Imprimer

           Les chemins oubliés de Saint-Jacques

Pèlerin St Jacques Départ Saint Jacques Ca monte chemin St Jacques Jacquet 1  Lindo carillon 

« Le chemin de Saint-Jacques qui était tous les chemins fut une création continue à travers les gîtes de hasard offerts dans la montagne par des hommes profondément croyants. Dans ces espaces où aujourd’hui il n’y a plus rien que des bêtes lâchées pour le seul usage extensif de la montagne, il faut armer son imaginaire historique d‘indices et des traces qui restent. Il faut d’abord comprendre la spécificité du chemin médiéval… » Robert Borie, archives Montaigu.

                                 SAGA DES CHEMINS DE SAINT-JACQUES EN BIGORRE 

Origines

Le pèlerinage à Compostelle a été créé suite à la découverte en Galice des supposées reliques de Jacques de Zébédée (apôtre Jacques le Majeur) au début du IXe siècle, par Pelagos (ou Pelagius), ermite vivant dans les bois, près de la future ville de Compostelle, vers 813. Ce pèlerinage devient au XIe siècle, un grand pèlerinage de la chrétienté médiévale. Mais, il faut attendre la prise de Grenade en 1492, par Ferdinand d'Aragon et Isabelle la Catholique, pour qu’il devienne officiellement l’un des « trois grands pèlerinages de la Chrétienté », avec ceux de Jérusalem et de Rome, par une bulle papale d’Alexandre VI Borgia.

De toute l’Europe accourent à Compostelle, des masses de pèlerins nommés Jacquets. Ils vont emprunter nombre des chemins qui seront progressivement balisés

Ces chemins étaient parsemés  d’hospitalités et de chapelles édifiées par les seigneurs et l’Eglise afin de venir en aide matérielle et morale aux voyageurs épris de spiritualité et désireux de sauver leur âme. Ils servaient aussi à mieux contrôler ces masses de croyants vers Compostelle afin d’éviter l’imprégnation d’une quelconque hérésie. Mais ces traces matérielles ne suffisaient pas aux marcheurs à l’imaginaire nourri de contes et de légendes ; la nature traversée offrait nombre de signes sur la présence divine ou diabolique. Leur démarche spirituelle les poussait à suivre parfois des voies détournées pour honorer telle relique ou éviter telle pierre diabolique. La route droite et le rationnel n’avaient pas leur place dans leur quête d’absolu.

Par ailleurs, comme le mentionne l’historienne médiéviste Renée Moussot Goulard, les tracés ont varié selon les époques : « le chemin en réalité multiple et mouvant selon les temps, qui conduit à Saint-Jacques-de-Compostelle, s’est mis en place lentement, en fonction du rebondissement de la guerre andalouse, ainsi que des faits politiques et sociaux des régions riveraines, dont la Navarre et peu après la Castille deviennent les instigatrices ». L'effondrement au XIe siècle, du Califat Omeyade de Cordoue a été le déclencheur de l'augmentation en puissance des princes chrétiens et des pèlerins en nombre. Des haltes sécurisées devinrent nécessaires, ce fut dans notre région, l'édification en 1022, de l'Abbadiale et de l'hospitalité de Saint-Pé sur la route de la voie Tolosana. Ainsi que les Abbayes de Saint-Savin et de Saint-Orens des deux côtés du gave pour les voies lavedanaises et de Santa Cristina sur le Somport du côté de l’Aragon. On peut compléter le tableau par la présence de nombreux détrousseurs de voyageurs en certains points de passage et les guerres de Religion qui, au XVIe siècle, rendaient peu avenante la traversée du Béarn pour rejoindre le Somport.

                                                         AlexandreVImini
                                                                          Alexandre VI Borgia
La dangerosité de certains passages se trouve mentionnée dans le cinquième volume du guide du pèlerin attribué par de nombreux érudits à Aymeric Picaud. Il fait partie du Codex Calixtinus (du nom du pape de l'époque) rédigé vers 1135, à la gloire de Compostelle,  de Charlemagne et des  pèlerins. Le ou les auteurs (oeuvre collective?) du dernier ouvrage ou Livre cinq, appelé communément Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, édité en 1938, par Jeanne Veillard, fait resurgir les inimitiés entre les gens du Nord et du Sud. Une certaine xénophobie surtout envers les basques païens, dont les "tares" sont assimilées à celles des Sarrasins est très présente dans l'ouvrage. Le guide mentionne les différents passages fréquentés par les détrousseurs de pèlerins (guets, bois). C'est l'une des raisons de l'utilisation  par ces derniers, de chemins de crête pour s'assurer une meilleure protection.

Ce qu’on y dit sur la Gascogne et les Gascons : « Après avoir traversé ce pays, on trouve la Gascogne, riche en pain blanc et en excellent vin rouge, elle est couverte de bois et de prés, de rivières et de sources pures. Les Gascons sont légers en paroles, bavards, moqueurs, libidineux, ivrognes, gourmands, mal vêtus, négligés, pourtant ils sont aguerris au combat et remarquables par leur hospitalité envers les pauvres. Assis autour du feu, ils ont l'habitude de manger sans table et de boire tous au même gobelet. Ils mangent beaucoup, boivent sec et sont mal vêtus ; ils n'ont pas honte de coucher tous ensemble sur une mince litière de paille pourrie, les serviteurs avec le maître et la maîtresse ».

     codex

pèlerins 67                                                              Version latine et sa traduction en français


                                        Les voies secondaires jacquaires à partir de Lourdes

Les principaux chemins régulièrement énoncés par les historiens et les pèlerins de la via Compostela sont au nombre de quatre : le Turonensis de  Paris-Tours, le Lemovicensis de Vézelay, le Podiensis du Puy-en-Velay et le Tolosane ou voie d’Arles par Toulouse. La route qui concerne notre région est surtout la voie Tolosane. Mais aussi, moins connue et rarement énumérée celle de Narbonne dite du Piémont (Cami déu pé de la Coste). C’est la voie qui longe les Pyrénées d’Est en Ouest et qui passe par Bagnères et  Lourdes pour rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port.

Cette voie traversant la Bigorre passant par  Lourdes qui abritait une confrérie Saint-Jacques et un important centre d’hospitaliers de Saint-Jean, a donné à la cité comtale, au marché réputé, une position de carrefour avec les chemins venant du Nord.

Aussi, ces deux voies secondaires, en direction du Sud, partant de Lourdes, ont été récemment aménagées par balisages et réfections de vieux sentiers,  accompagnées par la création d’un centre d’information jacquaire: A la Croisée des chemins (1). La ville abrite un gîtes jacquaire (2)

 Arrivés à  Lourdes, les pèlerins peuvent soit continuer vers l’Ouest : Saint-Pé, Lestelle, le Béarn, le Pays Basque où arrivent les principaux chemins pour l’Espagne avec les cols de Roncevaux et du Somport.

Mais les plus aguerris à la montagne ou sportifs peuvent, comme mentionné plus haut, aussi couper court, en se dirigeant directement sur ces chemins secondaires, en direction du Sud. Si la première voie du Sud part de Bagnères, passe par  le Tourmalet, Barège puis Gavarnie et le col du Boucharo, certains pèlerins préfèrent atteindre Lourdes avant de se diriger vers le sud. Ce sont surtout  de sgens aguéris connaisseurs d ela montagne et de ses pièges

Après Lourdes, ils passeront par Aspin, la vallée de Batsurguère, Agos-Vidalos, petit détour à Ouzous, Ost, Ayzac, Argelès puis Lau-Balagnas,  avec détour à St Savin (abbatiale), chapelle de Piéta, Uz (chapelle de Pouey Aspe), direction Pierrefitte, Soulom. Puis commence la partie montagne par Viscos  et Sazos. Là pour  pour arriver à Luz Saint-Sauveur nous avons le choix de deux itinéraires soit tout droit par Sagnouède, soit en bifirquant à gauche pour se trouver de l'autre côté du gave par le pont de Pescadère direction Esquièze, Luz Saint Sauveur, le pont Napoléon, Luz, Saint- Sauveur ou l'on peut rejoindre la première voie à Agnouède. La premère voie est bien plus courte, mais exclut la visite de Luz et de son église du XIIIe siècle.
Ces deux voies paralleles se rejoignent au pont de Buret pour atteindre Gèdre. De Gèdre, on prend la direction de Saussa et des granges de Saugué.
Nous arrivons à Gavarnie par la grange de Holle pour atteindre le col du Boucharo.

C’est une très ancienne voie surtout pastorale et commerciale où des hospitaliers installés à Gèdre et à Luz avaient édifié un accueil et une chapelle riche en reliques, à Gavarnie, vers la frontière espagnole. S

Ils peuvent aussi passer par le Val d’Azun et le col de la Peyre-Saint-Martin où les attend une halte jacquaire après le lac artificiel du Tech (3). Ils longeront le château d’Arras- en- Lavedan, protecteur de la vallée et peuvent sur le trajet visiter l’église romane de Marsous singulièrement remaniée au XVIIIe siècle où est abritée comme à Cotdoussan la représentation très rare d’un  bas-relief de saint Jacques avec un turban, date de la Bataille de Vienne du 12 septembre 1683 sur la colline du Kahlenberg qui mit fin à la menace ottomane en Europe centrale. Plus loin, ils passent devant l’église fortifiée d’Arrens, également remaniée au XVIIe et XVIIIe siècles avec son vitrail représentant saint Jacques. Et plus haut au Sud  sur le chemin, la magnifique chapelle dorée de Poueylaün, maintes fois restaurée, ancien lieu de passage des pèlerins de Saint- Jacques et de N-D du Pilar de Saragosse. De l’ancien hospitalet qui lui était accolé, il ne reste qu’un linteau gravé de 1590. A ses pieds, une chapelle du XVIIIe siècle abrite un saint Roch, patron des voyageurs.
Tous ces chemins principaux et secondaires se rejoignent en Espagne à Puente la Reina.

(1)  La Croisée des chemins,  16 bd de La Grotte. Tel : 09 81 68 89 68,   a été fermée en avril 2024, pour être déplacé chaussée du Bourg.
(2)  La Ruche de Jean-Louis Doux, rue de Pau
(3)  Se renseigner à l’office de tourisme d’Arrens-Marsous. Il semble que la halte ait changé de destination depuis peu

routes St Jacques 2

                                                           esclavine 001
Les routes jacquaires en Bigorre, carte de la FFRP.  Pèlerine ou esclavine du XVIIe siècle, trouvée dans une tombe du cimetière de l'Egalité à Lourdes.
Les médailles sont en plomb et les coquilles en argent. Musée pyrénéen. Catalogue 1975, no 108.

                                          L’ORDRE SAINT –JEAN- DE- JERUSALEM (ORDRE DE MALTE) 

Avant d’étudier dans le détail de ces chemins jacquaires, il est bon de connaitre l’importance de l’Ordre Saint Jean-de- Jérusalem devenu Ordre de Malte dans la protection des Jacquets souvent livrés à eux-mêmes lors de leurs pérégrinations sur les chemins de Compostelle

L’importance jacquaire de Lourdes se mesure par le nombre de « contenenciers » ou possessions de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et sa commanderie de Gavarnie, chargés de la protection des Jacquets.

L'Ordre en 1144,  avait à Lourdes, ville de Piémont,  22 possessions ou contenenciers (1),  dont celle importante, du quartier des Pénétas (tour de Guigne) et celle de la rue de Bagnères, où nous avons découvert en 2008, l’existence d’une pierre évoquant un hospitalet,  doublé d’une source bienfaitrice (2). Ils possédaient aux Pénétas un patus et une maison  appelée casarie de Garnavie avec environ cinquante arpents de terre.

Leurs propriétés étaient également nombreuses tant à Luz, Gèdre et Gavarnie, qu’à Bun et peut-être à Aucun (3).

Vincent-Raymond Rivière-Chaland est l’auteur, sur le bulletin de 1984 de la SESV, d’un article sur la maison de Gavarnie à Lourdes. Y sont dénombrées dans le détail, les nombreuses possessions de l’Ordre dans la ville comtale : caseries, granges, terres…

Historique de l’Ordre

Une histoire vieille de près de mille ans
L’Ordre  des hospitaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem a été fondé à Jérusalem en 1099, par le recteur de l’hôpital éponyme. Cet hôpital a été édifié en 1048, par des marchands et des moines napolitains d’Amalfi. Ils avaient obtenu du Calife,  une concession dans le quartier latin, près du Saint-Sépulcre, pour y construire une église, un couvent et un hôpital. C’était à l’emplacement de la mosquée d’Omar actuelle, construite en 1200.

L’année 1099, est celle de la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon.  Cette prise fut suivie de massacres sans précédents. Presque toute la population musulmane fut passée au fil de l’épée et les juifs réfugiés dans la grande synagogue y furent brulés vifs. Le nombre de blessés et de cadavres à enterrer  nécessita la réorganisation des services hospitaliers et la nomination d’un nouveau recteur à l’hôpital, transformé en immense hospice, le plus grand et le plus moderne de l’époque.

La création d’un ordre bien structuré pour gérer cet établissement s’imposait, ce fut l’Ordre des Hospitaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem qui deviendra par la suite, l’Ordre de Malte. Cet ordre  composé de moines et de laïcs était un ordre religieux et militaire à vocation humanitaire. Il reçut la reconnaissance, puis l’accord d’indépendance de la papauté en 1113 réitérés en 1120. Ces moines soldats firent l’admiration des croisés et même de Saladin qui reconquît la ville en 1187. Il leur accorda un délai pour quitter Jérusalem.

Le vicomte de Béarn et  le comte de Bigorre qui avaient participé à la croisade et  sous la bannière desquels s’étaient réfugiés les rares rescapés du massacre, une fois rentré au pays se souviendront de leur efficacité. Aussi, ils firent tout ce qui était possible pour attirer des membres de l’Ordre. Les dons affluèrent et les hospices sur le chemin de Saint- Jacques se multiplièrent, tant en Béarn qu’en Bigorre et en Aragon. Lourdes devint un passage obligé après Bagnères, des Jacquets prenant le chemin d’Arles, venant du Castelloubon ou de Maubourguet et se dirigeant tant vers Bétharram que vers La Peyre Saint -Martin en Val d’Azun ou le col du Boucharo à Gavarnie.

Chaque année à Lourdes, depuis 1958, début mai, les membres de l’Ordre, viennent porter assistance et aide aux malades venus du monde entier, renouant ainsi le serment prêté par leurs ancêtres et illustrant la vocation caritative universelle du mouvement.

                      tour espennette 3

                                           Emplacement des Espénette-Lourdes

(1)    Abbé Joseph Camoreyt, Histoire des trois belles églises de Lourdes, 1939.
(1) Document Malte, reconnaissances de Lourdes de 1604,  découvert par Jean Robert en 1980 et l’acte du 15 septembre 1367, entre le commandeur de Garnavie, Bernard Rigal  et Guillaume de l’Anclade.
(1)    Archives départementale de Haute-Garonne, registre Malte, reconnaissances de Lourdes, 11 octobre 1604.
(2) La pierre se trouvait au 35 rue de Bagnères. Elle est évoquée par l’abbé Camoreyt et a été découverte en 1932, par l’architecte municipal M. Seyrès.
(3)    Probable maison confisquée de l’ordre des Templiers, donnée en 1312, à l’ordre de Saint-Jean -de-Jérusalem.
PS : Voir la description des possessions dans le dossier Lourdes médiéval

 chevalier hospitalier l ordre des chevaliers hospitaliers de saint jean de jerusalem s est posee au debut du xiie siecle a l epoque de la grande reforme monastique comme un groupe d individus associes a un hopital dan   Malte chateau



Jacquet
Statue de jacquet exposée au musée du pèlerinage de Saint-Jacques à Hatingues (PA), sur l'autoroute A64, copie de celle de l'église de Gavarnie.

                           CONTEXTE HISTORIQUE ET GEOGRAPHIQUE DU PELERINAGE A COMPOSTELLE 

Les habitants de la Bigorre, longtemps vassale de l’Aragon, avaient les mêmes usages et coutumes, une langue proche, bénéficiaient de droits (fors) identiques, et étaient unis par nombre de « lies » et « passeries » (contrats) qui géraient les estives. Les cols s’appelaient ports, et les populations des deux côtés de la montagne bien plus nombreuses et croyantes que de nos jours, avaient l’habitude de se déplacer régulièrement en communauté pour des pèlerinages, a fin de remerciements, de dévotion à Marie, pour se protéger de calamités ou à la suite de vœux, sur des sites réputés à miracles, comme Piétat, Bétharram, Médous ou N.-S. del Pilar à Saragosse. C’étaient des pèlerinages de courte durée.

Pour Compostelle, bien plus éloigné, c’étaient surtout des hommes qui partaient souvent en groupes, parfois organisés par des confréries. Avant de partir ils n’oubliaient pas d’aller chez le notaire pour rédiger leur testament.

Armés d’un gros bâton, le bourdon au pommeau plus ou moins gros, auquel était attaché la gourde, sous forme de calebasse, ils portaient une longue tunique ou cotte, pourvue de manches sur laquelle était posé un surcot ou esclavine, un large chapeau ou chaperon de cuir qui les protégeaient des intempéries. Il était recouvert d’une coquille au retour de Compostelle (1). Une besace en bandoulière contenait leur nourriture et leur boite à certificats (passeport, sauf conduits, lettres de recommandation et plus tard la crédentiale ou Compostela. Mais, il arrivait que la dureté du cheminement, faisait que les chaussures ne tenaient pas longtemps et que les pèlerins continuaient pieds nus (2).

Jacquet 1  Jacquet 2

Pour les curieux du phénomène des pèlerinages médiévaux , sur l'A64 à Hastingues en Pyrénées- Atlantiques, se trouve en bord d'autoroute, un petit musée dédié aux pèlerinages de Saint-Jacques

Ils passaient surtout par les crêtes où la visibilité sur les dangers était plus ample.
Ils n’hésitaient pas à faire des détours pour honorer tel sanctuaire et leur itinéraire se rapprochait le plus possible d’abbayes, de chapelles, d’hospitalités, de granges ou de demeures seigneuriales afin de se sustenter et de se reposer. Le voyage au XVIIIe siècle en partant du Béarn ou de la Bigorre pouvait durer trois mois

Croyants, mais aussi très superstitieux, ils cherchaient à tout moment des signes d’encouragement à poursuivre leur dur chemin. C’est ainsi que Roland, celui des chansons de geste, devenait leur compagnon et protecteur invisible. La route de Compostelle en Languedoc était parsemée de la présence symbolique de Roland par des traces de ses pas et de celui de son cheval, dans la roche. Car la faim, les maladies et le froid étaient souvent leurs principaux compagnons. Ce qui pouvait faire de leur pérégrination une longue et douloureuse pénitence qui les rapprochait de la rédemption du Christ.

                                                                     Pied de Roland

                                                                            Pas de Roland. Photo J Omnès

Ces flux de pèlerins pour Compostelle eurent des périodes fastes et d’autres plus restreintes comme lors des guerres de Religion ou au XVIIe siècle, où ils étaient associés au vagabondage et à la mendicité (3) jusqu’à la Révolution française. Le XIXe siècle fut l’âge d’or de la piété populaire selon Jean Robert qui fut conservateur du musée pyrénéen dans les années 70.

(1) La coquille devint à la fin du Moyen Age, le symbole du Jacquet (pèlerin de St Jacques)
(2) C. Desplat décrit dans Pèlerins et pèlerinages dans les Pyrénées françaises. Edition Musée pyrénéen, 1975, page XL, les pèlerinages de Béarnais, dont Bonnecaze. Ses chaussures ne tinrent que jusqu'à Pampelune et il n'avait qu'un seule peur, celle d'être engagé dans l'armée espagnole de force.
(3) Une ordonnance de1665 interdisait tout pèlerinage sans passeport spécial. C. Desplat. Pèlerins et pèlerinages dans les Pyrénées françaises. Edition Musée pyrénéen, 1975

                                   Quoi de neuf en 2013 ? De nouveaux sentiers balisés

Devant le renouveau du pèlerinage de Saint-Jacques en ce début du XXIe siècle, épris de spiritualité ou simplement d’aventure, de sortie de son quotidien, marche sportive, l’association Vivre dans les Pyrénées en 2012, puis les responsables administratifs du département des Hautes-Pyrénées et surtout ceux du syndicat mixte du Pays des Vallées des Gaves (SMPG) ont décidé vers 2013, de baliser deux sentiers à partir de Lourdes. Ces sentiers, peu connus, qui font partie des voies secondaires jacquaires, perpendiculaires au chemin du Piémont.

                                                                    croisée des chemins
          Les voies oubliées médiévales des chemins  de Saint-Jacques et leur renouveau

 
pèlerin                Un pèlerin à Lourdes, statue dorée présentée au Musée pyrénéen. Photo J. Omnès



                            Saint-Jcaques 2               St Jacques

                                          Bannières de la confrérie de Saint-Jacques de Lourdes


                                                     
                                              La voie nord-sud Lourdes-Boucharo, détail 

Pèlerin St Jacques Scan


                        Départ Saint Jacques

                                               Lourdes, le départ par Batsurguère à l'Arrouza

Ca monte chemin St Jacques Direction Aspin

Premiere étape, Lourdes-Argelès

Arrivé à Aspin, à la sortie du village prendre à droite la D313, la route qui monte à Viger, à l'emplacement de la croix

Lourdes Argeles

 Plan Bruno Mateo : Le chemin de Lourdes à Jaca 

                                   Tresor 6  

                                             A viger, départ vers la source du trésor en descendant ce chemin                               

     

Plaque st Jacques

Argelès pose de la plaque

Seconde étape Argelès-Sazos

 balisage départ Viscos Saint Jacques

                                                                                  Balisage à Viscos. Photos J. Omnès

Toisième étape Sazos-Gèdre

Le sentier passe sur la rive gauche du Gave, au sud de Soulom, accédant à Viscos, Sazos, où l’on rejoint le GR10 qui vient de Grust, on laisse Sassis et Saint-Sauveur sur la gauche pour atteindre à Agnouède, la Hount Grane. On continue par le GR10 qui passe par Sia, longe le Gave de Gavarnie, se confond parfois avec la D921, traverse le pont d’Esdouroucats, puis se sépare du GR10 à Pragnères, après avoir retraversé le gave face à la centrale, pour aller vers Trimbareilles. On longe le gave (chemin à créer), on le retraverse au pont de Bent, face à Sarat pour rejoindre Gèdre par la rive est (droite).

Un constat : à partir de Soulom de nombreux travaux d’aménagement de réhabilitation et d’équipement ont dû être réalisés. D’autres sont à créer ou recréer comme la portion longeant le gave de Gavarnie, du pont Fould au pont de Bent, sur la rive gauche

Quatrième étape, Gedre-Gavarnie

À Gèdre,  l’Ordre des hospitaliers de Saint-Jean- de- Jérusalem avait un hospitalet et une chapelle, passage sur la rive gauche du Gave, nous empruntons le chemin de Saussa pour rejoindre le GR10 et les granges de Saugué, puis la D923 et la vallée des Espécières jusqu’au col de Boucharo à 2 275 m. d’altitude.

Gedre gavarnie carte

                                                        Plan Bruno Matteo le Chemin de Lourdes à Jaca

Cinquieme étape, Gavarnie-San Nicolas de Bujaruelo

C’est un très ancien lieu de passage pour les marchands, les contrebandiers et les  pèlerins se rendant à Saragosse (Nuestra Señora del Pilar à Jaca  ou à Compostelle, malgré la hauteur du col de Boucharo 2275 m et les dénivelés, Gavarnie se situant à 1397m et San Nicolas de Bujaruelo, première étape en Espagne à 1345 m

En venant de Gèdre il est inutile de passer  par le centre de Gavarnie. Après un repos à la grange de Holle, Gite du Club alpin confortable avec de nombreux dortoirs et à l’accueil bien sympathique, il faut traverser la D923 et le parking situé de l‘autre côté, le sentier descend directement sur Garnavie pour arriver au niveau de l’église. Compter 15mn. Les trois hôtels du village (1) de Gavarnie sont relativement chers.

Malgré le nombre de panneaux mentionnant le Camino, le village, n’est pas allé plus loin que la pose d’une pierre commémorative, près de l’église, le mini musée prévu à son côté n’a jamais été réalisé et aucune halte jacquaire n’a été organisé. L’engouement de 2013, faute de continuité dans la volonté politique s’est désagrégée sur ce site, pourtant hautement historique.

De la Grange de Holle (refuge CAF) au port de Boucharo il faut compter environ 3 h, puis de celui-ci au refuge de San Nicolas de Bajaruelo (remplaçant l’ancien hospitalet) il faut compter environ 2h 15 de descente.

Si ce passage était fort prisé par nombre de marchands, de contrebandiers, de pasteurs et de pèlerin qui n’attendaient pas tous, les beaux jours pour l’emprunter (4), il ne faut pas oublier que ce sont de sentiers de montagne et qu’il est bon de se renseigner sur la météo. A notre passage en milieu de juin 2024, un épais brouillard nous empêchait de voir à 5 m. Présence de névés. Il existe un webcam à l’hôtel de la Cascade dirigé sur le cirque

(1) Hôtels de Compostelle près de l’église, le Marboré et la Taillon dans le village
(2) Grange de Holle tel 05 62 92 48 77
(3) Refuge de Bajaruelo 0034 974 486 412
 (4) Anne Brives : en 1643 sur 1129 passage 283 se sont déroulés entre février et avril. Voir Annales du Midi, revue archéologique, historique et philologiques de la France méridionale. Tome 96, N0 167, 1984 PP 253-272. Edité aussi par Persée et Pyrénées sans frontière d'Annie Brives, éditions Cairn. Mais ces hommes essentiellement, étaient habitués et connaissaient bien le secteur.

                                 Gavarnie San Nicola

                                                        Plan Bruno Matteo le Chemin de Lourdes à Jaca

                                                        Gav pann  

 

Gav jac5    Gav pann3

 Gavarnie

                                                          Gav pann6

                                                                       Dans le jardin face à l'église
Gavarnie Holle 5  Gavarnie Boucharo 2
              Le refuge de Holle- chemin du Boucharo dans la brume 13 06 2024
 
                                                   Bajurualo
                                                                Arrivee au port dans la brume
                 
                          
                                                           La voie nord-sud-ouest par le val d'Azun, détail

La seconde voie de Saint-Jacques : Lourdes-La Peyre-Saint-Martin
Cette seconde voie qui emprunte le Val d’Azun devrait, comme la première voie, passer par la vallée de Batsurguère : Aspin puis monter jusqu’à Viger et descendre à Agos Vidalos, Ost, Argelès-Gazost, puis le Val d’Azun : Arras-en Lavedan, Arcizans-Dessus, Gaillagos, Aucun, Marsous, Arrens Pouey-Laun et la D105 par le barrage du Tech jusqu’à la Peyre Saint-Martin. Cette voie est déjà en partie mentionnée sur le plan de l’IGN 1647 OT.

Arrens coquille      Présence jacquaire à Arrens : deux coquilles surmontant  des roses. Photo J. Omnès

                                                                        
                                                           Refuge Arrens 3

                                                                                   Barrage du Tech, le Refuge

                                      Refuge Arrens 4    St Jacques balisage



                              Pèlerin St Jacques     
Un pèlerin à Lourdes. La plaquette réalisée en 2013. Photos J. Omnès

                                             

                                                           Du Boucharo direction Burajuelo


                                                               la ruche

                                                 Halte jacquaire de Lourdes, rue de Pau : La Ruche

                                      la ruche  2   

                                                    Vue de la Ruche. Photo J. Omnès

Pour en savoir plus sur la Ruche :  http://pelerins-compostelle.com/pelerins-compostelle-hebergement-recommande-etape-gite-ruche

En juillet 2015, a été inauguré à Lourdes, boulevard de la Grotte, un centre d'information jacquaire et en août 2015, une halte jacquaire à Arrens-Marsous et une plaque commémorative de la présence jacquaire à Argelès-Gazost, quartier de Vieuzac.
                                      Inauguration Croisée des Ch.  

Inauguration de la boutique à la Croisée des Chemins, le 22 juillet 2015, bd de la Grotte à Lourdes, en présence de Madame la sous-préfète. Elle  a été fermée en 2024 et transférée au 4 chaussée du Bourg


Lindo carillon                                             Halte ouverte en 2020, rue du Bourg à Lourdes. Fermé définitivement en 2024

Plaque commémorative inaugurée le 8 août 2015, rappelant l'importance de la chapelle Saint- Jacques de l'église paroissiale Saint-Pierre de Vieuzac.


                                                                        La situation en 2020

                                                        LOURDES CARREFOUR DES CHEMINS DE SAINT-JACQUES.

Octobre 2020, le département sur la poussée de la député Chantal Robin-Rodrigo, prend de plus en plus conscience de la potentialité toursitique de ces chemins  traversant la région riche de quatre églises historiques  (Jézau, Arragnouet , Gavarnie et Cotdoissan). Une nouvelle carte de la FFR- HP datée d’octobre 2020  tient compte de ces voies secondaire  : Lourdes-Gavarnie- Boucharo, Lourdes-Cauterets- Marcadau et Lourdes-Val d'Azun -Port Peyre Saint-Martin-Jaca à 2295 mètres d'altitude, en privilégiant cette dernière, maintenant balisée GR.

Il nous a souvent été rétorqué que ces voies secondaires étaient trop ardues pour un pèlerin. Or il se trouve d’après les statistiques recueilles par l’ACIR (1) que si 16 % des marcheurs sont dans une démarche de foi, 20 % le sont dans une démarche sportive. Il est donc grand temps que le centre lourdais à la Croisée des chemins prenne conscience de l’évolution de ces voies nord-sud avant d’envoyer automatiquement les pèlerins en Béarn et surtout que la municipalité lourdaise remettent les panneaux d’information du départ de l’Arrouza (le long du Gave) disparus avec les crues en 2013.  

St Jacques

                                           (1)ACIR = Agence des chemins de Compostelle créé en 2018.

     
pèlerins Pèlerins sur le chemin jacquaire à Arrodets, chemin de l'Espélugue, août 2020  (voie Est -Ouest Bagnères-Lourdes). Photo J. Omnès

Qu’en est -il en 2024 ?
Il semble que petit à petit tout, le travail réalisé pour la mise en avant de ces deux sentiers secondaires ne soit plus devenue une action prioritaire du département et de la ville de Lourdes. Cette dernière a relégué en mai 2024, le centre de renseignement jacquaire La Croisée des chemins dans un local excentré sans téléphone ni Internet, après avoir refusé le renouvellement de son bail, boulevard de la Grotte. Les bénévoles viennent de toute la France et se contentent à donner des renseignements sur la voie classique menant à Saint Jean Pied de Port. La plaquette du SMPVG des voies secondaires, ci -dessous a disparu des étagères.
Tout sera à revoir après la nomination d’un nouveau bureau de l’association de la Croisée des chemins.

Statistiques 

Pour le sancttuaire
En 2022 :  892 visites pour informations dont 326 credenciales
     2023  : 692 visites poiur informations dont 674 crédenciales (Sercice comunication)
Pour la Croisée des Chemins en attente

                                                                          Bibliographie

Le chemin de Lourdes à Jaca par Bruno Mateo éditio Rando

                                                     chemin Jaca

Son résumé

Quatre grands chemins traversent la France pour se rendre à Compostelle. Mais en dehors de ces grands axes de pélerinage, il existe également une vingtaine d'autres chemins pour rejoindre l'Espagne en traversant les Pyrénées. Ce sont deux de ces chemins, moins fréquentés et plus sportifs, qui sont décrits dans cet ouvrage. Partant de Lourdes, ville étape sur le chemin du Piémont et d'un chemin de liaison de la via Tolosana venant d'Auch, notre itinéraire va traverser la frontière franco-aragonaise de deux manières.
Soit par le col de Boucharo, soit par celui de la Peyre-Saint-Martin pour rejoindre, à Jaca, le tracé le plus emprunté descendant des cols du Pourtalet et du Somport. Si ces deux passages permettaient aux Bigourdans de rallier plus rapidement Compostelle par des sentiers qu'ils connaissaient, ces itinéraires étaient empruntés également par les pèlerins désirant se rendre d'abord à la célèbre cathédrale du Pilar de Saragosse, dont le prestige égalait pratiquement celui du sanctuaire galicien.
Cette traversée centrale, directe, était en revanche plus difficile que les autres en raison de l'altitude et de la rareté des hébergements. Aujourd'hui encore, tout au moins pour une partie du trajet, il s'agit d'étapes de montagne, éloignées parfois de toute route et donc l'équipement personnel ainsi que la condition physique du marcheur devront en tenir compte.

                         Chemin Torla

Sur les chemins oubliés de Compostelle par Martine Chéniaux, édition Char   

Son résumé

Ce livre abondamment illustré est une approche, hors des sentiers battus, du Chemin de Compostelle entre le Béarn et la Navarre. De Lourdes à Sanguësa, il décrypte la symbolique romane, relate les légendes et révèle la richesse du patrimoine au long de cette voie d’Arles. Sur les itinéraires les plus empruntés au Moyen-âge, aujourd’hui délaissés, les deux auteurs, avec leurs sensibilités, vous guident sur les pas de ces pèlerins précurseurs. Accompagné de cartes et de nombreuses photographies, cet ouvrage dévoile le sens initiatiquee de cette voie de Saint-Jacques et vous incitera peut-être à tenter vous-même le voyage.

                                                     Chemin Saint Jacques