ours, il y a celle d’une Bigourdane que le docteur Antoine Martin (1) a maintes fois contée.

Maria était mariée depuis deux ans, mais comme l’on disait au Pays cela « ne prenait pas ». En mal d’enfant, elle alla consulter la  vieille du village qui lui recommanda d’aller voir l’Ours, au lac du bord de l’Ardiden. Elle partit  avec Maria de Pénin, son amie et voisine. Après quelque minutes de silence, l’ours apparut, accompagné d’un coup de tonnerre. « Que voulez-vous ?» Maria offrit au Moussu du miel et des gâteaux et lui expliqua sa stérilité. L’ours enlaça alors Maria puis à sept reprises, ils  plongèrent ensemble dans le lac, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de force pour plonger.
Arrivée à la maison, elle accoucha d’un garçon. La légende ne dit pas au bout de combien de temps.
Six fois, elle repartit voir l’ours et six fois elle enfanta. Comblée avec sept enfants elle ne bougea plus de chez elle. C’est alors que l’ours vint la voir et fit son apparition, accompagné à nouveau d’un coup de tonnerre, en disant. « Tu es à moi, tu vivras avec moi. Montons à l’Ardiden »  Maria de Pascau l’accompagna avec ses sept garçons et plus jamais on ne les revit.

(1)  Auteur d’anciens rites de fécondité, Rennes 1895. Il affirme que l’Ours était un peu considéré comme une divinité  d’où les coups de tonnerre. Il se dit aussi que des « brouches » surveillent l’antre du Moussu et ne laissent passer que des filles vierges. Il parait qu‘elles mangent sans pitié tout homme et vieille femme de passage.

ours legendes


 30-Val d'Azun
La mule de saint Bertrand
Une histoire légendée qui rappelle celle de l’affaire des tributs de Saint-Savin (1).

Saint Bertrand, devenu évêque de  Comminges  en 1073, s’occupa de l’évangélisation de la Bigorre où il mit toute son ardeur pour extirper les coutumes païennes encore bien ancrées dans les populations montagnardes. Appelé par  ses ouailles pour régler un litige dont l’origine est mal définie  par les commentateurs, dont  l’abbé Monzelun, dans son Histoire de la Gascogne (2) , il s’en alla avec sa mule dans la vallée d’Azun où ses prêches furent mal reçus. Les injures fusèrent à son encontre. L’exaspération fut telle que les Azunois coupèrent la queue de la mule épiscopale. Le Ciel, parait-il, pour punir ces malotrus envoya sur le pays les mêmes calamités qu’à Saint-Savin : les arbres ne donnèrent plus de fruits, les champs de culture et les femmes et femelles de progénitures. D’après l’abbé cela dura  5 ans (3).  Les députés de la vallée décidèrent alors d’aller voir le saint évêque pour se faire pardonner. Un accord fut conclu, le pays dut verser à l’évêque toute la production de beurre durant la semaine  qui précède la Pentecôte. Il parait que ce geste de dévotion perdura jusqu’à la Révolution. Aussitôt fait, les désordres cessèrent.
Gustave  Bascle de Lagrèze précise (4) qu’au XVIIe siècle, Louis de Rechigne, évêque de Comminges envoya aux Azunois, une relique de saint Bertrand avec  un éloge dudit saint « qui avait honoré leur vallée, de sa présence, de ses instructions, de ses bienfaits et de ses miracles » (sic) !

(1)    Marca, manuscrit sur la Bigorre
(2)    Histoire de la Gascogne, 1846, tome 2,  page 58
(3)     Contre sept à Saint-Savin
(4)    Histoire religieuse de la Bigorre, 1863, page 61

mule de saint Bertrand

Femmes du val d'Azun faisant pénitence suite à la queue coupée de l'âne de l'évêque. Abbaye de St Bertrand-de-Comminges

 St Bertrand de Comminges                                                               

Abbaye de Saint-Bertrand-de- Comminges. Dépot des mottes de beurre d'Azun au pied de Bertand de Comminges


30 bis Val d'Azun - Les possédés du Val d’Azun

Eugène Cordier, dans ses nombreuses légendes locales à  consacré une partie de celles–ci aux croyances populaires des démons, sorcières et possédés (1). Il était un fait que les endroits les plus éloignés de la vie urbaine, « les plus négligées de la Bigorre », conservaient avec une constance sans failles, toutes les histoires où le merveilleux côtoyait le plus diabolique. Toute activité humaine était selon leurs habitants, dirigée, contrôlée par des puissances supérieures qu’elles soient occultes ou non.
C’est dans ce cadre baignant dans le mysticisme le plus absolu, qu’Eugène Codier nous rappelle trois histoires légendaires de possédés du Val d’Azun. Nous n’en garderons qu’une, la plus cocasse.

Un jeune homme de la vallée fut un jour retrouvé perdu et hagard dans un bois près de Pau. En pension à Betharram, il ne put expliquer ce qu’il faisait à cet endroit si éloigné de son lieu de séjour. Revenu  au collège, on cru à travers ses confessions,  qu’il avait été ensorcelé. Aussi on pria beaucoup pour le salut de son âme. Ce qui le mit fort en colère et déclencha chez lui une suite de réactions incompréhensibles : « sa bouche écumait, ses yeux sanglants roulaient dans leurs orbites, il se tordait sur le sol ou tombait sans connaissance ». Les potions des médecins ne purent l’arracher à son mal que l’on pensait être le « mal de terre (1) ». Conseillé par son entourage son père l’amena à Jacca (Jaca) de l’autre côté des Pyrénées où se trouvait le corps conservé, mais sans tète de la sainte martyre Oroise décapitée par les Wisigoths. Censée guérir des maux de tête (sic) ! et des possessions, la présence de sa relique par le malheureux eut l’effet inverse : « il poussait des cris affreux, jetait une salive écumante sur ses voisins et sur le saint autel et exhalait  d’immondes blasphèmes, au point de donner à la sainte le nom que l’on jette à la face des filles perdues. »  Mais le plus inattendu c’est qu’il pu blasphémer et injurier dans  le dialecte local, ainsi qu’en latin,  qu’il ignorait totalement.  Ce qui scandalisa son père qui ne comprenait pas que Dieu ait pu donner à son fils le don des langues « pour en faire ce scandaleux abus. ». Il ne pouvait qu’être possédé par le démon.
Le père intensifia ses prières et attendit le jour où la relique fut présentée au peuple. C’est alors qu’un miracle se produisit. Le jeune homme qui jusqu’à présent se convulsait « comme un diablotin léché de toutes les flammes de l’enfer » se transforma en véritable chérubin. En quittant la chapelle l’une de ses chaussures se détacha de son pied. Il n’en fallait pas plus pour que l’assistance cru que le démon était sorti de son corps, par le pied.
Sa chaussure (brodequin dans le texte) fut gardée longtemps dans l’armoire de la sacristie en souvenir de ce miracle.

Suivent deux autres légendes concernant cette vallée, celui d’une jeune fille également amenée à Jacca (Jaca) et celui d’un berger suicidaire miraculeusement sauvé. Ce dernier conte fut très mal perçu par deux ecclésiastiques du coin (2) qui confondaient vérité historique et conte ou légende. Ils ne pouvait admettre la naïveté et les superstitions de leurs ouailles.

(1) Les légendes des Hautes-Pyrénées par Eugène Cordier ; réimpression de l’édition de 1878, édition Guillaume Mauran, Tarbes 1986.
(2) L’épilepsie
(3) L’abbé Cousté et le curé Larramiau 

Cordier 4                                    santaorosia 508c7ace

    Eugène Cordier                                                     Procession de Santa Orosia à Jaca. Tourisme aragonais


31-Villelongue
Saint Orens

Venant des environs de Huesca au VIe siècle, saint Orens s’installa près de Villelongue, dans une grotte, la grotte d’Aouradé (Auradé) à côté du ruisseau d’Isaby, avant d’édifier son ermitage. L'endroit trouvé pour son installation était sauvage et propice à sa soif d’ascétisme et à l’inspiration. Notre homme était poète, nous lui devons le Monitoire. Mais cela ne lui faisait pas perdre le sens des réalités physiques. Partisan de mortifications, il portait cilice, face aux tentations terrestres. Cela ne l’empêcha pas de tomber amoureux de son serviteur, envoyé par le diable, bien sûr. Il dut à plusieurs reprises se plonger dans les eaux glacées du ruisseau pour éteindre le feu de ses désirs. 


Auradé 2                                                                La grotte d'Auradé. Photo J. Omnès

La légende lui octroie aussi  la construction du premier moulin du Lavedan. Peut-être il y a t’il un rapport, difficile à comprendre, avec ses obsessions sexuelles, si ce n’est la bonne connaissance du cours d’eau.

Saint Orens et son bâton
Il se dit que lorsque les émissaires d’Auch étaient venus dans les montagnes au sud de Villelongue où se trouvait l’ermite aragonais Orens  pour lui offrir le siège épiscopal de leu r ville, ce dernier  refusa. Puis demanda de réfléchir jusqu’à ce que Dieu lui envoi un signe ; celui –ci ne tarda pas, son bâton se mis à fleurir. La légende ne dit pas si les envoyés d’Auch durent attendre longtemps. Bien que cette histoire rappelle celle de l’ancien testament avec le bâton d’Aaron, il n’en demeure pas moins que localement on prit ce miracle très au sérieux.  La preuve de l’existence de ce bâton, c’est qu’il  a laissé sa trace dans la pierre avec celui d’un sabot de la mule de l’ermite. Traces que nous pouvons toujours voir à environ 10 mètres  au-dessus des ruines de  l’abbaye, qui fut construite à partir du  Xe siècle par des moines bénédictins de l’ordre de Cluny. 

st Orens       Trace du sabot de la mule et du bâton de l'ermite. Cliché de Terèsa Pambrun. Memorias de peira.

Voir la bio de ce saint dans le dossier patrimoine humain


32-Vizos
Les géants

Le 2 novembre 1777, M. Cantonnet, curé de Luz, relate que, accompagné de M. Lartigue, garçon chirurgien, et sur les dires de M. d'Estardes de Luz et d'anciens du village, des fouilles ont été effectuées dans une rue, des ossements trouvés ont été apportés au comte d'Hérouville, commandant de la Guyenne. Il s'agissait d'une clavicule de 12 pouces et d'un tibia de 24 pouces (60 cm) appartenant à un homme de 8 pieds (2,43 m). Il se disait qu’il avait habité à Vizos dans une famille dénommée Prousous (ou Prouzous= Les Preux).
En 1784, Pierre Bernard Palassou relate également la découverte par M. Cantonnet, curé de Luz, d'ossements d'un homme de taille extraordinaire dit Géant de Barèges.
Jacques Dubourg évoque dans son ouvrage Légendes et mystères des Hautes-Pyrénées, page 33 que le dernier des Prouzous appelé Barriquo, serait décédé à Luz vers 1790 à l'âge de 108 ou 109 ans (0).

La légende

Nous avons retenu les histoires légendées des locaux qui nous affirmèrent que c’étaient les descendants de Mulat-Barbe de Gèdre, homme légendaire, le premier qui connut la neige. Ils étaient censés avoir vécu un temps dans une grotte au-dessus du village de Vizos, avant de rejoindre Roland à Roncevaux. Inconnue du grand public, cette grotte se trouve au pied d’une falaise entre Paniét et Hàou au nord-est de Vizos.
Deux accès sont possibles soit par Vizos en atteignant la grange Paniet, puis en longeant la montagne, jusqu’à la falaise après avoir traversé un bois. Soit presqu’à la verticale en partant de Hourcarades, lieu-dit avant Larbèze, hameau à l’ouest de Vizos. Ce chemin assez difficile longe le ruisseau de Hournède. Mais il semble qu’ il y ait trois grottes Nous continuons nos recherches. Photo la tute des géants.

(0) Note par courriel du 1 /06/2021 de Jean-Louis Massoure auteur du pays toy
"La famille Barriquo est une vieille famille de Vizos. La « Maison », Ço de Barriquo, existe toujours. L’un des frères de ma mère, un oncle donc, Henricou de Beillacou, y « était allé gendre » (traduction littérale de l’expression dialectale : Que s’en yère anàt yéndre). Cette expression montre bien la prééminence de la Maison sur l’individu." L’un des frères aurait porté, de Vizos à l’Estibe (pâturages et granges au-dessus des Astés), sur les flancs du Bergon, douze claies de bargèro (enclos mobile en bois pour les moutons), soit plus de cinq cents kilos. L'autre aurait « rapatrié », sur son dos, une génisse de trois cents kilos depuis Estaubè."

Texte de Jean-Louis Massoure du pays toy, avec plus de précisions locales, avec nos remerciements

Les descendants du Vieux de la Vallée s’appelèrent les Prouzous ou Prouzets (1) . C’étaient des hommes de huit pieds de haut, et d’une force extraordinaire. Les champs d’Alhet étant transformés en prairies, les sept frères rentraient la récolte en portant les charges de foin jusqu’à Esquièze en uo pòrto (2) , et chaque charge remplissait une yùnte (3) jusqu’aux trabe-ssoùs (4)».
D’après une autre légende propre aux habitants de Vizos, ces Prouzous ne s’étaient pas retirés à Esquièze, mais dans leur village. Ils occupaient une grotte à la Péno d’Agnerè : il y a là une espèce de caverne, un abri naturel en forme de triangle qui a la particularité de renvoyer, en écho, le chant des corneilles. Pour ceux qui sont familiers des lieux, elle se situe très exactement… entre Paniét et Hàou.
Ces Prouzous étaient énormes et surtout très laids : grands yeux, grandes paupières, tête démesurément grosse, longs cheveux… Ils ne possédaient pas de troupeaux ; ils se contentaient d’aller à la recherche du bétail qui se perdait (5) , avant tout des vaches mortes qu’ils emportaient… sous leur bras ; ils en mangeaient la viande crue. L’un d’entre eux était, disait-on originaire de chez Barriquo, une famille du village. Retenez bien ce nom" 

(1) « Les Preux ».
(2) « D’un trait, sans se reposer », Rondou, J.-P., op. cit.
(3) « Espace entre deux chevrons du toit d’une grange (cinq empans ou 1 m 10) », ibid.
(4)« Traverse entre chevrons du toit, à leur partie supérieure pour les assujettir », ibid.
(5) Comprendre : « qui se tuaient », souvent à cause d’une chute.


Tros possibilités                                                                                        De loin trois tutes sont visibles.
Tute des Géants
                                                      La tute la plus plausible, la plus haute. Photo J. Omnès


                                                                           33-LÉGENDE CAROLINGIENNE

Légende du cheval Baïar (Bayard ou Baïart) et ses avatars en Pyrénées
La danse du Baïar (1) est l’une des émanations de la fameuse légende du cheval-fée Baïar et des quatre frères Aymon. Légende médiévale fort populaire chantée par les trouvères et les troubadours, à travers les duchés et comtés de la France au XIIe siècle. Aussi, et même plus connue, que la chanson de geste de Roland de la même époque, elle subit de nombreuses variantes selon les régions et est à l’origine de plusieurs textes, dont la chanson de Renaud de Montauban et plus tard celle de Maugis d’Aigremont (XIIIe siècle). C’est dans la région Champagne-Ardenne qu’elle était et est la plus vivante, du fait de l’origine du cheval- fée. Bien que né d’une serpente et d’un dragon, c’était un cheval de trait Ardennais (1). Avec une telle monture, les frères franchissaient montagnes et cours d’eau, afin d’échapper aux colères de l’empereur Charlemagne. Délivré par l’enchanteur Maugis, d’une île volcanique, au nord de la Sicile et plus tard des eaux du Rhin (ou de la Meuse) où l’empereur l’avait précipité, une meule au cou, il enchaînait prouesse sur prouesse. Rien ne l’arrêtait et ses coups de sabots abattaient tout rocher, toute muraille qui s’opposait à lui. D’où le nombre de lieux, au nom évocateur de pas de Baïar. Parfois en Pyrénées, c'est Roland qui chevauche le cheval des frères Aymon et les traces de sabot sont appelées sabot de Roland.
Le succès populaire vient probablement du fait que dans cette légende, ce n’est pas l’empereur qui a le beau rôle. Son côté subversif plaisait au peuple.

(1) Son orthographe varie en fonction ds lieux.

Pour en savoir plus : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bayard_(cheval

Son impact dans les Pyrénées
C’est sous la forme d’une danse que cette légende a été revisitée dans les Pyrénées, point de passage obligé vers Compostelle : la danse du Baïar. Le cheval-fée et ses quatre cavaliers  ont été transformés en homme-cheval, appelé en Pays basque, zamaltzain. Mais ses prouesses ne sont plus tournées contre l’empereur à la barbe fleurie pourtant, pilleur de Pampelune, mais contre les Maures (Sarrasins). Ces derniers, toujours présents dans la région, n’hésitaient pas à faire des incursions (razzias) et de voler femmes et bétail. Et dans une région où passaient nombre de Jacquets, la lutte contre l’infidèle leur donnait du courage. Dans la danse, l’homme-cheval que certains souletins associent au roi Sanxto, défend le village avec les siens, contre les envahisseurs et va délivrer une belle captive aux mains des « méchants ». Des méchants, car au cours des siècles, l’identité de ceux-ci évolue, d’infidèles, ils deviennent bohémiens, puis simplement étrangers. Mais les protagonistes gardent toujours les mêmes couleurs de vêtement : noire pour les méchants et rouge pour les bons, défenseurs du village. Cette danse ou « mascarade » a toujours un grand succès populaire en Soule et en Guipúzcoa. Mais, de nos jours, sous forme de simple divertissement.

     Zamalzain         Cheval Bayard 1
L'homme-cheval Zamaltzain  (Pays basque)                En Lavedan. Photo prise au Musée pyrénéen

Robe des danseurs          Cheval Bayard
Jupe de l'homme-cheval, musée du château fort de Lourdes. Légendes du Cheval Bayard ou Baïar .
Cliché J. Omnès

Et en Lavedan ?
Transposée en Lavedan, au village d’Esquièze, la présentation a subi nombre de modifications au cours des siècles. Il ne s’agit plus de luttes vives entre deux factions, mais d’un rite silencieux, grave, fait de mouvements synchronisés. A été amalgamé à la légende carolingienne, un conte local d'un certain Louis Campus faisant intervenir un seigneur local du château Sainte-Marie, et un roi maure qui vient enlever une belle princesse, la fille du seigneur. Les chorégraphies ont sans cesse évolué du fait, surtout, de l'origine inconnue et mystérieuse de son introduction à Esquièze.
Le seigneur entraîne le village à aller la délivrer. Le roi maure capturé s'enfuit trois fois, trois fois il est repris.  Le déroulement se divise en deux parties : le passa carrèra, ou passe-rue  (défilé sur une seule ligne) qui parfois descend du fort Sainte-Marie et le Gabaret. Quand le cortège silencieux du passa carrèra arrive devant la maison d'un notable disposé à offrir des rafraîchissements, devant la mairie puis d'autres demeures,  les tableaux qui s'ensuivent représentent les conciliabules entre le seigneur du village et le roi maure capturé. Les deux protagonistes et la belle sont assis sur une chaise, la troupe les entoure à l'arrière.  En fait, la belle est amoureuse de son beau ravisseur et tout se termine par un mariage.

 

Esquieze BaIar    Esquieze Baïar 2
Evocation de la légende par le sculpteur Jacques Places (octobre 2022) Ce n'est plus le cheval Baïar mais le cavalier maure Ben Yar qui enleva la belle. En arrière-plan à gauche, le château Sainte-Marie.

Le costume est  différent de celui des danseurs basques ou souletins. La « croze » couvre-chef du Baïard souletin ou Zamaltzain est composée de plumes et de verroterie.
D’après le site de L’Adouréenne qui a cette danse à son programme « Le costume des danseurs se compose de bas blancs, de sandales ou de gros souliers selon le temps et d'un jupon de calamandre, étoffe fabriquée dans le pays en coton blanc à rayures de coton rouge, d'un châle de soie ancienne posé en écharpe, d'une large ceinture de soie, d'une chemise blanche toute couverte de nœuds de rubans multicolores : aux poignets, aux coudes, aux épaules, au cou. Enfin, sur la tête une sorte de diadème (croze) formé de deux bandes d'écorces de tilleul, l'une posée comme une couronne sur les cheveux et l'autre placée debout comme un arceau sur le premier, toutes deux entièrement couvertes de nœuds de rubans multicolores pour les danseurs et jaunes d'or pour la croze de Baïar qui est en plus surmontée d'un bouquet d'épis d'or... »
Les instruments de musique comme en Pays Basque se limitent à deux, la flûte à trois trous et le tambourin. Parfois a été rajouté curieusement, l'accordéon en 1909 et 1942
.

Note cheval Bayard
Description du vêtement par Madame Le Bondidier, Château de Lourdes. Photo J. Omnès


Description du costume recueilli par Madame Le Bondidier. Ici Bayar est devenu Ben Yar. Aucune explication de cette danse n'est donnée par le musée du château fort de Lourdes. Mais le terme de Ben Yar pour l'homme-cheval nécessite quelques explications. Il y a en effet, du fait de l'origine incertaine de la danse, nombre de confusions et d'amalgames autour du nom Baïar, Baïard ou Baïart. Tantôt il est assimilé au cheval Baïard des 4 frères Aymon, tantôt à celui de Roland, neveu de Charlemagne, qui pourtant s'appelait Veillantif. Mais, parfois, il désignait le roi maure lui-même, sous le nom de Ben Yar.

                      robe danse Baïard      homme cheval

                         clichés Adouréenne
          Coiffe Cheval Bayard                              Esquièze cheval
  Coiffe (croze)                        Tête sculptée du cheval qui se trouve exposée à la mairie d'Esquièze. Photos J. Omnès

esquieze Baiar 5  Mannequin exposé à l'entrée de la mairie d'Esquièze

Cette danse-rite, en principe, était exécutée tous les sept ans. Elle a été présentée le 31 août 1859, devant Napoléon III, à Saint-Sauveur. Puis elle a été exécutée à des dates fantaisistes : 1895, 1909, 1923, 1942... Un film a été réalisé en 1942, Pyrénées, terre de légendes, par Jean Lods avec la voix de Jacques Dufilho. En introduction, l'oeuvre présente le village, puis le conte- légende imaginé par un certain Louis Campus et se termine par la danse.

                                                       LA DANSE DU BAÏAR VUE PAR LOUIS LE BONDIDIER (1)

"Pour distraire leurs majestés, est exécutée devant elles par des « balladeurs » d’Esquièze, (2) la danse dite du Baïar : « Sorte de pastorale dégénérée dont mes principaux personnages sont le seigneur anglais du château de  Sainte Marie, sa fille Kalishmar, un certain Maure et les figurants, des soldats et le chevalier Bayard [ ?]
Pour commencer, tout le monde danse, sauf le Maure absent. On danse parce  que le seigneur a une fille et que la fille est  la douce Kalishmar.
Au milieu  de cette sauterie, on amène sous escorte un prisonnier maure et on l’invite à faire comme tout le monde…à danser. Il danse et, avec plus d’entrain encore.  Mais ce maure est sournois. Comme récompense d’un tel accueil, il enlève Kalishmar qui est la plus belle du monde On court après  et on le rattrape, ainsi que la belle. Le seigneur anglais est sans rancune et, parce qu’il est joyeux d’avoir rencontré (sic) sa fille, il danse ; la princesse danse parce qu’elle est heureuse d’avoir revu son père ; le prisonnier danse parce qu’il est content de s’en tirer à aussi bon compte ; enfin les soldats qui l’ont empoigné dansent aussi, on ne sait pourquoi.
Cependant, si l’on peut dire, le Maure ne danse que d’une jambe ; l’autre est prête pour la fuite. Le proverbe d’après lequel les meilleures plaisanteries sont les plus courtes, n’ayant sans doute pas cours en Mauritanie, il profite d’un moment d’inattention dans ce ballet endiablé pour se sauver derechef et encore avec Kalishmar. Les soldats s’élancent, ils saisissent les fugitifs et on amène, cette fois le ravisseur devant le tribunal « Qui êtes-vous ? »-« Je suis un roi  maure ! » (Etonnement général qui se manifeste par quelques sauts en cadence précipitée que la flute et le tambourin accompagnent). «Mais qui prouve que vous êtes un roi maure ? Avez-vous des papiers ? » Le prisonnier est heureusement un Maure de précaution. Il a emporté les papiers établissant indiscutablement qu’il est roi, sa qualité de Maure étant suffisamment établie par la teinte de sa peau.
Alors, on lui donne Kalishmar en mariage. De joie il danse. Kalishmar aussi. Le père de même. Et les soldats.
Seul le chevalier Bayard ne danse pas, pour l’excellent motif qu’au deuxième enlèvement (dégouté peut-être et ne voyant pas de motif pour que cela ne recommence pas une douzaine de fois) il a disparu sans que l’auteur explique où, comment, ni pourquoi ? »

(1) Napoléon III et Eugénie aux Pyrénées, édition Monhélios, 2015, pages 79-81.
(2) Baladins d'Esquièze

Remarques : on ne voit pas très bien ce que vient faire le chevalier Bayard, Louis Le Bondidier ne confond-il pas avec le cheval du Maure, Baïar avec lequel il enlève la belle. Ce qui n’est pas dit, c’est que le Maure et Kalishmar s’aiment, d’où le terme fugitifs pour les deux amants. Et que pour épouser la belle, il se converti dans la « Vraie religion », thème récurrent dans les légendes locales. Et dernier point, il évoque un seigneur anglais, cela situe la légende après le traité de Brétigny (1360) où la région devient anglaise mais le seigneur local reste français, il adhère seulement au parti anglais et anachronisme supplémentaire, les maures sont partis depuis bien longtemps. A l’origine c’est une pastorale de la veine des pastorales carolingiennes, fort courantes en Haute-Bigorre, Béarn et surtout en Soule.

Ci-dessous photo de la troupe d'Esquièze du film de 1942.

La danse du Baïard troupe                                   Troupe de la danse du Baïar(d) 1942. Coll. Particulière. Photo J. Omnès 
Le film de 1942 : 

https://drive.google.com/file/d/11y9GT3d0YNCOcbEz8WHxprEIIpvjH8yU/view?ts=60452b7f&fbclid=IwAR1IB7Hpc0IOQcKvmtddkGiSONgCL4rUzatNJlVxZxr49-6zwEKCyid-pnk

En 1956, le ministère de la culture, dans une série d’ethnomusicologie a réalisé un certain nombre de photos sur les  différents intervenants et la réalisation des quelques instruments de musique.

L’association l’Adouréenne de Tarbes, qui a pour vocation depuis 1978,  l’étude et le maintien de danses traditionnelles locales,  a codifié cette danse, à partir des travaux de J.-M. Guilcher, de Mariette Aristow et Marguerite Le Bondidier qui était archiviste du Château fort de Lourdes. L’association a offert en 2010, lors du Carnaval de Pau, une démonstration de son savoir -faire. 

                               passa carretea
                           Passa carreta. Cliché Adouréenne au jardin Massey à Tarbes

 (1) Dont le nom actuel est toujours bayard (vient de la couleur de sa robe  baie).
Monsieur Dominique Laffont de la Société d'études des sept vallées a réalisé pour le bulletin de l'association, une étude complète sur la légende et la danse avec de nombreuses photos. Bulletin de 2009. Nous tenons à le remercier pour le contenu  DVD (film) qu'il a bien voulu nous offrir.
Un projet européen vise à jumeler ces légendes, aux chemins de Saint-Jacques. Vous l’aurez compris, les légendes de Baïar(d) et de Roland, associées à l’histoire des chemins de Saint-Jacques doivent permettre aux européens de l’Ouest,  de se retrouver autour d’une identité commune. Elles facilitent, non seulement la communication entre les gens des différents pays, mais aussi entre les générations. Cette thématique des légendes concerne aussi bien les amateurs d’histoire que les êtres portés sur le rêve et l’imaginaire. Gageons que les nombreux touristes européens sauront apprécier à leur juste valeur, cette plongée dans notre imaginaire commun, en venant dans les Pyrénées.


Lire : de nombreux ouvrages ont été écrits sur les contes et légendes des Pyrénées. Parmi ceux -ci nous pouvons citer :

Le récit mythologique en Haute-Bigorre, la Bible, de Xavier Ravier, éditions du CNRS, 1999.
Panthéon pyrénéen d'Olivier de Marliave
Les légendes des Hautes-Pyrénées d'Eugène Cordier, 1855. Réédition Guillaume Mauran,1986
Pyrénées mystérieuses de Bernard Duhourcau, les guides noirs, éditions Tchou, 1985
Contes et légendes des Hautes-Pyrénées de Margalide éditions De Borée, 2008
Légendaire pyrénéen d'Anne Lasserre-Vergne, édition Sud-Ouest, 2012
Légendes et Mystèress de Hautes-Pyrénées de Jacques Dubourg, MonHélios, 2018 
Contes populaires de D. Lormier 
Memorias de Peira de Teresà Pambrun, édition Camins, 2012 


                                                   2)   Entre  histoire et légendes

La présence de tant d'églises, de prieurés, d'abbayes puissantes, de sites mariaux dans la Bigorre a pour origine la présence d'anachorètes, puis l'implantation du monachisme  qui ont permis de modeler à travers les siècles, le cadre religieux du comté. L'ancienneté des faits impose que l'histoire se trouve souvent mélangé à des légendes qui n'ont pas toutes trouvées  de nos jours des preuves irréfutables de leur exitence réélle, mais que la coutume a toujours  considéré comme des faits exacts

                    L’IMPLANTATION DU CHRISTIANISME DANS LES PYRENÉES –EN BIGORRE

Contrairement à ce qu’indique Olivier de Maliarve dans son livre « Pyrénées chrétienne » , le christianisme ne s’est  pas installé au IIe siècle, mais bien plus tard au Ve siècle, après les invasions de Vandales et les persécution des Wisigoths arianistes, lors de l’arrivée des Mérovingiens vers 481. Cela a débuté par l’implantation d’anachorètes (ermites) venus chercher refuge dans les massifs forestiers de la Bigorre. Que ce soit saint Orens venant d’Urgel, saint Savin de Barcelone, saint Sever de Bigorre ou saint Justin d’Eauze Ce sont eux, avec d’autres pénitents qui initièrent les premiers monastères et prieurés  par l’attirance de leur Foi et leur charisme sur de nombreux disciples venu les rejoindre.

C’est ainsi qu’autour des IXe-XIIe  siècles  furent édifiés les abbayes de Saint Savin, Saint-Orens, saint Sever de Rustan, Saint-Pé-de-Générés et le prieuré de saint Justin, qui malgré les passages dévastateurs des Sarrazins puis des Normands furent soutenus dans leur reconstruction par les comtes, seigneurs et rois. Ils obtinrent nombre de dons, terres, argent et privilèges pour leur renaissance.

La lutte de Charlemagne le Carolingien contre les maures en Aquitaine et sa victoire en 778 mentionnée par O De Maliarve (laquelle ?) qui aviva le culte catholique n’est que pure légende (1). Charlemagne traversa les Pyrénées pour aider  Soliman Ben Alarabi de Saragosse qui lui demandait de l’aide contre  son suzerain Abd Al Rahman de Cordoue. Sa seule victoire peu brillante fut la mise à sac de Pampelune peuplée de chrétiens basques. En revanche, sa politique religieuse fut très bénéfique pour le développement du catholicisme par la distribution de dons, de terres aux abbayes locales  et surtout la nomination d’abbés laïques chargés de la défense des paroisses limites de son empire et la récupération de la dime. Ceux-ci faisant office de marquis (défenseurs des marches) avant la lettre.

Cette implantation du catholicisme ne fut pas sans heurts tant les cultes anciens étaient vivaces au sein de populations rurales. Un Saint Martin (316-397) s’efforça toute sa vie d’éradiquer  les rites et croyances anciennes avec l’obligation parfois de composer par une adaptation d’un paganisme révisé à la mode catholique. Comme les processions vers les lieux sacrés des sources ou des arbres, transformées en processions vers des montjoies et des oratoires ou les feux du solstice d’été en feu purificateur de la Saint-Jean.

Le culte marial mettra du temps à toucher le petit peuple qui préférait vénérer les reliques des saints locaux plus propices selon lui, pour apporter des réponses à leurs souffrances. La vierge importée par les légions romaines sous la forme la déesse égyptienne Isis mis du temps avant d’être transformée en culte marial. Celui –ci se développe surtout après des apparitions à Saragosse, an 40 (Nuestra señora del Pilar) et Montserrat, la vierge noire, an 880 ; objets  d’importants pèlerinages secondés par ceux de Rome et de Compostelle qui virent des centaines de milliers de pèlerins durant des siècles, traverser les Pyrénées. Le pli était pris et les sites mariaux se multiplièrent durant des siècles dans la région : apparition ou intercession de la Vierge en personne. Ainsi se succédèrent : Nouillan au XIVe  siècle, Garaison 1510-1520, Médous au XVe siècle et  1587, Bétharram vers 1614, 1621 et 1628, Poueylaün, 1200-1500, N-D d’Héas avant 1349, Aspin en 1512, Lourdes en 1858.

Cette imprégnation du culte marial en Bigorre ne bénéficia pas à sa voisine béarnaise avec son rare site de Sarrance. Si bien que l’Eglise réformée put y prendre facilement souche avec Jeanne d’Albret dont les armées furent prêtes à déferler sur la Bigorre pour extirper ce qui à leur yeux était une hérésie.

 

                                                          Isis 001 

                                                                         Isis. Photo Wikipédia