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4 - Les sentiers oubliés

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  Viscos Saint Jacques Le20pas20de20Roland balisage départ Ca monte chemin St Jacques
 

1) Les chemins de Saint-Jacques, 2) La voie Baïar, 3)  Le chemin de Bernadette (en préparation) 

                          Les chemins de Saint-Jacques

« Le chemin de Saint-Jacques qui était tous les chemins fut une création continue à travers les gîtes de hasard offerts dans la montagne par des hommes profondément croyants. Dans ces espaces où aujourd’hui il n’y a plus rien que des bêtes lâchées pour le seul usage extensif de la montagne, il faut armer son imaginaire historique d‘indices et des traces qui restent. Il faut d’abord comprendre la spécificité du chemin médiéval… »
Robert Borie, archives Montaigu.

 


Ce chemin était parsemé  par nombre d’hospitalités et de chapelles édifiées par les seigneurs et l’Eglise afin de venir en aide matérielle et morale aux voyageurs épris de spiritualité et désireux de sauver leur âme. Il servait aussi  à mieux contrôler ces masses de croyants vers Compostelle afin d’éviter l’imprégnation d’une quelconque hérésie. Mais ses traces matérielles ne suffisaient pas aux marcheurs à l’imaginaire nourri de contes et de légendes ; la nature traversée offrait nombre de signes sur la présence divine ou diabolique. Leur démarche spirituelle les poussait à suivre parfois des voies détournées pour honorer telle relique ou éviter telle pierre diabolique. La route droite et le rationnel n’avait pas sa place dans leur quête d’absolu.

Par ailleurs, comme le mentionne Renée Moussot Goulard, les tracés ont varié selon les époques : « le chemin en réalité multiple et mouvant selon les temps, qui conduit à Saint-Jacques de Compostelle, s’est mis en place lentement, en fonction du rebondissement de la guerre andalouse, ainsi que des faits politiques et sociaux des régions riveraines, dont la Navarre et peu après la Castille deviennent les instigatrices ». On peut compléter par les guerres de Religion qui, au XVIe siècle, rendaient peu avenante la traversée du Béarn pour rejoindre le Somport.

Les principaux chemins

Les principaux chemins régulièrement énoncés par les historiens et les professionnels de Santiago sont au nombre de quatre : le Turonensis de Tours, le Lemovicensis ou Vézelay, le Podiensis du Puy-en-Velay et le Tolosane ou voie d’Arles par Toulouse. Ils sont tous dans une direction Nord-Sud. Les routes qui nous concernent sont celle de la voie Tolosane, mais aussi moins classique celle de Narbonne ou du Piémont (Cami déu pé de la Coste) ;  c’est la route qui longe les Pyrénées d’est en ouest.

La voie Tolosane et celle du Piémont

Les Pyrénées toutes entières et la Bigorre étaient concernées par les voies Tolosane et du Piémont où Lourdes se trouvait au carrefour des chemins principaux et secondaires.  De la voie principale Nord-Sud venaient les pèlerins de Larreule, Saint-Lézer, Oursbelille, Bordères, Tarbes, Juillan (villes rarement mentionnées sur les cartes) avec une variante par Bénac et le Casteloubon avec Saint-Jacques de Cotdoussan qui permettait d’éviter Lourdes ; et de la voie Est venaient les pèlerins de  Loures-Barousse, Saint Bertrand de Comminges, l’Escaladieu et son abbaye, Bagnères-de-Bigorre, la coix Blanche avec une variante par le Castelloubon qui permettait aussi d’éviter éventuellement Lourdes.

Arrivés à  Lourdes, les pèlerins pouvaient continuer vers l’ouest vers Saint-Pé, Lestelle et le Béarn ou la Soule  où se trouvaient les principaux passages pour l’Espagne avec les cols du Somport et celui de Roncevaux. Mais ils pouvaient aussi couper court, en se dirigeant directement vers le sud, vers Gavarnie et le col de Boucharo ou le Val d’Azun et le col de la Peyre-Saint-Martin.

          Les voies secondaires oubliées des chemins  de Saint-Jacques

Devant le renouveau du pèlerinage de Saint-Jacques en ce début du XXIe siècle, épris de spiritualité ou simplement d’aventure sportive, les responsables administratifs du département des Hautes-Pyrénées et surtout ceux du syndicat mixte du Pays des Vallées des Gaves (SMPG) ont décidé de baliser deux sentiers à partir de Lourdes. Ces sentiers, peu connus, font partie des voies secondaires perpendiculaires au chemin du Piémont.

Lourdes, carrefour jacquaire

Lourdes était un carrefour des voies jacquaires. La voie est-ouest de Bagnères à la Basse-Navarre (Béarn) rejoignait place Marcadal (rue de Bagnères), la voie nord-sud. Cette dernière comprenait deux sentiers, l’un se dirigeant vers la Peyre Saint- Martin (Val d’Azun), l’autre vers le col de Boucharo à Gavarnie.

L’importance de Lourdes se mesure par le nombre de « contenanciers » que possédaient l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et sa commanderie de Gavarnie, chargés de la protection des Jacquets. L'ordre avait dans cette ville de Piémont  22 possessions (1),  dont celle importante, du quartier des Pénétas (tour de Guigne) et celle de la rue de Bagnères, où nous avons découvert en 2008, l’existence d’une pierre évoquant un hospitalet,  doublé d’une source bienfaitrice (2).

Vincent-Raymond Rivière-Chaland est l’auteur, sur le bulletin de 1984 de la SESV, d’un article sur la maison de Gavarnie à Lourdes. Y sont dénombrées les nombreuses possessions de l’ordre dans la ville comtale : caseries, granges, terres…

(1) Document Malte, reconnaissances de Lourdes de 1604,  découvert par Jean Robert en 1980 et l’acte du 15 septembre 1367, entre le commandeur de Garnavie, Bernard Rigal  et Guillaume de l’Anclade.
(2) La pierre se trouvait au 35 rue de Bagnères. Elle est évoquée par l’abbé Camoreyt et a été découverte en 1932, par l’architecte municipal M. Seyrès.

                                                       La voie nord-sud Lourdes-Boucharo

En attendant le tracé officiel, j’ai réfléchi sur ce que pouvaient être les sentiers au Moyen Âge, pour aller au col du Boucharo.

De Lourdes à Soulom

L’itinéraire Lourdes-Argelès avait, à mon avis, deux tracés pour piétons, mulets et chevaux : celui passant par la vallée de Batsurguère et celui passant par le Davantaygue (Lugagnan). Le pont neuf n’ayant été construit qu’au XVe siècle (pont de bois).

Pour ce qui est du premier tracé (Batsurguère), le pèlerin ou paysan désirant se rendre au marché de Vieuzac (Argelès), descendait à Lourdes le chemin du bois fréquenté par Bernadette, traversait le pont Vieux (Pont Vielh romain) et à l’entrée de la forêt de Subercarrère se dirigeait sur Omex, puis traversait, Ségus, Ossen et Aspin, Agos (l’hospitalet  et la chapelle de l’Ordre), Vidalos, Ost, Ayzac, et Vieuzac et continuait via Saint-Savin, Adast et Villelongue,  après avoir traversé Soulom et les Gaves de Cauterets et de Gavarnie. Il pouvait aussi éviter le tour de la vallée de  Batsurguère en partant le long du Gave au lieu dit l’Arrouza, pour arriver directement à Aspin. C’est ce dernier tracé qui sera retenu par le SMPG.

Le second trajet (Davantaygue). Ce second tracé qui ne sera pas retenu par le SMPG, passait par le sentier du Davantaygue sur lequel se connectait celui de Castelloubon au niveau de Lugagnan. Sur la rive droite (est) du Gave, Il traversait Ger, Geu et Boô où devait se trouver un pont de bois. Il sera remplacé en amont en 1664, par le pont de Tilhos, reconstruit en 1772. Après Vieuzac, il passait comme avec le premier trajet, par Saint-Savin et son abbaye et redescendait sur Adast et Soulom. Les plus pressés qui ne désiraient pas joindre Vieuzac, pouvaient continuer après Boô, par Ayros, Arbouix, Préchac, Beaucens (siège de la vicomté du Lavedan),  puis Villelongue proche d’Ortiac (abbaye Saint-Orens),  et départ pour Luz, non par les gorges trop escarpées et sinueuses, mais par les villages sur les hauteurs de la rive gauche ou droite…

Reste à prouver qu’il y avait bien un guet ou un pont de bois à Boô et un autre pour atteindre Soulom.

De Soulom à Boucharo

Le trajet retenu par le SMPG se fera par le chemin sur la rive gauche du Gave de Gavarnie, coté ouest par Viscos, Sazos, où l’on rejoint le GR10 qui vient de Grust, on laisse Sassis et Saint-Sauveur sur la gauche pour atteindre à Agnouède, la Hount Grane. On continue par  le GR10 qui passe par Sia, longe le Gave de Gavarnie, se confond parfois avec la D921, traverse le pont d’Esdouroucats, puis se sépare du GR10 à Pragnères, après avoir retraversé le gave face à la centrale, pour aller vers Trimbareilles. On longe le gave (chemin à créer), on le retraverse au pont de Bent, face à Sarat pour rejoindre Gèdre par la rive est (droite).

À Gèdre, où l’Ordre des hospitaliers de Saint-Jean- de- Jérusalem avait un hospitalet et une chapelle, passage sur la rive ouest (gauche) du Gave, nous empruntons le chemin de Saussa pour rejoindre le GR10 et les granges de Saugué, puis la D923 et la vallée des Espécières jusqu’au col de  Boucharo à 2 270 m. d’altitude.

Un constat  : à partir de Soulom de nombreux travaux d’aménagement de réhabilitation et d’équipement ont dû être réalisés. D’autres sont à créer ou recréer comme la portion longeant le gave de Gavarnie, du pont Fould au pont de Bent, sur la rive ouest (gauche)

balisage départ   Ca monte chemin St Jacques

                   Balisage départ de Lourdes                    Ça monte, direction Aspin, au pied du Béout. Photos J. Omnès

Viscos Saint Jacques  Départ Saint Jacques
Type de balisage, ici à Viscos.                                  Départ du Camino (GR 101) à Lourdes à L'Arrouza Photos J. Omnès

   
                                        La voie nord-sud-ouest par le val d'Azun

La seconde voie de Saint-Jacques : Lourdes-La Peyre-Saint-Martin

Cette seconde voie qui emprunte le Val d’Azun devrait, comme la première voie, passer par la vallée de Batsurguère : Aspin puis grimper jusqu’à Viger et descendre à Agos Vidalos, Ost, Argelès-Gazost, puis le Val d’Azun : Arras-en Lavedan, Arcizans-Dessus, Gaillagos, Aucun, Marsous, Arrens Pouey-Laun et la D105 par le barrage du Tech jusqu’à la Peyre Saint-Martin. Cette voie est déjà en partie mentionnée sur le plan de l’IGN 1647 OT.

Des voies bis devraient être prévues, l’une faisant le tour de la vallée de Batsurguère par Ségus et Ossen et l’autre faisant la boucle à partir d’Ost par Ouzous, Sère-en–Lavedan, Gez jusqu’à Argelès. Travaux : cet itinéraire a nécessité l'ouverture d'un sentier entre Arras et Arcizans-Dessus et le nettoyage d'un ancien chemin rural entre Gaillagos et Aucun.

                                      Les voies retenues

Les deux voies retenues par le SMPG ont été promulguées en mai 2013, à partir d'une plaquette promotiennelle. 
Premier parcours Lourdes-Peyre- Saint-Martin, avec les villages environnants à visiter : Lourdes, Aspin, Ségus, Ossen,Viger, Agos-Vidalos, Salles, Sère-en-Lavedan, Arras-en-Lavedan, Arcizans-Dessus, Gaillagos, Aucun, Arrens-Marsous, plan d'Asté, Refuge Ledormeur, Port de la Peyre Saint-Martin et refuge de Respumoso en Espagne...direction Jaca.

Saint-Jacques Mont de Gez   Pèlerin St Jacques
Balisage Arras-en-Lavedan-Mont de Gez.                   Un Jacquet à Lourdes. Photos J. Omnès

Deuxième parcours Lourdes-Boucharo  des chemins de Saint-Jacques, : au départ le même chemin  que le premier (Lourdes-Peyre-Saint- Martin) puis à Argelès : Lau-Balagnas, Saint-Savin, Adast, Pierrefitte-Nestalas, Soulom, Viscos, Esquièze-Sere, Luz-Saint-Sauveur, Gèdre, Gavarnie, Refuge de Holle, Grange Bellevue, Cabane du soldat, Port de Boucharo (2275 m), direction Jaca.


     La Via Bayar (Baïar)-Charlemagne ou la route de légendes  européennes

Elle est à l’origine d’un projet touristique européen permettant de jumeler les chemins de Saint-Jacques aux légendes médiévales. L‘objectif : la mise en valeur du patrimoine commun européen représenté par les vestiges naturels ou bâtis ayant pour fondement les chansons de geste, d’origine carolingienne, dont la fameuse légende des quatre frères Aymon et de leur cheval Bayard. Leur longue épopée était au XIIIe siècle, connue des Jacquets, car elle était racontée non seulement par les trouvères et troubadours, dans les différentes cours seigneuriales d’Europe, mais aussi par tous les bateleurs de foire.

Ces quatre frères poursuivis par l’empereur à la "barbe fleurie" qui désirait se venger de l’assassinat de son neveu Bertholet, par l’un d’entre eux, chevauchaient un cheval-fée. Il avait la faculté de s’allonger pour supporter ses hôtes et de réaliser d’immenses bonds. Il leur fut offert par leur cousin, le mage Maugis. C’est ainsi, que partie des Ardennes, la fratrie après de nombreuses péripéties, se retrouva dans les Pyrénées, poursuivie par les hommes de Charlemagne, dont Roland qui voulaient aussi s’approprier du cheval magique. Ils laissèrent dans notre région quelques traces de leur passage. L’un des objectifs des « inventeurs » de la Via Bayard-Charlemagne est de faire découvrir, par des circuits,  les points visuels de ces légendes médiévales qui connurent de nombreuses versions et de nombreux avatars : les Quatre frères Aymon, Renaud de Montauban (le frère qui tua Bertholet), Maugis d’Aigremont, la mort de Maugis, Vivien de Mombrac…

Dans le Lavedan, les traces les plus marquantes de ces aventures se trouvent à Esquièze. Dans ce village a été  exécutée durant des siècles une danse dite du Baïar ou Bayard. Elle retrace les prouesses du cheval qui, cette fois est monté par Roland devenu allié (dans cette région). Mais parfois aussi par Renaud. Ils délivrent une belle captive, fille d’un seigneur local, des griffes d‘un sarrasin (1). Dans la danse, le cavalier et le cheval ne font qu’un, comme dans les danses souletines  avec l’homme- cheval-jupon ou Zamalzain (Voir le dossier traditions danses).

Dans ses prouesses locales, le cavalier Roland a laissé sur le plateau du Sauguet, les empreintes d'un sabot de son cheval. Là où il fit une brèche avec son épée Durandal dans la muraille du cirque de Gavarnie. D’autres traces du sabot sont visibles au chaos de Coumely près de Gèdre et celle de son pied à (Arayou)-Lahitte (Voir le dossier légendes dans patrimoine oral).

La « vénérabilité du chemin » a multiplié les récits et les mythes où Roland, ce « civilisateur des Pyrénées » décrit par Robert Borie, dans le archives du Montaigu a inscrit ses différents passages dans la pierre. Les pas de Roland,  parfois transformés en « bénitier de Roland », petite cavité due à l’épée du héros dans les environs d’Arrodets au Malh Ségnadé se prolongeaient en Soule et Béarn et en Aragon avec el salto de Roldan qui encadre la gorge du rio Flumen, au-dessus de la plaine de Huesca.

Le « bénitier » où suintent l’eau de la montagne et la rosée du matin, symbolisait bien pour les premiers pasteurs et pèlerins, la sacralité des lieux de mythes médiévaux où le drame originel de l’humanité est pris entre le bien et le mal, le paradis de Dieu et les ténèbres du diable. Selon que l’on abordait ce « bénitier » par le côté droit ou le côté gauche, on vénérait Dieu ou on conjurait le mauvais sort.

Les Pyrénées et le Lavedan en particulier, ont été depuis l’époque médiévale, le théâtre de combats gigantesques entre Roland le Bon et le Diable souvent représenté par un géant. Parfois, Roland est aussi représenté comme un géant. Les pèlerins se sentaient protégés par la présence de tels lieux.


Bayard20001  Le20pas20de20Roland
Couverture : dossier sur les Chemins de légende : la Voie Bayar-Charlemagne   Le pas de Roland à Lahitte. Cliché Loucrup 65

(1) Initialement , c'était la fille dun villageois enlevée par le seigneur local.

Pas de Roland 1
Trace du sabot du cheval de Roland à Gèdre. Photo J. Omnès


route charlemagne vf1





 

                                                              Le chemin de Bernadette
En préparation