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4- Les cadets (porteurs, mousquetaires), les Cagots, les abbés laïques et les guides

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cagot 5 001     colporteurs     dArtagnan     Procession de Cagots 001 
Deux groupes humains, bien que minoritaires et composés d’exclus  ont fortement marqué la région durant  des siècles. Ce sont les cadets et les Crestias ou Cagots.



                                       Les cadets de Bigorre


Tout aussi gascons que leurs ‘’confrères’’ de Béarn, ils eurent une certaine influence sur le modelage rural des terres du Lavedan.
En Bigorre, le droit d’aînesse s’est imposé de lui-même dès l’origine des temps ; les lois révolutionnaires sur l’égalité ne purent rien y faire. En pays pauvre, où la terre ne peut faire vivre qu’une famille, on ne peut la partager. L’aîné, qu’il soit garçon ou fille, recevait la terre et la maison ; le cadet devait chercher fortune ailleurs. Souvent, il s’installait pas très loin du pays, avec d’autres cadets. Ensemble ils formaient de petites communautés qui créaient des « écarts » où ils se spécialisaient dans l’artisanat ou la confection de produits agricoles, comme le fromage en Val d’Azun à Arbéost ou à Sireix. D’autres se faisaient brassiers, c’est-à-dire louaient la force de leurs bras comme porteurs ou colporteurs. Colporter la glace à dos d’homme ou de mulets permettait aux cadets d’avoir un complément de revenus. La glace du Vignemale ou du Pibeste était découpée à la scie puis descendue par blocs enveloppés de tissus vers Lourdes, Argelès et Cauterets.
Certains partaient « s’apatrier » aux Amériques, surtout en Argentine ou en Uruguay, d’autres entraient dans les ordres religieux (moins nombreux) ou dans l’armée (d’Artagnan). Ces cadets de grandes familles furent souvent choisis par Louis XIV, puis ses successeurs comme gardes personnels ou comme gouverneurs de places fortes, afin d'éviter de donner une trop grande puissance aux branches aînées des familles nobles. La Fronde était toujours présente dans l'esprit de nos souverains. Ainsi le château de Lourdes fut confié, entre autres, à un cadet des Cardaillac : Bernard de Cardaillac de Lomné, entre 1717 et 1723.

Les plus chanceux épousaient des filles aînées héritières, mais ils devaient alors s’installer dans la famille de l’épousée et prendre le nom de celle-ci. Pour les cadettes, le mariage ou la vie religieuse était les voies les plus fréquentes. C’est en respectant ces traditions que les grandes famines purent en partie être évitées. Aussi recevoir la terre de ses ancêtres était plus qu’une faveur, c’était un devoir. Lou cap de case devait assistance à toute la maisonnée ; même aux cadets qui restaient sur place comme domestiques sans solde. Malheur à celui qui refusait le droit ancestral : il était banni de la famille et parfois de la communauté. Les lois républicaines n'ont pu venir à bout de la tradition que très tardivement. Les arrangements se faisaient avec les notaires et étaient acceptés par tous. Lire le très beau roman Les Corneilles blanches de Robert Arnaut dont l'action se passe dans le Val d'Azun, région limitrophe de la vallée d'Ossau. C'est le changement du mode de vie récent qui a mis fin au culte de la
case.

Les porteurs 

Au bas de la hiérarchie sociale, les porteurs souvent des cadets de famille, de tout temps ont évolués à travers les Pyrénées, des deux côtés de la frontière pour transporter à bon port, marchandises, glace, ou personnalités à dos d'homme ou dans des chaises prévues à cet effet. Voir aussi le début du dossier les cadets.

colporteurs    colporteurs 2
                                                                Colporteurs de glace, à droite à Gavarnie.


porteur de glace  Cadets et la glace
Porteur de glace, en mounaque (poupée)  de Campan.                Porteurs de glace à Gavarnie


Chaise à porteur 

chaise à porteur
Chaise à porteur qui servait à amener les curistes à Barèges par le Tourmalet. Mairie de Luz. Photo  J. Omnès. Les porteurs de chaises, les plus robustes des cadets, conduisaient également  les curistes aux établissements thermaux et parfois dans des excursions. Ils étaient protégés par un régime mutualiste en cas de maladie ou d'absence de travail. Au XIXe siècle, avec l'amélioration des routes, ils devinrent assistants des guides de montagne, alors  en pleine expansion. A droite, chaises à porteur à Barèges vers 1830.

Chaise à porteur2 2 Chaise à porteur 001 2
Porteur de Cauterets, gare de bois typique à l'arrière. Carte postale ancienne. À droite, l'impératrice Eugénie se rendant aux eaux à Saint-Sauveur. La chaise a été offerte à Sa Majesté par l'établissement thermal de Vichy. Belle promotion pour cette ville d'eau, la gravure ayant fait la une de L'illustration (1859).

Chaise à porteurs  contrebandier
Chaise à porteur, musée de Bagnères-de-Bigorre

guides 8
Guides et portefaix du comte de Saint-Saud. Photo du comte. Il semblerait que le troisième personnage à partir de la gauche soit pieds nus. Le second n'est autre que le célèbre François Bernat-Salles. Voir le dossier les Pyrénéistes.

Les porteurs furent aussi très demandés pour la réalisation des installations au sommet du pic du Midi de Bigorre. En préparation


Porteur pic Midi                                              Les porteurs du pic du Midi. carte postale Alix


LES MILITAIRES


dArtagnan           Bernard de Cardillac 001
D’Artagnan, fils cadet de Françoise de Montesquiou. Le château familial de son père né de Batz à Lupiac (Gers) possédait, de par son mariage avec Françoise, des propriétés à Artagnan en Bigorre.
A droite, Bernard de Cardaillac de Lomné fils de Paul, gouverneur du Château fort de Lourdes (1717-1723). Coll. Musée pyrénéen.

Les mousquetaires

En l’absence d’école d’officiers, Louis XIII eut l’idée en 1622, de créer la Compagnie des mousquetaires (porteur de mousquet)  qui devait accueillir de jeunes nobles sans espoir d’héritage, souvent cadets de famille, pour leur offrir une formation guerrière et une initiation à la discipline militaire. Ils apprenaient naturellement l’escrime et le maniement des armes, mais aussi les mathématiques, les lettres et la danse. Recevant la célèbre casaque bleue ornée de la croix d’argent fleurdelisée, ils étaient sous les ordres d’un capitaine-lieutenant dépendant directement du roi. Ce capitaine-lieutenant, tel Tréville,  bien connu en Béarn, recrutait au sein de son apparenté ou de familles amies. Ces cadets étaient choisis très jeunes (15-16 ans)

À l’issu de leurs études, ils pouvaient prétendre à un commandement dans l’armée royale. Mais, comme ils étaient souvent astreints aux pires dangers,  les hécatombes étaient fort nombreuses. Aussi, pour préserver cette pépinière d’officiers, souvent aux premiers rangs, lors des sièges, ils furent remplacés par les grenadiers. Et ce, dès 1676, quatre ans après la mort de d’Artagnan, au siège de Maastricht.

Ils devaient résider à Paris, chez l’habitant du faubourg Saint-Germain, proche du lieu de travail, le Louvre. Cette obligation de loger ces gascons et autres cadets était considérée pour les propriétaires, comme un impôt. Puis en 1659,  Louis XIV érigea rue du Bac, un hôtel pour les loger. C’était la première caserne d’homme d’armes. Lors de la création d’une seconde Compagnie en 1701, elle fut logée dans un nouvel édifice, derrière la Bastille, rue de Charenton.

L’un des derniers mousquetaires célèbre est T. Géricault. L’artiste s’était engagé en 1814, dans le Première Compagnie, brièvement recréée par Louis XVIII.

mousquetaire 5 001    mousquets 1
        Porteur de mousquet                                                  Mousquets d'apparats coll. Louis XIII. Photos J. Omnès

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Tenue de mousquetaire du roi, exposition aux Invalides avril-septembre 2014. Mousquetaires au travail.  Photos J. Omnès






                                                          Les Crestias ou Cagots
      
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Dans le Sud-Ouest de la France, on trouve de nombreuses traces d’éléments d’une minorité marginalisée pendant des siècles depuis le Haut Moyen-Âge  et qui a servi  de sujet de prédilection à nombre de chercheurs et d’écrivains. On les appelle communément de nos jours,  les Cagots. Bien que ce nom ait évolué au cours des âges, en fonction des influences locales, il s’agit toujours de la même population d’exclus. Dans le grand Sud-Ouest on retiendra surtout le nom de Gaffets ou Cappots et en Pays Basque et Navarre celui de Agiots ou Agots.

Leur origine est incertaine. D’aucuns pensent qu’ils étaient descendants de lépreux (les lépreux blancs atteints de lèpre tuberculoïde).
D’autres, des derniers Wisigoths, battus à  Vouillé en 507 par Clovis, d’où leur nom « cans de Goths, câas Goths ou chaas Goths » selon la région, et qui veut dire en patois, « chiens de Goths ».
D’autres encore évoquent les descendants de Maures battus à Poitiers par Charles Martel, en 732, de juifs, de bohémiens ou d’hérétiques albigeois. Il est également évoqué la Reconquista contre les Maures d'Espagne, à partir du royaume d'Aragon à laquelle participaient nombre de Basques, Béarnais et de Bigourdans. Brassage de peuples qui aurait véhiculé, autour du onzième et douzième siècles, cette maladie qui aurait été introduite en Espagne, par les Sarrasins venus d'Orient.

                                                      LES PISTES ETHNIQUES

La piste wisigothe
Ramond de Carbonières qui les a étudié pencherait pour une origine wisigothe:" je ne trouve aucune raison de m'écarter de ce sentiment" écrira t'il [...] "les Wisigoths, tous ariens ayant été, pour les Gaulois et les Francs orthodoxes, un objet de scandale et d'aversion, dès le temps de Childéric Ier". Au XIXe siècle nombre de médecins se sont penchés sur cette peuplade et son éventuelle maladie endémique. Théophile Roussel (1816-1903) de la société d'Anthropologie de Paris, lors de son étude dans le Sud-Ouest et en Espagne en 1847, sur la pellagre, ne voyait dans cette population d'exclus que les descendants blonds des Goths arianistes mis au banc de la société par les Francs qui se vengèrent ainsi de leur persécution de catholiques. Il cite même la présentation d'une cagote à Lourdes par le docteur Dozous qui correspondait à ses descriptions : grande, blonde, yeux bleus. Thèse qui faisait fi de la lèpre et qui fut mis à mal par Mrs Lajard et Regnault de la même société. Puis en 1893, par le docteur Zambaco-Pacha de l'Académie de médecine, partisan de l'origine lépreuse.
En fait, le terme de cagots qui serait une contraction de chiens de Goths, ne s'est présenté dans le langage populaire que plusieurs siècles après la disparition de la monarchie des Goths. De plus, l'arianisme qui aurait pu leur être reproché par les catholiques ''orthodoxes" vainqueurs ne peut être mis en avant, le roi des Goths, Récarède avait abjuré sa foi au concile de Tolède en 589, suivi par son peuple. Affirmation reprise par Belle-Forest dans sa "Cosmographie universelle" de 1575 :  "les Goths demeurez en Gascogne, c'est fort mal parlé, car la plus part des maisons d'Aquitaine et d'Espaigne, voire les plus grandes, sont issues des Goths, lesquels longtemps avant les Sarrasins avoyent receu la religion Catholique pour quitter l'Arianisme."
Et on ne peut admettre que ce peuple romanisé, éduqué vaincu par les barbares Francs de Clovis à Vouillé en 507, ait pu accepter un tel asservissement pendant des siècles, alors qu'il lui était facile d'émigrer en Septimanie ou en péninsule ibérique.


La piste sarrasine
Elle a la faveur de Marca (1). Après que Charles Martel en 732, eut défait les armées arabo-berbères d' Abderaman aux environ de Poitiers, ses hommes eurent la vie sauve en se convertissant, d'où le nom de c(h)restiaas. Pour Marca, ces hommes originaires de Syrie, attrapaient facilement la lèpre, ce qui représentait pour les autochtones une punition divine et  confortaient à  leur égard la haine des populations locales. Cette théorie fut également celle de Palassou (2). Mais Marca ne tient pas compte de l'apparition officielle des c(h)restiaas que trois  siècles après et du fuero de 1074 où l'on apprend que les nobles (donc  d'origine non sarrasine) pouvaient aussi devenir cagots -gafos. Dans la même piste sarrasine, mais trois siècles plus tard, leur origine viendrait des guerres de la Reconquête du Nord de l'Espagne sous la direction du duc d'Aquitaine Guy Geffroi qui aurait ramené avec ses barons nombre d'esclaves Arabo-berbères avec la prise de Barbastro en 1063, comme point d'orgue de la rafle "d'esclaves". Thèse défendue par A. Sansot en 1909, dans Revue des Hautes-Pyrénées. 
Cet auteur ne tient pas compte qu'il était d'usage dans les régions où se mêlaient chrétiens et musulmans, ces derniers, après leur conversion et baptême devenaient des hommes libres, sur lesquels on comptait pour les relations commerciales. Il n'y avait aucune raison de les enfermer dans des ghettos.

(1) Histoire de Béarn Paris, 1640 Livre 1 chapitre 16, pp 71-75..
(2) Mémoire pour servir à l'histoire naturelle des Pyrénées et des pays adjacents, édition Vignacour, Pau 1815, pp317-387.

La piste hérétique des albigeois
Cette théorie est vite mise en brèche, car, comme le fait remarquer l'historien béarnais Marca, ces derniers n’apparurent en Languedoc que vers l'an 1180 pour être anéantie en 1215, voire 1244, prise de Montségur, alors que les crestiaas-cagots étaient connus dès l'an 1100, dans le cartulaire de l'abbaye de Luc et mentionnés dans le fuero de Navarre des environs de 1074, sous le nom de gafos.

Cette thèse donne pour origine les cathares persécutés après le massacre et la prise de Béziers en 1209 et la prise de Montségur en 1244. Ils se seraient réfugiés loin des terres dépendantes du roi de France en Aquitaine, Bretagne, Castille. En fait, ils se sont surtout réfugiés en Italie. Et surtout, il s'agit d'un mouvement religieux qualifié par l'Eglise romaine, d'hérétique comme l'arianisme des wisigoths ou le paulicianisme. Il n'a aucun rapport  avec les réprouvés cagots, gézitans, agotes ou autres qui étaient catholiques romains et n'ont jamais été pourchassés pour leur foi. Cette paternité fait souvent intervenir un facteur très subjectif celui de la punition de Dieu contre les hérétiques : leur « lèpre intérieure (1) leur est ainsi demourée, et demeure à perpétuité en signe de désobéissance.  (2)» Rien de bien historique dans cette approche. 

Un lien pour la piste des albigeois-cathares : https://www.youtube.com/watch?v=DjEFybgC6tc

(1) Ils étaient atteints de lèpre blanche.
(2) Cosmographie universelle de Belle-Forrest, 1575.

                                                              LES PISTES PHYSIQUES

La piste lépreuse
C'est la piste la plus sérieuse, car elle prend en compte le point commun qui réunissait toutes les catégories d'exclus qu'ils soient du Sud-Ouest ou de Bretagne, appelés selon les régions d'un nom différent : cagots dans le Sud-Ouest (avec de nombreuses variantes), gafos ou agotes en Navarre, gahets ou gafets de Guyenne, caqueux en Bretagne. Dans la mesure où ils étaient baptisés ils entraient dans la communauté des chrétiens et l'Eglise ne pouvait leur refuser les sacrements et l'entrée dans les lieux de culte. Si cela avait été des "étrangers" convertis  : sarrasins ou goths, une fois convertis ils entraient dans la communauté des croyants avec les mêmes prérogatives que les chrétiens de souche, ils n'y aurait pas eu de double porte, ni de bénitier séparé. Il s'agissait bien à l'encontre des cagots de défense prophyactique. 
Les partisans de la lèpre font remarquer en préambule, qu'à l'époque médiévale celle-ci était considérée comme un châtiment divin, justiciable de punition Et que tous ces exclus parlaient la langue du pays où ils se trouvaient, cela ne pouvait être des populations étrangères qui auraient gardé leur langue d'origine
De nos jours, il est plus communément admis qu'il s'agissait en fait, de personnes susceptibles d'avoir été atteintes de la lèpre, soit tuberculeuse, soit anesthésique ou tropo-nerveuse appelé couramment lèpre blanche (1), et de leurs descendants. C'est à ce titre qu'elles étaient bannies de certains quartiers ou du centre des villes et parquées dans des crestiannies, crestianneries  ou cagoteries. Ces hameaux avaient leur fontaine, leur lavoir et souvent leur propre église et parfois un petit établissement hospitalier géré par un ordre religieux.
L'auteur Osmin Ricau, dans son ouvrage Histoire des Cagots s'offre une thèse assez consensuelle : les Cagots auraient pour origine un noyau primitif d'autochtones atteints de la lèpre auxquels viendront s'ajouter, au cours des siècles, et par vagues successives tous les réprouvés, à la recherche d'un refuge que leur offriront les Pyrénées de l'Ouest, leur vallées profondes et leur forêts épaisses. Ainsi défileront et s'établiront à côté des Crestias d'origine, les Goths d'Espagne revenus avec les troupes de Charlemagne après le siège manqué de Saragosse et les Arabes refluant lentement vers le Sud après la défaite de Poitiers. Et de conclure : « lépreux ou non ces étrangers nouveaux venus furent traités avec méfiance et mépris comme les Cagots dont ils prirent le nom ». Ce qui expliquerait leur grand nombre dans la région. On peut remarquer que peu d'auteurs font référence aux vagues incessantes de pèlerins de toute l'Europe qui passaient par cette région. On peut compléter le point de vue d'Osmin par le cas de Lourdes, où en 1407, les mercenaires Barégeois, qui venus reconquérir la Ville avec les troupes du comte de Clermont, aux ordres du roi de France, ne retournèrent pas tous dans leur montagne. Certains s'établirent à proximité du quartier des Cagots, sur la rive Ouest du Lapacca, proche du gave. Ils formèrent ainsi une communauté de gens peu recommandables pour la population locale, qui se confondit au cours des ans avec les Cagots de souche.

(1) Cette distinction pourtant importante, car la deuxième n'était pas contagieuse et se guérissait, ne s'est faite que progressivement

Leur aspect
On ne sait même pas s’ils étaient grands, blonds avec les yeux bleus ou petits, bruns avec les cheveux noirs, tant les textes les concernant diffèrent. La tradition voulait qu'ils soient reconnaissables à leur mauvaise haleine et à l'absence de lobes d'oreilles. Ce qui les faisait surnommer courtes-oreilles ou essorillés. Si on bêlait sur leur passage, bêê, bêe, le cagot...c'était par allusion aux oreilles coupées des moutons.

Pour information, voici cependant ce qu'écrivait Mr Dailly, dans le bulletin de la société d'anthropologie de Paris lors de la séance du 7 février 1867, page 111 : Ils ont des yeux bleus et ardents, des cheveux blonds ayant parfois l'aspect de filasse, profil disgracieux, face large, front bombé et accusé vers les angles et fortement saillant sur la racine du nez, nez proéminent et accusant en avant ses deux ailes larges et plates, lèvre supérieure droite et verticale, bouche coupée en ligne droite, absence complète de distinction mais nulle difformité cependant" Cette description est à prendre avec réserve, car il est peu probable que tous les Cagots étaient blonds aux yeux bleus, et en 1867, nombre d'entre eux étaient mélangés à la population locale et rien ne les distinguait de celle-ci.

Déjà en 1809, le sous- préfet d’Argelès répondait au ministre de l’Intérieur soucieux du bien-être de ces exclus : Elle [la population cagote] s’est tellement fondue et mélangée par les alliances avec les autres communauté du pays que tous les caractères physiques et moraux , s’il en existe, ont entièrement disparu, et que ces familles ne sont plus distinguées que par l’ancienne tradition locale dont le souvenir s’efface chaque jour. » Rien donc ne distinguait un Cagot de la population locale si ce n’est peux être, la tenue vestimentaire. Celle-ci devait avoir un rapport avec leur métier de référence : charpentier, chaisier, parfois forgeron ou chirurgien (du fait de leur connaissance des plantes). Toutes les descriptions des tares supposées, n’étaient que pures médisances.
E. Cordier, dans un de ses ouvrages, fait le récit d’une histoire légendée qui lui avait été racontée par une vieille personne d’Ayzac : « Un jeune homme aimait une jeune fille qui le payait de retour ; elle était belle, elle avait de la vertu ; il la priait sans cesse de consentir à l’épouser. La jeune fille s’y refusait disant : Ah ! Si vous saviez… Vous ne me feriez plus aucune instance. » Enfin, il la pressa tant qu’un jour elle lui dit : « Voici une pomme, divisons-la en deux. ; prenez-en une moitié et gardez-là sous votre aisselle durant la nuit. Je ferai de même pour l’autre moitié : je vous porterai la mienne demain, et vous me porterez la vôtre. » Le jour suivant, le jeune garçon porta sa demi-pomme qui était parfaitement saine. La jeune fille lui montra tristement la moitié qu’elle avait prise et retenue sous son bras ; elle était entièrement corrompue… La pauvre enfant était cagote ! » Si cette histoire montre bien l’ostracisme dont étaient victimes les Cagots, elle est également la preuve que ceux-ci ne se différenciaient pas de la population locale.

Agotes de Navarra
                                              Cagots-Agotes de Navarre, source Wiki-Jmenj

Depuis rien n’a été entrepris au sujet de leur morphologie, alors qu’il existe à Lourdes une terre vierge de toute construction qui a probablement abrité le cimetière cagot de la ville. Il s’agit du terrain qui a servi de jardin face à l’hôtel Saint Raphael, ex emplacement du moulin gras, au temps de Bernadette.
Vu que la chapelle se trouvait à côté, il n’est pas à exclure que ce terrain soit celui de l’ancien cimetière. Je me suis laissé entendre dire, que lors de travaux, on y a trouvé des ossements. Il a été squatté pendant longtemps. Il pourrait devenir, avec une volonté politique, un lieu de recherche anthropologique exceptionnel et complémentaire qui permettrait de peaufiner les recherches sur les cagots.
Seuls, de nos jours, trois villages conservent une population importante d'origine cagote. Deux sont au Pays Basque : Chubitoa-Anhaux (Canton de Saint-Jean-Pied -de- Port), Michelena (Canton de Baïgorry) et Bozate-Arizum, vallée du Batzan de l'autre côté de la frontière. Aucune morphologie particulière n'a été constatée par rapport aux populations environnantes.

Crétins et Cagots
En revanche, monsieur Dailly fait bien la distinction  entre les Cagots et les Crétins, ces derniers étaient de petite taille et souvent goitreux. Ces malformations avaient pour origine, l'eau des sources trop pure, qui n'était pas chargée de sels minéraux et manquait d'iode. Les signes apparents sont ralentissement de toutes les fonctions physiques et mentales. Ramond de Carbonnières les décrit "faible d'esprit, sourds, émettant quelques sons inarticulés et maladroits dans leur mouvement. Leur visage était grossier et vieilli prématurément".
Cependant, beaucoup d'observateurs faisaient la confusion entre les Crétins et les Cagots,  du fait que ces derniers, contraints à l'endogamie, avaient parmi eux des individus qui semblaient avoir subi un arrêt de croissance. Mais ce n'était pas la généralité, et comme le fait remarquer Monsieur Dailly sur les Cagots observés, ils n'étaient atteints d'aucune difformité.
Cette distinction a été reprise par le professeur Jacques Battin, membre de l'Académie Nationale de Médecine en août 2008, dans un article pour le périodique Cohorte (No 193) sur Ramond de Carbonnières qui s'était intéressé au sujet. Le professeur avait étudié, entre autres, le cas d'une fratrie d'Esquièze présenté communément comme Cagots et qui, en fait, étaient les derniers nains hypothyroïdiens (crétinisme endémique) des Pyrénées.

goitreux 001 2 La fratrie
La fratrie Danne, derniers nains hypothyroïdiens des Pyrénées photographiée en 1952 par le professeur Battin.

Les personnages présentés dans ces anciennes cartes postales ci-jointes sont mentionnés comme  Cagots.


   Cagot  cagot 5 001
                          Le personnage de gauche est présenté dans l'article anglais comme un cagot

goitreux 2 001 2 Ces personnages sont les derniers Crétins de France avec la fratrie Donne Ils sont atteints de goitrisme endémique.

Cagots ou Crestia(a)s ?
Il est à noter que le terme Cagot est postérieur à celui de Crestian (Crestia(a)s au pluriel). Il n'apparaît que vers le XVIe siècle, lorsque la théorie des origines goths remplace celle des lépreux.  En Lavedan, les appellations étaient variées. Selon les régions, nous trouvons des  Gésitas, Cousiots, Canars et Crestias ou Chrestiens (l'ajout du h varie d'une région à l'autre). Le terme de Gésitas, Gésites ou Gésitains est postérieur à 1517, date d'un célèbre procès suite à une pétition de Cagots aux Etats de Navarre. Cette pétition fut combattue par un certain Caxarmaut qui utilisa un texte de l'Ancien Testament où il est question d'un prince sauvé de la lèpre par le prophète Elisée, mais trahit par son valet Geizi. Ce dernier fut châtié sur place par le prophète qui lui donna la lèpre ôtée peu de temps avant à son maître. Caxarnaut voulait démontrer que la lèpre était incurable et d'origine divine.

Cagot Portrait de cagot de H. Borde (1888-1958) château de Lourdes

Un peuple d'exclus confiné à certains métiers
Les Cagots devaient porter des casaques rouges, bien visibles avec une patte d'oie sur l'épaule. Afin de ne pas transmettre la maladie, de nombreux métiers leur étaient interdits. On considérait que le fer ou le bois ne pouvaient pas transmettre la lèpre. Beaucoup de Cagots étaient donc forgerons, menuisiers ou charpentiers, et  ils ne faisaient pas que des cercueils et des potences comme certains journalistes l'affirment (1). Au retour de leur pèlerinage, un Cagot pouvait cependant s’inscrire comme Compagnon de Saint-Jacques à la confrérie des charpentiers de son village. Car le bois pensait-on, ne transmettant pas la lèpre, ils devinrent les grands spécialistes des charpentes. Le texte le plus célèbre les concernant est celui de la commande faite par Gaston Fébus, en 1391, pour la réfection de la charpente de son château de Montaner, lorsqu’il fit appel à un groupe important (85) de charpentiers cagots sous les ordres de Berdolet d'Oloron.
Certains, devenus barbiers, exerçaient le métier de médecin, et les femmes, de sage femmes, car vivant près des forêts, ils avaient une bonne connaissance des plantes médicinales ou simples.
Un cagot célèbre gérait des bains à Cauterets avec l'accord des moines de Saint-Savin, propriétaires

Cagots convention Partie du contrat entre Fébus et les cagots. Archives départementale de Pau.

Les noms et prénoms des crestias-cagots
Ils n’avaient pas le droit d’avoir des noms de famille lors des baptêmes sur les registres paroissiaux. Aussi ils étaient désigné par un prénom souvent celui du saint du jour : Guillem, Bertran, Arnaut… avec souvent ces prénoms en mode diminutif, ce qui pouvait être considéré comme un peu péjoratif comme : Janiet (Petit Jean), Guilhaumet (Petit Guillaume), Peyrolet (Petit Pierre), Bernadou (Petit Bernard), Lucalou (Petit Lucas)… Sur le registre on ajoutait à la suite crestia, cagot, gaffet… selon la région. Par la suite ils se donnaient des noms de famille en fonction de leur métier Charpentier, Cordier, Tisserand, Tisné ou des objets de leur métier comme Tislès (paniers) ou de leur lieu de résidence qui souvent étaient des lieux déshérités, malsains ou isolés comme : Caussade (chaussée), Castagnède (châtaigneraie), Junca/Junqua (jonchaie), Tuya (endroit planté de bruyères et d’ajoncs). Caussade (chaussée), Castagnède (châtaigneraie) ou encore Matagrabe (tue boue), peut- être parce que sa cabane était bâtie sur un marécage ?
Mais les non cagots les affublaient surtout de surnoms rappelant leur classe sociale qu ils gardaient sur les registres des impôts comme : Caquin, Kakou Coquin, Coquet, Caque, Caquette, Caqueux, Gahet, Gaffet, Gaffez, Gavot., Agot, Canard, Canar en raison de la patte de canard qu'ils devaient porter. Parfois avec un nom rappelant leur supposée maladie Lépreux, Lazare, Lazaru, Salazar, Leze... 
Il existe également des appellations exclusivement cagotes, un peu comme chez les gens du voyage : Berdot, Blazy (Blaise), Estrabou, Doat ou Douau, Feuga, Louncaubi ou Mouncaubi, Menjou, Menjoulet… 
Le cagot qui s’établissait dans la cagoterie d’un autre village pouvait mettre comme additif (à l’appellation du baptême) le nom du village d’origine, dont il était issu comme lo crestia de Gerderest, Menyolet crestia de Gerderest, Johan de Feaas, Bernadon deu Bosq, Pascaou de Balente etc...


Les c(h)restiaas-cagots et l'Eglise
Dans les lieux où ils étaient assez nombreux, ils avaient leur propre chapelle comme celle de Saint-Jean à Lourdes ou de la Madeleine à Ost. Ailleurs, ils fréquentaient l'église paroissiale. Mais,  tels des parias, ils devaient entrer dans celle-ci par une porte latérale, souvent plus petite (pour les humilier ?), comme celle de l'église d'Arras-en-Lavedan ou de l'abbatiale de Saint-Savin et ne prendre l'eau bénite qu'au bout d'un bâton. C’est aussi au bout d’une planchette que le curé ou le bedeau leur tendait l’hostie, lors de la messe et ils n'approchaient la sainte table qu'après les autres, en étant confinés dans un coin de la nef, clairement indiqué à l'abbatiale de Saint-Pé. Parfois, ils avaient leur propre bénitier, simple pierre creusée incrustée dans un mur de l'église et sans grandes sculptures. Un certain nombre de bénitiers sur pied représentant des Atlantes ou des Maures sont faussement attribués au Cagots comme à Pierrefitte-Nestalas et à Saint-Savin. Dans les processions, ils marchaient en fin de cortège et ne pouvaient faire parties d'une confrérie, sauf semble t'il de celle des charpentiers. Il était impensable qu'ils puissent s'unir à des non-cagots c'était comme disait au XVIIe siècle, un curé de Navarre(1) :" une chose aussi inouï et abominable que si un chrétien parlait de s'unir à une Moresque". Ils ne pouvaient recevoir le sacrement de l'Ordre,
Dans les cimetières, ils étaient fossoyeurs et étaient chargés de fabriquer les cercueils. Ils avaient soit leur propre cimetière, comme à Lourdes ou à Terranere (Aucun), soit un carré dans l'enclos paroissial. La seule référence que nous ayons trouvée est le cimetière de Sérée en Béarn au Nord-Ouest de la Bigorre. Il parait qu'il abrite un coin cagot. Difficile de distinguer les tombes cagotes des autres dans la mesure où aucun nom ne leur était attribué. On peut imaginer que ce sont les tombes sans dalles, ni inscription. À Lourdes, leur propre cimetière, se trouverait proche de leur ancienne chapelle, quai Saint-Jean, dans le terrain actuellement abandonné, face à l'hôtel Saint-Raphaël. D'éventuelles fouilles pourront peut-être un jour confirmer cette hypothèse
Plusieurs églises dont celle d’Arras et Nestalas ont conservé les portes des Cagots. La plupart des portes des Cagots ont été murées. Seules parfois apparaissent  leurs traces sur les murs des églises.
Les bénitiers scellés et sobrement décorés parfois d’une tête ou d’un chien sont encore présents dans certaines églises.

Sérée 1 Sérée 7
                                                           Sérée et ses tombes sans plaque.
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Les autres exclusions
À Cauterets, iIs ne pouvaient se baigner qu'après les autres habitants, et ne pénétrer que par une entrée dérobée donnant accès à des bains réservés aux seuls cagots.
Ils ne pouvaient marcher pieds nus (toujours cette peur de transmission de la maladie), sous peine d'avoir leurs pieds percés d'un coup de lance (fors de Béarn 1460).
Ils ne pouvaient vendre le produit de leur exploitation aux gens du village, utiliser les estives communes, ni porter d'armes ou entrer dans la cité que dans la journée et par une porte qui leur était réservée : comme à Lourdes par la Capdet pourtet. Pour témoigner en justice, un témoignage de citadin équivalait de quatre à sept témoignages de Cagots. Pratiquement obligés de se marier entre eux, la consanguinité entraînait rapidement des tares physiques, renforçant encore plus leur exclusion.
En revanche, exclus de la société, ils n'étaient pas astreint au paiement des impôts  (tailles), aux charges de la communauté, ni au service de l'ost (service militaire).



 Cagotte Marie-   Cagot statue
Marie-Pierre Manet-Beauzac de Tarbes a été présenté dans un article anglais comme la dernière descendante des Cagots. Cet article est tiré du livre de Tom Knox's The Marks of Cain, édit. Harper Collins. À droite, les restes d'un cimetière cagot existeraient autour de l'église de Bentayou-Sérée en Béarn. A droite, statue de bronze représentant un cagot, au musée des Cagots d'Arreau.
(1) Reportage de Roger Picard et Michel Algret : "Dans les Pyrénées avec les derniers cagots" support et année inconnus.

Évolution

Malgré la position du Pape Léon X en 1515, et de l'Empereur Charles-Quint en leur faveur, ainsi que celle du haut -clergé, la haine envers cette race maudite était toujours aussi grande dans la population rurale de connivence avec le bas-clergé. En 1683, un fait administratif bouleversera la donne, même si les attitudes n'évolueront que très lentement. Louis XIV et Colbert ayant besoin d'argent pour financer les guerres lointaines, l'Intendant de Béarn, M. Dubois du Baillet, devant la demande royale, d'imposer la Gabelle au Béarn, à la Bigorre et à la Chalosse jusqu'alors épargnés sous les Albret, proposa que l'on donne la possibilité aux Cagots d'acheter leur affranchissement ; l'instauration de la Gabelle pouvant provoquer des émeutes. L'idée fut acceptée et les Lettres Patentes distribuées. Les Cagots pouvaient devenir des citoyens à part entière et les interdits les frappant  furent en partie supprimés (ordonnance de l'intendant de Bezons de 1696), avec l'aide de l'évêque de Tarbes, Mgr de Poudenx, et abolis en 1789. Le successeur de Mgr Poudenx, Mgr de la Romagère a ordonné prêtre, le premier Cagot, c'était en 1768. À la fin du XVIIIe siècle, leur intégration, au sein des communautés villageoises était pratiquement  établie, bien que encore rejetée par nombre de non-Cagots.

Signification de la patte d’oie
Ce n’est  pas par hasard que les autorités obligèrent les Cagots, dès le Haut-Moyen Âge,  à porter sur leurs vêtements, une patte d’oie. Norbert Rosapelly, l’un des rares érudits à s’être penché sur la question, affirme que l’appellation de ce signe distinctif  prononcé  en gascon pé d’auque (pied d’oie) était proche de celle de la feuille du figuier,  pé d’auquérau (pied d’oison). Or le figuier avait une double distinction, apparemment contradictoire : arbre maudit par le Christ (Math. XXI. Versets 18 et 19 et Marc XI. Versets 12 et 21), alors que son suc ayant une valeur curative était préconisé par l’ancienne thérapie  contre la lèpre.  Cette double connotation : celle d’une part, de malédiction qui pesait sur les Cagots,  exclus de la communauté, et celle d’autre part, de prophylaxie pour le mal dont ils étaient atteints, avait certainement dirigé les magistrats d’alors, dans leur recherche de signes  distinctifs, à imposer la patte d'oie, aux malheureux atteints de la lèpre blanche.  Plusieurs auteurs avancent qu'il s'agissait en fait d'une patte de canard, d'où les appellations caneries de certains quartiers de Cagots comme à Argelès.
Le comte Hubert Henri d’Agrain  fait remarquer dans son ouvrage, Argelès et ses vallées, que le  nom de la reine Pédauque viendrait de ses pieds  palmés : la reine aux pieds d'oie.
 
Procession de Cagots 001

Procession de Cagots lors de la Semaine sainte, avec le porteur de crécelle (cliquette)

claquette 001                                                Cliquettes de Cagots. Photo Hubert Lacrampe                                             


                                      Les cagots en Pays des vallées des Gaves
Les régions proches du Béarn, où passaient la plupart des chemins de Compostelle, étaient les plus denses en cagoteries. En Haute-Bigorre, à Lourdes, Vieuzac, Saint-Savin,  Aucun, Luz... leur souvenir reste dans le nom de quartiers à l'écart, souvent insalubres.

           Les principaux sites des cagots, Lourdes puis l'arrière-pays par ordre alphabétique : 

À Lourdes, le quartier des Cagots se trouvait près du quai Boissarie, dans une ruelle sombre qui donne dans la rue de la Tour de Brie. Ruelle bordée d'immeubles insalubres et en ruine (ancien squat), on peut dire que peu de choses ont changé depuis le Moyen Âge et ce, malgré la proximité des Sanctuaires. C'est cependant le quartier le plus authentique de la ville. La plaque de la rue des Cagots a été enlevée en 2010 et non remplacée. C'est dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste appelée Senjoan-du-Gaou (Saint-Jean-du-Gave) que les Cagots se mariaient et autour de laquelle ils étaient enterrés. Cette chapelle était située le long du quai Saint-Jean, près de la Crèche animée qui a été construite à la place des Bains Saint-Jean (Senjoan).Ceux-ci appartenaient en 1872  à une certaine Marceline qui a expliqué qu'aux environs de cette date, l'église avait été transformée en grange et que son père avait assisté à des messes. Démolie en 1911, les propriétaires offrirent à l'église paroissiale deux tableaux (volés depuis)  dont  l'un représentait saint Jean, et la statuette de saint Jean qui se trouve dans l'actuelle église paroissiale.
Il restait un bénitier de pierre que le propriétaire de la Crèche animée avait fait scellé dans du ciment. Après la vente et la démolition de la crèche (2017-2018), le bénitier se trouve au centre jacquaire, "A la Croisée des Chemins". Le cimetière est probablement situé à l'arrière gauche du musée, dans le jardin de l'hôtel Saint-Raphaël et sous l'hôtel Marquette.
Jusqu'à la dernière guerre quelques cagots se faisaient soigner à l'hôpital Saint-Frai (N-D des sept douleurs.)

CHAPELLE-CIMETIERE DES CAGOTS, UN LIEU HISTORIQUE DE LOURDES

Il a été porté à notre connaissance que René Brunis décédé en 1999, avait écrit sur un document qui m’a été remis : « Faire un oratoire [à l’emplacement] et y mettre la statue de saint Jean, une plaque avec comme inscription "ici s’élevait la chapelle Saint-Jean, ancienne chapelle des cagots en 1400, fondations retrouvées par René Brunis en décembre 1960 ". Un petit plan accompagne le texte. Par recoupement, et avec l’aide d’un plan daté de 1887, on peut la situer  à l’arrière de l’hôtel du Parvis (démoli en 2018), proche du jardin de l’hôtel Saint Raphael, en face du local à la porte de fer jadis peinte d’une vierge. On peut préciser que les chapelles et églises ont une orientation est-ouest c’est-à-dire  parallèle au gave ou à la maison de pierre avec niche que la municipalité n 'a pas jugé bon de conserver lors de la démolition de la Crèche et du Parvis. Le cimetière était à côté, à l’emplacement du jardin avec une extension jusqu’à l’entrée de l’hôtel Marquette. Un témoignage  important de l’ancienne propriétaire de l’hôtel  (1) nous a informés, que, lors de travaux dans la cave en 1987, il avait été trouvé plusieurs tombes en arc de cercle.

Par ailleurs, on peut se demander où est passé la statue de la niche de l'immeuble de pierre,  depuis 1960, que René Brunis voulait mettre dans l'oratoire ? 
Voir aussi le dossier églises de Lourdes-patrimoine architectural

(1)  Anne-Marie Gomez.

bénitier Cagot   Cagot bénitier
Bénitier dit des Cagots encastré à la crèche animée. Une fois dégagé de sa gangue de ciment

  
Creche animée   
Lourdes, l'église des Cagots se trouvait derrière, à gauche de ce bâtiment en pierre avec la niche. Le musée abritait l'ancien bénitier visible au centre jacquaire.

Cagots 4
                                 La chapelle était derrière l'immeuble jaune. Avril 2018

cagots
Entrée de l'immeuble Marquette, près de l'escalier lors des travaux les tombes (sarcophages ? étaient là.

cagots 3
La chapelle se trouvait à droite du tas de pierre et le cimetière encore plus à droite passant sous l'hôtel Marquette. En principe le ruisseau Lapacca les séparait. Photo avril 2018 


Cagots
Plan de 1877 sur plan cadastral de ?

Grange Saint Jean
Avant la construction en pierre du pont Saint Michel, les bains Senjouan avec le lavoir en avant parallèle au gave. Quel est le bâtiment derrière ? Photo-plaque Viron 1877.

Guide de Jean Barber 1892 :Lourdes


Bains st Jean                               Les Bains de Saint-Jean, derrière se trouvait la chapelle. Carte Loucrup65

quartier de Cagots   Rue des Cagots
Lourdes, quartier des Cagots. Photo J. Omnès           Lourdes, rue des Cagots. Photo J. Omnès

Il y a deux ans, sur divers forums j'avais attiré l'attention des autorités lourdaises sur la disparition de la plaque de la rue des Cagots, près des Sanctuaires. Elle avait été enlevée par un quidam pour peindre le mur ; du moins c'est l'explication qui m' avait été donnée. Le mur a été repeint, mais la plaque n'est toujours pas là. Ces pauvres Cagots, même en 2014, ils sont encore exclus de la société, sans que cela n'émeuve grand monde  :

Lourdes rue des Cagots 1  Lourdes rue des Cagots 2
Rue des Cagots à Lourdes, plaque enlevée. Photos J. Omnès



                                                           La Haute-Bigorre
 

À Argelès-Gazost (Ourout),
À Argelès-Gazost (Ourout), le quartier cagots-canerie (canard) devenu pour une raison inconnue canarie se trouve curieusement dans la partie haute de la ville, autour de l'actuelle place Clemenceau. Il  était bordé à l’ouest par la commune de Gez, au nord par les serres de Lasbergères,  au sud par la Gravette et à l’est par le hameau d’Ourout. C’est sur ce territoire d’environ 14 hectares que vivaient au XVIIIe siècle une douzaine de familles cagotes, contre quatre au siècle précédent. Plusieurs maisons avec terrains, granges, vignes et châtaigneraies appartiennent maintenant à leurs descendants. Le domaine de la Croix rouge transformé en maison de retraite en est le site le plus connu.

Ils avaient leur propre chapelle, vendue à la Révolution comme bien national (1), mais enterraient leurs morts au fond du cimetière qui jouxtait l’ancienne église Saint-Saturnin d’Ourout, et  ce jusqu’en 1732. A sa fermeture, ce fut au cimetière de Vieuzac.

Ces Cagots, qui représentaient environ 3% de la population locale, étaient communément appelés Canarie, comme Jean ou Jacques Canarie. Ils sont à l'origine de la réalisation de la charpente de la maison seigneuriale de Vieuzac. Ces Canarie Debat (avant) ou Dessus allaient chercher leurs épouses et également les parrains et marraines des baptisés, dans des villages voisins comme à Mailhóc. C’est probablement pour cela que les Canarie remplacèrent les Maihóc pour la gestion des thermes de Cauterets affermés au XVe siècle,  par les moines de Saint-Savin à Jean de Mailhóc, et les Mailhoc et Canarie s’associèrent en 1725, pour la réalisation de la charpente de l’abbatiale de Saint-Savin.

On peut dire qu’au milieu du XVIIIe siècle, la population cagote d’Argelès s’était fondue dans la population locale, pour preuve la sépulture en 1750, d’Alés-Canarie dans la nef de l’église Saint-Saturnin d’Ourout

La plaque de la rue des Cagots a été enlevée en 1960, et remplacée par la rue de Canarie !

Une étude des familles cagotes a été réalisée par Georges Peyruc dans le bulletin de 1997 de la S.E.S.V.

(1) J’ignore où elle se trouve

villa Canarie        quartier Canarie
Villa Canarie (entendez canerie) et rue de Canarie, longeant le domaine de la Croix Rouge; Photos J. Omnès

Lavoir canerie 1          Canarie Argeles
              Ancien lavoir des Cagots Photos J. Omnès


À Arbéost à Bourrinquets.
Etonnamment, le hameau des cadets d'Arbéost avait un quartier réservé aux cagots. Son emplacement existe toujours. Il se trouve en contrebas du village.

Arbéost-Bourrinquets Arbéost cagots 1
                             Ancien quartier cagot des Bourrinquets. Photos J. Omnès


À Arras
Nous n'avons pas connaissance d'un quartier cagot. En revanche,l 'église paroissiale devait les recevoir lors des messes, vu la présence d'une porte
 et d'un bénitier qui leur est généralement attribués

Arras entrée cagots       Bénitier Arras
Porte et bénitier dits des cagots


À Arrens bénitier dit des cagots, creusé dans la pierre.

Arrens bénitier


À Aucun à Terranère.

D'après les histoires locales, le cimetière se trouverait dans le champ, près de l'atterrissage des parapentes. Le hameau aurait été à côté. Mais après des doutes nous avons enquêté :



Terranere

 Terranère ou Terrenère

Il est d’usage d’attribuer le terrain d’atterrissage du deltaplane à droite du carrefour de la route qui va à Bun, au cagots le site avec le cimetière et le hameau (disparue) dans son environnement proche. Cette affirmation véhiculée par nombre de plaquettes et brochures est, semble t’il, fantaisiste. Et ce, pour plusieurs raisons : l’endroit est sous le vent sans aucune protection et loin de toute source d’eau et lors d’aménagement de la route il n’a été trouvé aucun squelette. Mais son implantation à Terranère est semble-t-il exacte, sauf qu’aux époques anciennes Terranère était composé de plusieurs lieux-dits : Las Coumes, Peyrasoubes, Garcie, Berganton et une partie de Bazaillac. Voir carte Cassini XVIIIe siècle et carte d’État-major 1865 revisité en  1900.

Après recherche de carte ancienne et lecture du testament des pestiférés d’Aucun chez Maître Pierre Bergès en 1653-54 (1) il est mentionné une chapelle Saint-Roch non répertoriée dans les registres paroissiaux, mais qui existait bel et bien du fait de plusieurs dons notariés. La chapelle Saint Roch y est décrite comme la chapelle aux arbres de Noé (2). On peut penser que le nom de Noé lui fut  adressé vu l’ancienneté des chênes de son environnement, toujours visibles.

Il s’avère très certainement que cette chapelle était le centre du hameau des cagots, entre deux sources-fontaines au nord et au sud  rendant actuellement le terrain marécageux mais permettant d’avoir des zones propices aux ablutions (3). La chapelle se trouve au nord de la « houssat deous cagots (la fosse au cagots) » (3), bien connue des chasseurs de bécasses. D’après Michel Fabre (Le mystère des cagots) les lieux  abritaient  huit feux

Actuellement

De ce hameau  et cimetière il ne reste plus rien, seule la chapelle au milieu de bois propriété de Monsieur Bazillac est toujours visible. Son ampleur et sa direction Est- Ouest indique bien que ce n’était nullement une grange. .Elle sert toujours de chapelle, lors de camp de jeunesse (Le nid Montagnard), d’où son incontestable conservation. Sauf, que depuis peu, sa porte décorée de clous a été volée.

Pour y accéder 

Prendre la route d’Aucun à Bun et se diriger vers la colonie des Cimes, après l’avoir dépassé prendre à 200m un chemin qui donne accès, en descendant,  à 100 m à la chapelle. Présence de chevaux et de barrières électriques. Propriété privée de Monsieur Olivier Baraniak de Pau.

(1)  Minutes de Pierre Bergès, notaire à Aucun en  1650, déposées aux A.D.H.P. 3E44/228.

(2)  René Escaffre dans son ouvrage sur la Peste (SESV) a transformé arbre de Noë en arbre de Noel ? en y voyant un rapport éventuel  avec les sapins ? Or les sapins n’ont été introduits dans le monde de Noël que très tardivement de même que les sapinières localement.

(3)  Jean-Marie Prat de Bun  qui évoque la présence de bassins se demande s’ils servaient aux cagots pour soigner leurs éventuelles plaies de la peau comme aux bains de Cauterets.

(4)    Parcelle 483, ex 291 du plan cadastral
 

Aucun Cagots


Aucun chapelle 3

Aucun cagots 2  Aucun cagots 3
Porte avec semble t'il des pattes d'oie dessinées avec des clous, d'après J.-M. Prat d'Aucun

Une ancienne chanson d’Aucun :
" En terrenère et Mailhòc
Que soun lous grans Cagots
En andurans è Canerie
Qu'éy la gran Cagoutérie." 

Il parait qu il existait une polka des Cagots. Il était courant de leur donner comme nom patronymique, celui de leur quartier tel que Jacques Terrenère du quartier éponyme, la femme rajoutera celui de son époux comme Adèle Canarie-Andurans.


 Ayros  à Couture-Bâg ou Couture -Bâga.


 Ayzac, aux quartiers  Andurans et Pénéra. Leur chapelle à Andurans était dédiée à sainte Madeleine. Elle a été sauvée aux environs de 1957, de la démolition grâce au guérisseur François Ferdinand Boé. Voir aussi Patrimoine architectural, églises, canton d'Argelès-Gazost

Ayzac Egise cagote
La chapelle des Cagots d'Ayzac. Photo J. Omnès

Ayzac cagot bénitier  Ayzac Chrisme cagot



Cagots
. Le hameau Cagots : cette appellation est très controversée. Il semblerait qu'il y ait eu mauvaise transcription administrative pour ce hameau, et que son vrai nom soit Cagos.  En effet, le quartier est composé de quelques maisons rénovées dont les deux plus anciennes, Soulas et Gayoulet datent de 1760. A ma connaissance, il n'y a pas d'écrits annonçant la présence de Cagots sur ce lieu.

Cagots Vier cagos 3
Photo J. Omnès


Esquièze

Le village  a été à l'origine d'une erreur d'assimilation de personnes de petite taille et atteintes de crétinisme avec les cagots. Il s'agit d'une famille de cinq enfants, les Simondanne,  dont trois présentaient des handicaps physiques et deux des trois, un frère (Jacques) et une soeur (Rosette) de fortes carences : surdité, mutisme et faiblesse d'esprit avec une petite taille et un visage vieilli prématurément. Objet de curiosité ils furent les sujets d'un article de l'hebdomadaire Point de vue, Images du monde de 1962, les présentant comme des cagots, dénomination suivie par Michel Fabre qui les utilisa pour sa théorie sur les cagots, avec son ouvrage Les mystères des Cagots. Il a fallu la venue de Jacques Battin pour mettre fin à cette confusion. Jacques Battin, membre de l'Académie Nationale de Médecine en août 2008, dans un article pour le périodique Cohorte (No 193) sur Ramond de Carbonnières, s'intéressa au sujet. Les Simondanne étant en réalité les derniers nains hypothyroïdiens (crétinisme endémique) des Pyrénées.



Esquièze maison dite des Cagots esquieze
Esquièze, maison improprement dite des Cagots, malgré le panneau au -dessus de la porte " les Cagots" mis par son nouveau  propriétaire. Photos J.Omnès
Les frères Simondanne, Jacques et Grégoire. Photo de Dominique Laffont avec son aimable autorisation Les visages ont été floutés.
 
Ferrières : Selon un certain Francisque Michel, il existait encore, en 1846, soixante-huit Cagots sur la commune de Ferrières.

Les Angles à Castagnède

Luz à Pescadère. Lieu-dit  à l'entrée du village en venanr  d'Argelès-Gazost, près du gave et du pont éponyme


Luz 2

Luz 1




















Luz Cagots
Bénitier dit des Cagots à l'église de Luz


                                                                                    
À Ost à Caussade. Nous n'avons pas trouvé le site.


À Saint-Pastous au hameau de Bayès.

À Saint-Pé-de-Bigorre.

Jadis ils  vivaient en grand nombre à Saint-Pé. Il se dit qu’ils assistaient aux offices dans le vestibule de l’abbatiale à gauche de la porte d’entrée, peut- être séparés par une grille et qu’ils avaient leur propre bénitier. En fait, ils n'avaient aucune raison, comme à Saint-Savin, d'assister aux services de la messe dans l'église de l'abbatiale puisqu' ils avaient leur propre chapelle. Voyons dans cette version, une attitude plus promotionnelle qu'historique.

La tradition veut que ces cagots ou gésitains aient édifié à l’est du village, le hameau de Rieulhès (Réouilhès) au ruisseau frontière entre le Béarn et la Bigorre, où ils avaient parait-il leur propre chapelle appelée Glésiäte. Elle aurait été dédiée à saint Joseph et sainte Quitterie. Nous n'avons, pour l'instant, trouvé aucune trace de l'existence de ces cagots-gésitains et de leur chapelle dans ce secteur.

En revanche, d'après un texte du docteur H.M Fay (1) confirmé par Thibaud de Rouvray, il se trouve qu' il y avait une chapelle dédiée à Sainte-Quitterie et Saint-Joseph, affectée aux gésitains, à la sortie du bourg de Saint-Pé vers Pau, là où a été construit par la suite le lycée technique et où se trouve de nos jours une zone d'activités, près de NAC (conception de voitures de sport). Lors de la construction du gymnase, dans les années 1960, on aurait découvert plusieurs tombes quant à la chapelle, selon Pierre Pomès du village, elle aurait disparue au XIXe siècle, en 1840, lors des travaux du chemin de fer." Sa position et ses dimensions sont indiquées sur un plan cadastral-terrier de 1615 (1). Nous savons qu’en 1762 Bernard Latapie a acquis de la communauté de Saint-Pé un terrain au quartier de la chapelle Saint-Joseph. Ce qui confirme biens on existence. La chapelle qui reste à la communauté est de contenance « d’une demy latte », ce qui représente 39 m².à Saint Pé (2) Le cadastre de 1815 confirme la présence d’une chapelle dans ce quartier appelé quartier de la Cluze.

Pour la présence de ces gésitains c’est ainsi que sont nommés les cagots dans cette cité, il suffit de lire le terrier susmentionné tome 3, page 651 à 661  pour apprendre la présence de 6 familles  ainsi que les registres d'Etat civil de 1649 à 1694  mentionnant des  actes religieux : mariages, baptême, décès de gesitains entre 1649 et 1694. Les annuaires des amis de Saint Pé de 1904-1905 indiquent seulement les décès des gésitains entre 1651 et 1680.  Informations reçues de  Michel Pujo de Saint-Pé.

(1) Tome 4, côte 395 E dépôt 116, page 1098 du troisième terrier. Vue 119 sur les archives départementales en ligne.
(2)    Une latte = 78 m² à Saint- Pé




st Pé cagots 1                                    Le chemin de fer se trouve à l'arrière de l'usine

D'après le docteur Fay (1), ils auraient enterré leurs morts au lieu- dit Paienquet, situé au centre du village dans le jardin jouxtant l'école Sainte-Elisabeth, face à la maison Lias, du même côté de la rue, fait confirmé par Thibaud de Rouvray. Ce cimetière aurait été par la suite affecté aux protestants. Il ne semble pas que des recherches aient été effectuées et nous n'avons pas  trouvé de dalle tombale en schiste, même dans la cour de l'école voisine. Le charnier découvert en face aurait pour origine les victimes de la peste.

St Pé cagots 2                                                   Cimetière des cagots-protestants

Spe cagots 3
                      Linteau marqué d'un 1672 ?.

St Pé cagots 5
                                                           Terrain du cimetière

St Pé cagots 4

Les cagots étaient nombreux du fait de la présence de la forêt de Trescrouts qu’ils exploitaient. Ils se sentaient assez forts pour affronter leurs voisins lourdais. Au XIXème siècle, l’abbé Julien, de Montaut, nous a rapporté que, plusieurs siècles avant, une rixe avait éclaté entre cagots de Réouilhès et des Lourdais, ces derniers avaient été massacrés. Leurs têtes, séparées des troncs, avaient servi de boules pour jouer aux quilles sur la place de Saint-Pé. A la suite de quoi, les cagots de Saint-Pé auraient été condamnés entre autres choses, par arrêt du Parlement de Toulouse « à ne plus rentrer à Lourdes que par la petite rue dite Capdetpourtet (2), à ne marcher que sous les gouttières, avec défense expresse de s’asseoir où que ce soit. Ils ne devraient plus arriver en ville qu’après le lever du soleil et ne devraient en sortir avant son coucher. Le tout sous peine pour chaque contrevenant de se laisser couper deux onces de chair sur toute la longueur de l’épine dorsale »..

(1) Source Gallica bnf.fr Histoire de la lèpre en France du docteur H. M. Fay.
(2) La porte Dembarrère, rue du Bourg ?

Abbatiale. Bénitier dit des Cagots avec toute la prudence nécessaire

St Pé cagots  Saint-Pé, bénitier dit des Cagots




À Saint-Savin, les Cagots étaient rassemblés dans le quartier bas du village, le quartier Mailhòc ou Mailloc (maillet de bois). Ils y possédaient leur propre chapelle et un cimetière. La chapelle était consacrée à Sainte Marie-Madeleine. Les Cagots  avaient obtenu le droit de construire leur propre chapelle par le concile de Latran de mars 1179. Ils la construisirent eux-mêmes sur un terrain Poutet et édifièrent leur propre cimetière à proximité. D'après Jean Bourdette, cette chapelle qui était encore en service en 1740 (actes notariés) s'écroula après la Révolution en 1794. Une grange fut construite à sa place (Voir photo ci-dessous). Ce serait, d'après les locaux, la grange qui se trouve sur la droite en descendant de Saint-Savin, face au lavoir abandonné et il y a peu recouvert de lierre. Lors de travaux de pose d'égouts, des ossements et des pierres tombales épaisses y furent mises au jour, ceux de l'ancien cimetière. Le quartier était composé de quelques maisons dont l'une  a été reproduite en carte postale (Maison Pourtet fils) et qui a entièrement brûlé en 2016 ; les deux autres ont été croquées en fusain 1943, par H Lacrampe il s'agit de la maison Pierre Herraiz (pension chez Michèle) et à côté, la maison Espandes qui ont bien changées depuis. Cela donne une idée de l'importance des maisons des cagots  qui possédaient aussi un moulin sur le ruisseau de Marsas, le moulin Babalogne, au bout du chemin communal de Darré Mailhòc, il ne reste que quelques ruines à côté d'une maison récente. D'après un habitant du village sur les hauteurs du ruisseau de Marsas, ce n'était pas un moulin mais un lavoir. Celui-ci aurait il remplacé ou était -il à côté du moulin ?
La maison Pourtet père se trouvant en contrebas dans la châtaigneraie a été démolie.

D'après le cadastre de 1827, il est mentionné plus loin au Sud- Est un chemin dit d'accès à l'église sans mention de celle-ci. Ce qui laisse un doute sur l' emplacement admis par la majorité des villageois.

Un cagot célèbre, Jean de Mailhòc y exerçait au XVe siècle un métier en principe interdit, celui de maître en chirurgie. Sa réputation était telle que les communautés ecclésiastiques  locales lui concédèrent une cabane  à bains à Cauterets, près des bains de Caoutarès. Son nom : bains de Canarie. L'ouverture en demi-lune de l'église abbatiale de Saint-Savin, devenue paroissiale après la démolition de l'église Saint-Jean du village, en 1791, est appelée à tort, porte des Cagots. De même que le bénitier qui se trouve à l'église abbatiale. Son nom, des Cagots, proviendrait, semble-t-il, parce qu'il aurait été trouvé dans l'église de Mailhòc, probablement amené après la destruction de l'église paroissiale. De même que le chrisme dans le musée de Saint-Savin pourrait être celui de la chapelle des cagots, transformé en dalle de lavabo-évier, avec ses deux trous : arrivée et évacuation de l'eau  À vérifier.

PS : Mailhòc francisé, s'écrit parfois Mailloc


Mailloc Cagots 
Grange présentée comme bâtie sur ou à côté de l'ancienne chapelle cagote avec le lavoir en face. Elle était construite sur un terrain Poutet.  Photos J. Omnès



 Mailloc lavoir Lavoir Mailhoc
D'après un habitant du village sur les hauteurs du ruisseau de Marsas, ce lavoir aurait été construit en remplacement de celui qui était au bout du chemin Darré Mailhoc.

  Bénitier des Cagots Bénitier dit faussement des cagots 

Saint Savichrisme 23
Chrisme supposé de la chapelle des cagots, ayant  deux trous, arrivée et sortie d'eau ?
Le dos est creusé en son milieu d'une longue rigole de la largeur de la pierre. Nous ignorons l'origine de ces transformations : évier, canalisation ?.
Le hameau avait pour origine trois familles celle de Mailhoc, de Mailhoc- Dessus et de Malhoc- Debat.


cagots maison 001   Mailhoc 3
La maison des Cagots (Maison Pourtet) qui a appartenu à Madame Bayen-Saunères et son état actuel 2016, après un incendie.

Mailhoc 6
Carte postale ancienne (1906) indiquant : maison des Cagots à Mailhòc. Propriété actuelle M Pourtet, elle a été entièrement détruite en janvier 2010, photo de droite. 


Mailhoc plan 001
                                                                                            Cadastre 1827

Un doute subsiste sur l'emplacement de la chapelle qui ici serait à l'extérieur du hameau au bout du chemin menant à la châtaigneraie Pourtet père.

Mailhoc Debat 001  Mailhoc 4
                                         Mailhòc- Debat Maurice Herraiz en septembre 2018

Mailhoc Dessus 3 001   Mailhoc
                                 Mailhòc-Dessus (Pierre Espandes) .En 1943 et en septembre 2018



Mailloc moulin  Mailhoc moulin 2
Emplacement du moulin, maison à côté sur ses ruines. photos J. Omnès septembre 2018.

Maison Cagot

Maison anciennement des Cagots à Mailhòc, quartier de Saint-Savin. Avec son poulailler et son four à pain. C'est dans cette maison qu'habitait à une certaine époque, la famille Peyrot qui se présente comme descendante de Cagots.


Pour en savoir plus : Les Cagots et leurs congénères de L. Louis-Lande. Revue des Deux Mondes tome 25, 1878, sur Wikisource. Les Parias de France et d'Espagne par V. de Rochas paris, 1876.

Un ouvrage très instructif du spécialiste du Moyen Âge gascon, Gilbert Loubès : L'énigme des Cagots. 1998, Éd. Sud-Ouest. Y sont énumérées les douze hypothèses de leur origine. Les lecteurs du Bel Italien de Bernadette Pécassou Camebrac auront compris que la description que la romancière donne de ses Cagots, gnomes monstrueux, est purement fantaisiste. C'est un roman.    

    
                                              
        
Les habitants de la région qui portent un sobriquet rappelant le temps des cagots :
    
Arbéost : era gentilessa, ceux de ma noblesse faisant allusion par dérision aux cagots du village
     Aucun : « Cagots »
     Bun : « Cagots de Bun »
     Esquièze-Sère : « Ets ahumats » enfumés, souvent synonyme de cagots.
     Ferrières : « Ets coulès de Herrera », les cagots de Ferrières.
     Ossun-ez-Angles : « Ets Cagots »

     Pour les goitreux souvent confondus avec les cagots
     Beaucens : ets guberous,  les goitreux
     Lau- Balagnas : ets goudelhats ou guternous

Bénitier supposé être des cagots, d'origine inconnue ayant appartenu à l'abbé Samaran, curé d'Estaing et d'Arras.

bénitier cagot Photo André Grimberg





                                                              Les abbés laïques

Lorsqu'on se promène en Bigorre et surtout en Lavedan (Labeda) on peut être étonné par le nombre de personnes s’appelant Abadie ou Dabadie. Ce nom si familier a pour origine l’importance de la présence dans le pays, pendant des siècles, d’abbés laïques (laïcs) ou abbés lays (laïs). Peu connus du grand public, ces hommes laïcs, donc sans obligations propres aux ecclésiastiques,  possédaient héréditairement le droit de recevoir la dime de leur paroisse, à charge pour eux, de pourvoir aux besoins du curé et à l’entretien de l’église. Cette charge donnait droit d’entrée au Parlement de Bigorre. Ils bénéficiaient du droit à nommer le curé, mais c'est l'évêque, en dernier ressort, qui décidait. Ils recevaient le tiers des offrandes qui se faisaient lors des fêtes et en fin d'année. En plus,  ils occupaient une place privilégiée lors des offices, ils percevaient en premier, le pain bénit, pouvaient être enterrés dans l'église et bénéficier de la sonnerie à la volée lors de leurs obsèques. Étant considérés comme nobles, les abbés rendaient au comte les devoirs ordinaires de la vassalité et devaient le service militaire en temps de guerre. Ils habitaient généralement près de l’église et leur maison était considérée comme noble et de ce fait, ils étaient exempts de taille avec les terres y attenant.
La charge pouvait être cédée ou mise en fermage. Une même personne pouvait être abbé lay de plusieurs paroisses. Ainsi les seigneurs d'Antin l'étaient de la paroisse Saint-Pierre de Vieuzac et de celle de Préchac.
De nombreux auteurs ont confondu les bénéficiaires de ces charges avec une charge ecclésiastique et  leurs propriétaires comme des hommes d’Eglise. La confusion était fréquente, car cette fonction était inexistante en pays d’Oïl. Voir A. Dumas et Aramits (Les quatre mousquetaires).
Les églises du pays qui étaient gérées par des abbés laïques :
Nous savons, par un inventaire de 1783, que les villages suivants avaient un abbé laïque : Aspin, Viger, Osssen, Ségus, Ayzac, Vidalos, Vieuzac, Gez, Ouzous, Salles, Sère, Arcizans-Dessus, Arras, Sireix, Uz, Berbérust, Lias, Cot-Doussans, Gazost, Geu, Ger, Lugagnan, Neuilh, Ousté, Ourdis, Saint-Créac, Arbouix, Vier, Préchac, Saint-Germs, Sainte-Marie, Saint-Pastous, Esquièze, Esterre, Sazos, Sère, et Saint-Martin.

- À Arras, elle se trouvait à l'Abbadiale dont il reste la tour.
- À Berberust maison Abbadie à côté de l'église
- À Lézignan, ancienne sacristie, elle est devenue l'école d ela communauté des communes
- À Ousté, c'est la maison Laplagne anciennement Badieu. (Information Jean-Louis Laplagne).
- À Villelongue, l'abbaye laïque aurait été près de l'église en partie sur le cimetière sur un terrain ayant appartenu à Pierre Badie dit Cazedebat (Information Marie Mansouy).

Origines
Les historiens ne s’accordent pas tous sur l’origine de ces abbés laïques.
Pour l’historien Marca, l’origine viendrait de Charlemagne : pour obliger les chefs militaires des frontières à rester sur les marges sud de l’Empire, afin de prévenir toute nouvelle invasion des Maures, il leur accorda avec la bénédiction du pape Zacharie, une certaine aliénation des biens ecclésiastiques. Le titre d’abbé leur viendrait par mimétisme du titre des seigneurs possesseurs d’abbayes : Abbi Comite. Bascle de Lagrèze conforta cette opinion.

Il en est autrement de l’explication donnée par un certain bénédictin, RP Yeper, cité par Bascle. D’après cet homme de l’abbaye de Saint-Savin, l’origine serait également due à la guerre contre les Maures, mais avec des conséquences différentes. Les religieux échappés de cloîtres espagnols détruits par les arabo-berbères, ainsi que la noblesse chassée d’Ibérie s’installèrent en Aragon, en Asturies et au-delà des Pyrénées. « À côté de l’homme de guerre, le moine éleva sa chapelle. Ces petites abbayes se multiplièrent d’une manière considérable. » Pour mieux contrôler cette multitude d’établissements, l’Empereur concentra les lieux de culte, en créant ou agrandissant les abbayes importantes telle celle de Saint-Savin et abandonna aux nobles, les petites abbayes et les ermitages plus ou moins désertés en remerciement pour la défense contre toute invasion.

D’autres auteurs affirment que ces nobles se sont approprié ces biens sans consentement de l’autorité impériale et que la prescription a légitimé ces vols. Ce qui est sûr, c’est que, lorsque la crainte des invasions des Vikings ou des Maures s’estompa, il y eut nombre de procès entre l’Eglise et les Abbés Laïques.

On peut rajouter que de nombreuses églises furent aussi construites sur la terre et aux frais de laïcs, qui, s’en trouvant ainsi, on ne peut plus civilement, propriétaires, percevant la dîme à leur profit, et nommant le clerc desservant.
Abbés par spoliation ou récompense, ils se maintinrent jusqu’à la Révolution française. 

Les signes d’existence

En l'absence de cartulaires, de terriers ou d’actes notariés, on peut distinguer les abbayes laïques par certains indices, comme une maison noble jouxtant une église de campagne ou église parfois éloignée du bourg et flanquée d'une maison importante ou d’une tour qui peut porter le nom de Labadie ou l’Abbadiale comme à Arras- en -Lavedan, on en trouve aussi avec des noms de lieux comme Castet ou Lassalle (place ou maison forte). 
Aussi avec les noms comme Abadie, Abbadie et ses dérivés Badie, Labadie, Dabadie, Labadiole et Labat. Ce sont les patronymes les plus répandus en Bigorre. Cela a donné Aphatie en Soule voisine.

Voir aussi le dossier patrimoine architectural les châteaux et maisons nobles
.
 
Arras20tour 220px Ecole de Lezignan2
l'Abbadiale d'Arras-en-Lavedan ; école de Lézignan




                                                              Les guides


Devant le nombre de plus en plus important de visiteurs dans les environs de Gavarnie, les paysans, chasseurs et bergers locaux se mirent à leur service. Mais, vu l’afflux grandissant de demandes et afin d’éviter des accidents et des catastrophes préjudiciables à la station, le sous-préfet d’Argelès-Gazost le 15 juin 1841, demanda au maire de Luz d’ « organiser en urgence » (sic) une compagnie de guides à l’instar de celle des porteurs afin de prévenir de « grands malheurs. »  Le 8 juin 1844, était née la corporation des guides. Elle était répartie en deux classes. Chaque guide devait posséder une plaque et un « livret » de courses. En 1853, la région du pays toy pouvait aligner 30 guides venant de Barèges, Esquièze-Serre, Luz, Saint-Sauveur, Saligos et Sassis. Puis s’établit plus tard une liste tarifaire. Pour les nouvelles courses s’était tarif libre.

Très rapidement le développement du thermalisme dû à l’amélioration des voies d’accès donna. En 1875, un certain Lequestre enregistrait à Cauterets 60 guides ! Dont 32 guides de 1ère classe et 28 de seconde classe. Le guide de première classe pouvait entraîner ses clients sur les sommets alors que celui de seconde classe devait se contenter des chemins plus ou moins balisés. Le passage d’une classe à l’autre qui  était dû à l’origine à une suite logique de remarques des clients sur un cahier spécial fut rapidement pris en charge par le Club Alpin (1), le cahier des appréciations ne devenant qu’un cahier de remarques ou de remerciements. Par la suite fut créé le diplôme professionnel après une formation adéquate. Rapidement les porteurs de chaises dont le métier devenait obsolète vinrent rejoindre les guides. D’abord comme assistants puis comme guides à part entière.

Une caisse mutualiste faisait office de sécurité sociale et venait en aide en période creuse, aux plus démunis qui réalisaient ou entretenaient en contre partie des sentiers. C’est ainsi que fut réalisé le sentier de Falisse (refuge Russel) et celui de Baysselance. Les autres, ceux qui avaient une clientèle aisée continuaient la saison comme aide chasse. Les autres avaient un emploi complémentaire dans le bâtiment.
On devenait souvent guide de père en fils.

Un des guides les plus réputés a été  Célestin Passet (1845-1917): né à Gavarnie, il accompagna Russel et Schrader, Bazillac, Brulle et De Monts. Il fit la première du mur de la Cascade en 1887 et du couloir de Gaube en 1889. Plus proche de nous, nous avons Trescazes (2) également de Gavarnie. Il offrit son piolet et on carnet de route au Musée pyrénéen de Lourdes. Plusieurs guides sont enterrés au cimetière pyrénéen de Gavarnie.
                                                           

(1)   Créé en 1874.
(2)   De ma famille, par mon oncle Jean Trescazes (Hôtel de l’Océan) à Lourdes.

Guide carnet
Evolution
Rapidement, mais sûrement, suite à l’évolution des sports de montagne et aux balisages des sentiers, le métier de guide de montagne devint moins lucratif pour les populations locales. Il n’y  avait plus que 18 guides en 1927. Il se transforma lentement en métier de guides-moniteurs sportifs (escalades en haute montagne et ski) et guides culturels. Chaque ville thermale possède de nos jours son bureau de guides.

Site des guides culturels : http://www.guides-culturels-pyreneens.com/
Chiffres provenant d’une étude de Jacques Longué : Métiers et petits métiers du thermalisme, 1985.





guide Cuteretsjpg       Guides 2
. Cartes postales anciennes : Guides de Cauterets en uniforme

Guide à cheval celestin passet
                               Guides à cheval de Cauterets                               Célestin Passet, guide de Gavarnie
 
guidesdegavarnie                   

          henri Passet guide                                                                                 
Guides de Gavarnie, plaque d'Henri Passet
 
La famille Passet, tous guides. Photo revue Pyrénées


Quelques photos du fonds A. Dole :

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